Finance

Scandale Iqbal Khan : Tidjane Thiam sauve son poste de directeur général du Crédit Suisse

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Malgré les révélations concernant l’espionnage de son ex-collaborateur Iqbal Khan, parti chez le rival helvète UBS, les actionnaires de Crédit suisse ont maintenu le banquier et ex-ministre ivoirien Tidjane Thiam à la tête de la banque. Mais le dossier n’est pas clôt.

Sur la Paradeplatz, le centre financier de Zurich, c’est le seul sujet de conversation qui vaille depuis le 21 septembre, quand a éclaté l’affaire Iqbal Khan, du nom de ce banquier suisso-pakistanais de 43 ans, ex-gestionnaire de fortune à succès de Crédit Suisse, passé, le 1er octobre, chez l’éternel rival UBS. Un transfert qui n’aurait pas fait la une des journaux s’il ne s’était transformé en un rocambolesque thriller après les révélations, il y a une quinzaine de jours, de la mise sous « filature », depuis le 29 août, par Crédit Suisse de son ex-employé star.

Qui a ordonné cette surveillance ? Avec quel mandat et dans quel but ? Tous les regards se sont naturellement tournés vers le directeur général de la deuxième plus importante banque helvète, l’Ivoirien Tidjane Thiam, 57 ans, dont les relations avec l’ancien de chez E&Y s’étaient largement détériorées ces derniers mois sur fond de conflit personnel et d’ambitions concurrentes.

Espionnage

Expédiée en moins d’une semaine, l’enquête interne confiée à un cabinet d’avocats indépendant exonère le numéro un de Crédit Suisse au détriment de son plus proche collaborateur, le directeur des opérations, le Français Pierre-Olivier Bouée, et du chef de la sécurité de l’établissement financier. Le premier a reconnu avoir ordonné au second l’espionnage d’Iqbal Khan, qu’il soupçonnait de vouloir débaucher plusieurs collaborateurs au profit de son concurrent.

La presse helvète n’a jamais vraiment adoubé le patron ivoirien depuis son intronisation

Ils ont tous deux démissionné dans la foulée. Mais des doutes subsistent. La presse helvète, qui n’a jamais vraiment adoubé le patron ivoirien depuis son intronisation, en 2015, ne comprend pas comment celui-ci pouvait ignorer les agissements de son « meilleur ami ».

En juillet déjà, la presse s’était fait l’écho du départ inattendu d’Iqbal Khan, alors au faîte de sa gloire. Il était même pressenti pour remplacer Tidjane Thiam, dont le nom revenait tour à tour pour devenir chairman de la banque, succéder à Christine Lagarde au FMI ou encore comme candidat potentiel à l’élection présidentielle ivoirienne de 2020 (il est le petit-neveu de Félix Houphouët-Boigny, et son frère, Augustin, est le gouverneur de Yamoussoukro et a rang de ministre).

Thiam et Khan s’étaient violemment disputés en janvier lors d’une réception organisée par le premier. Le second y aurait tenu des « propos blessants » à l’égard de la compagne de son hôte et voisin (ils habitent côte à côte) concernant « l’état de son jardin ». À la suite de ces chamailleries picro­cholines, le gestionnaire de fortune n’avait pas été nommé au comité exécutif de la banque, comme il l’espérait.

Suite de l’affaire ?

Leur association était pourtant une véritable réussite. Dès son arrivée dans un Crédit Suisse en crise, Tidjane Thiam avait réorganisé la banque en coupant dans les dépenses et en misant sur l’activité gestion de fortune, qu’il confiait au jeune loup de 39 ans arrivé deux ans plus tôt. Banco ! Quatre ans plus tard, Crédit Suisse annonçait renouer avec les profits (1,85 milliard d’euros de résultat net), dont plus de 90 % en provenance de l’activité gestion de fortune.

Bien que l’établissement suisse soit parvenu à faire retomber la pression du scandale par son enquête éclair et que différents actionnaires aient apporté leur soutien à Tidjane Thiam, l’affaire pourrait ne pas s’en tenir là. L’intermédiaire entre le chef de la sécurité et les détectives privés chargés de la surveillance d’Iqbal Khan s’est suicidé d’une balle dans la tête peu de temps après les premières révélations et une enquête judiciaire a été ouverte par la justice suisse.

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