Politique

Ghana : Nana Akufo-Addo, un an pour convaincre

Lors de la 74e Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 25 septembre.

Lors de la 74e Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 25 septembre. © Eduardo Munoz/REUTERS

Malgré un bilan d’étape mitigé, Nana Akufo-Addo briguera, fin 2020, un second mandat. D’ici là, l’opposition peut-elle gagner du terrain ? Minée par les divisions, elle peine encore à se montrer combative.

Il y a des scènes et des mots que le Ghana croyait enfouis dans les tréfonds de son histoire. En annonçant, le 23 septembre, l’arrestation de trois personnes suspectées d’avoir élaboré « un complot visant la présidence », le ministre ghanéen de l’Information a réveillé quelques mauvais souvenirs. Ceux d’une période allant du milieu des années 1960 au début des années 1980, quand les armes crépitaient dans les casernes et que le Ghana était plus connu pour ses coups d’État à répétition que pour la bonne santé de sa démocratie.

Acte isolé

L’opération des services de sécurité a plongé plus d’un analyste dans la perplexité. Au total, neuf personnes ont été arrêtées – parmi lesquelles plusieurs militaires, dont un haut gradé. Suivis depuis plus d’un an, ils sont accusés d’avoir pris part aux activités d’un ­groupuscule appelé « Take Action Ghana », dont l’objectif était d’organiser une série de ­manifestations visant à renverser le gouvernement.

Certains opposants sont ­soupçonnés d’avoir commandité des ­kidnappings pour provoquer un climat de psychose

De nombreux observateurs doutent ­toutefois de la capacité d’une ­faction aussi restreinte à menacer la ­stabilité du Ghana. « Le pouvoir a médiatisé ­l’affaire pour envoyer un message à ceux qui ­pourraient avoir des idées similaires, mais cela ­ressemble plus à un acte isolé, explique un homme d’affaires proche du président Nana Akufo-Addo. Certains opposants ont des méthodes pas très claires, ils sont ­soupçonnés d’avoir commandité des ­kidnappings pour provoquer un climat de psychose. »

En avril, un diplomate estonien avait été enlevé à Accra et séquestré pendant vingt-quatre heures par un groupe criminel présumé nigérian. Un homme d’affaires indien avait également été enlevé et retenu pendant deux jours à Kumasi, dans le sud du pays, avant d’être relâché. En juin, ce sont deux étudiantes canadiennes qui ont été brièvement kidnappées à Kumasi. Selon plusieurs proches du pouvoir, des cadres du Congrès national démocratique (NDC, le principal parti d’opposition) pourraient y avoir été mêlés.

Détourner l’attention de l’opinion publique

L’opposition voit au contraire dans cette affaire une tentative de détourner l’attention de l’opinion publique. À un an de l’élection présidentielle, prévue en décembre 2020, le gouvernement a du mal à répondre aux attentes placées en lui et fait face à plusieurs scandales de corruption.

Malgré les efforts affichés, le chef de l’État s’est pour le moment montré incapable de juguler ces dérives. Une impuissance reconnue dans son propre camp. « Un président qui n’est pas corrompu mais qui permet la corruption sera finalement jugé par l’histoire comme coupable », résume Arthur K. Kennedy, un député du Parti national patriotique (NPP, au pouvoir). Certains rappellent aussi que c’est en partie à cause de la corruption que le NPP avait perdu les élections en 2008.

« Circonstances difficiles »

Au moment où cette tentative de déstabilisation était ébruitée, le chef de l’État se trouvait à New York, où il devait assister à l’Assemblée générale des Nations unies. Pendant les jours qui ont suivi, il n’a laissé transparaître aucune inquiétude et n’a pas jugé nécessaire de modifier son programme, se rendant ensuite à Toronto pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la section canadienne du NPP.

Je sais que le peuple ghanéen, dans sa majorité, est conscient des progrès réalisés

En décembre 2020, Nana Akufo-Addo (75 ans) se présentera devant les électeurs ghanéens pour briguer un second mandat. Il s’y prépare depuis plusieurs mois déjà et sait que son bilan économique sera particulièrement scruté. Malgré de nombreuses réformes engagées, les résultats tardent et le secteur financier demeure fragile.

Les résultats du gouvernement dans les prochains mois seront donc déterminants, mais Akufo-Addo demeure confiant. « Je suis conscient que les opposants crient aussi fort que possible, qu’ils nient ce qui se passe sous leurs yeux. Mais je sais que le peuple ghanéen, dans sa majorité, est conscient des progrès réalisés, en dépit des circonstances difficiles qui ont présidé à notre prise de fonction, et ils auront la possibilité de le prouver l’année prochaine », a-t-il déclaré, le 28 septembre, depuis le Canada.

John Mahama, principal adversaire

Comme c’est la tradition depuis les années 1990, son principal adversaire sera issu du NDC. Son candidat est déjà connu. Il s’agit de l’ancien chef d’État, John Dramani Mahama, 60 ans. Vice-président de John Atta Mills, Mahama avait assuré la fonction par intérim après la mort de ce dernier en juillet 2012, avant de remporter l’élection quelques mois plus tard. Quatre ans plus tard, il avait été battu par Akufo-Addo.

L’ex-président ghanéen John Dramani Mahama, à Paris le 6 octobre 2015.

L’ex-président ghanéen John Dramani Mahama, à Paris le 6 octobre 2015. © Vincent Fournier/JA

C’est principalement à la demande de son parti que ce chrétien originaire du nord du Ghana (à dominante musulmane) a décidé de redescendre dans l’arène. « Il aurait préféré attendre encore quelques années pour revenir en politique », confie un de ses proches. Représente-t-il une menace pour Akufo-Addo ? Si le scrutin s’annonce encore une fois très serré (c’est toujours le cas entre le NPP et le NDC), ce dernier semble toujours en position favorable.

D’abord parce que les Ghanéens sanctionnent rarement leur président dès la fin de son premier mandat. Ensuite parce que le NDC ne semble pas avoir retrouvé l’unité nécessaire pour le concurrencer. « Il y a les partisans de feu Atta Mills, ceux de Jerry Rawlings… Les différentes composantes du parti ne tirent pas toutes dans le même sens », explique l’un de ses anciens cadres.

L’objectif principal du parti est 2024. Le NPP sera alors suffisamment affaibli.

En 2016, ces mêmes divisions avaient miné le NDC. En froid avec les chefs du parti, dont il critique la corruption depuis plusieurs années, Rawlings avait refusé de participer à la campagne. Si l’ancien président n’a plus le poids politique d’antan, son absence avait quand même été préjudiciable à Mahama. Les tensions avaient ensuite paru s’apaiser, mais c’était sans compter sur le franc-parler légendaire de Rawlings.

Invité fin septembre à s’exprimer lors d’une conférence du NDC, organisée sur le thème « Mobilisation et organisation efficaces pour la victoire en 2020 », l’ancien président a tout bonnement déclaré que la direction actuelle du parti ne pouvait pas gagner : « L’objectif principal du parti est 2024. Le NPP sera alors suffisamment affaibli. Avant, il n’y a presque aucune chance. » On a vu mieux pour motiver des troupes.


Sur le qui-vive

L'exercice Flintlock 10 implique quinze pays dans la lutte contre Aqmi.

L'exercice Flintlock 10 implique quinze pays dans la lutte contre Aqmi. © AP/Sipa

Ces derniers mois, les questions sécuritaires se sont retrouvées tout en haut de la pile des dossiers chauds de l’exécutif ghanéen. La dégradation de la situation dans le Sahel inquiète tout particulièrement Nana Akufo-Addo. C’est à son initiative que plusieurs pays de la sous-région (le Bénin, le Togo, le Ghana, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et bientôt le Niger) se sont regroupés au sein de l’Initiative d’Accra pour mieux partager leurs renseignements.

En parallèle, les autorités ont positionné près de mille hommes le long de la frontière nord et mènent de nombreuses missions de sensibilisation. Les services de renseignement ghanéens sont en alerte maximum depuis plusieurs années. En avril 2016, peu de temps après les attaques de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, ils avaient estimé que le Ghana et le Togo étaient « les prochaines cibles » des jihadistes. Accra et Lomé ont pour le moment été épargnées.

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