Analyses

Élections en Tunisie – Aziz Krichen : « Il n’y aura pas de législatives anticipées »

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Le sociologue tunisien Aziz Krichen.

Le sociologue tunisien Aziz Krichen. © Nicolas Fauqué

À la veille du second tour de l’élection présidentielle, entretien avec le sociologue Aziz Krichen, auteur notamment de « L’Autre Chemin ».

Jeune Afrique : Comment analysez-vous les résultats des législatives ?

Aziz Krichen : Une large majorité ne se sent pas représentée par les propositions existantes. Si on prend en compte l’abstention, Ennahdha ne représente même pas 5 % du corps électoral réel. Le parti a perdu près des deux tiers de ses voix depuis 2011 quand les partis dans la mouvance de Nidaa Tounes sont divisés en chapelles et traversés par une crise de leadership.

L’assise électorale de ce qui fut la gauche a été divisée par 11,7 depuis 2011. L’affaissement de toutes les machines, politiques et syndicales, et le désir de changement sont perceptibles. Cela signifie que le pays ne supporte plus les errements. Ceux qui pensent que la révolution est morte et enterrée ont tort. Bien au contraire, elle continue son chemin de manière souterraine.

Le pays est-il ingouvernable ? On entend déjà parler d’un gouvernement de technocrates…

Cette idée doit d’abord être acceptée par des partis, dont Ennahdha, qui estime avoir remporté les législatives. En 2014, quand les islamistes étaient minoritaires, il a fallu une pression constante de six mois et le sit-in du Bardo pour aboutir au gouvernement de Mehdi Jomâa. Le contexte est aujourd’hui différent.

Il n’est pas anodin que Youssef Chahed se soit empressé, le soir de l’annonce du score de son parti, à se rendre au siège d’Ennahdha pour féliciter Rached Ghannouchi

Ennahdha va vouloir faire taire ses rebelles en interne en distribuant des postes. Et ils ne comprendraient pas qu’il en soit autrement puisqu’ils représentent le premier groupe dans l’Hémicycle. Ennahdha a aussi besoin d’alliés. Choisir la coalition d’El-Karama, extrémiste, dégraderait son image à l’international. Dans ce contexte, il n’est pas anodin que Youssef Chahed se soit empressé, le soir de l’annonce du score de son parti, Tahya Tounes, à se rendre au siège d’Ennahdha pour en féliciter le président, Rached Ghannouchi.

Quel rôle jouera Carthage dans la configuration actuelle ?

L’instabilité est bien présente. L’électorat de Kaïs Saïed – un socle d’environ 600 000 voix – a déserté les législatives, comme si le président pouvait tout changer tout seul depuis Carthage… Les législatives sont la bataille majeure. Néanmoins, à mon sens, l’absence de majorité ne conduira pas à des législatives anticipées.

On verra naître très probablement un mariage de raison entre Rached Ghannouchi et Nabil Karoui. Et, comme cela a été le cas avec Nidaa Tounes en 2015, Ennahdha sera à l’affût de la moindre faille chez Qalb Tounes. Il faudra aussi s’attendre à des marchandages et des retournements de veste. Dans tous les cas, le plus grave, ce dont nul ne parle, c’est que les partis au pouvoir auront tous été, d’une manière ou d’une autre, en contact avec des financements étrangers. Cela pose la question de la souveraineté.

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