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Transports

Cedeao – Transports et logistique : des voies rapides vers la croissance

Inaugurée fin 2015, l’autoroute Abidjan-Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, doit s’intégrer au projet de corridor côtier entre Dakar et Lagos.

Inaugurée fin 2015, l’autoroute Abidjan-Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, doit s’intégrer au projet de corridor côtier entre Dakar et Lagos. © Olivier pour JA

L’intégration passe d’abord par une meilleure mobilité. Les projets routiers et ferroviaires sont nombreux, titanesques, forcément onéreux, mais ils prennent forme. De quoi stimuler le commerce intrarégional.

« Nous avons des handicaps : un réseau routier déficient dans la plupart des pays et un transport maritime qui n’est pas à la hauteur de nos espérances. Aujourd’hui, les coûts de transport sont trente fois plus élevés que dans les pays développés, et l’acheminement des marchandises sur les corridors va de trois à quinze jours. Un délai extrêmement long. Nous avons par ailleurs un réseau ferroviaire vétuste et délabré, qui ne permet pas le transport des matières ­premières essentielles au développement de la région », expliquait encore récemment aux parlementaires de la Communauté le Sénégalais Pathé Gueye, commissaire chargé des Infrastructures à la Commission de la Cedeao depuis mars 2018.

Face à ce constat alarmant pour les économies ouest-africaines, l’institution régionale prend à bras-le-corps la question des infrastructures en incitant ses membres à développer des politiques publiques appropriées, si possible de manière concertée et, encore mieux, dans le cadre de projets inter-États. « Il faut d’abord harmoniser les lois et les règlements dans les transports routier, aérien, ferroviaire et maritime, précise le commissaire sénégalais. Nous devons élaborer des plans directeurs qui définissent la stratégie de l’ensemble du secteur pour les trente prochaines années. »

Corridors en or

Pour parvenir à une « Cedeao des peuples » et doper les échanges intrarégionaux, la Commission travaille à relier toutes les capitales des pays de la Communauté par des autoroutes – c’est-à-dire des chaussées bitumées de deux fois deux voies. À commencer par le corridor autoroutier Dakar-Lagos, qui desservira les capitales de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de la Guinée, de la Sierra Leone, du Liberia, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin.

Dans ce cadre, début février, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union européenne (UE) ont décaissé 22,7 millions de dollars (près de 21 millions d’euros) pour financer les études préparatoires à la construction du tronçon de 1 000 km entre Abidjan et Lagos (via Accra, Lomé et Cotonou) en deux fois trois voies.

La route Transsaharienne va nous permettre d’agir sur le développement, pour que la paix et la sécurité deviennent une réalité dans le Sahel

« Au-delà de la route, ce projet fait la liaison avec le développement économique et humain, souligne Pathé Gueye. En effet, nous allons faire de ce corridor Est un pôle de développement grâce à un ensemble d’infrastructures qui permettront de doper l’économie sur le plan de l’agro-industrie, du commerce, du transport, etc. » Les études de faisabilité en cours vont déterminer les coûts des travaux et la rentabilité du projet. Ce n’est qu’à l’issue des études techniques, donc pas avant deux ans, que les chantiers pourront démarrer.

La Cedeao peaufine également le projet de liaison Praia-Dakar-Abidjan. « Le Cap-Vert commerce peu avec la sous-région – moins de 1 % de ses échanges – , et cela n’est pas acceptable, poursuit Pathé Gueye. Il faut donc d’abord réaliser la liaison maritime Praia-Dakar, symbole de la forte volonté des chefs d’État des deux pays. Nous avons obtenu un financement des Pays-Bas pour les études de faisabilité et sommes en train d’accompagner les autorités cap-verdiennes et sénégalaises pour promouvoir le projet auprès de la BAD. » Cette liaison maritime sera ensuite prolongée par un axe autoroutier sur une distance de 3 000 km et traversant sept pays, jusqu’à Abidjan.

La Cedeao pilote par ailleurs les études pour la réalisation de la Transsaharienne entre Dakar et Kano (au Nigeria), via Bamako, Ouagadougou et Niamey. « Une route qui va nous permettre d’agir sur le développement, pour que la paix et la sécurité deviennent une réalité dans le Sahel », conclut Pathé Gueye.

Tema-Ouaga sur de bons rails

Côté chemin de fer, le projet de boucle ferroviaire prend corps, mais accuse un retard. Suspendu en 2015 à la suite du contentieux entre le Bénin, le Niger et les groupes Petrolin et Bolloré, le chantier de la ligne Cotonou-Parakou-Dosso-Niamey, estimé à 1,2 milliard d’euros, n’a pas encore repris. En revanche, le projet de liaison ferroviaire entre le port de Tema, au Ghana, et Ouagadougou, au Burkina Faso, avance.

Le comité conjoint d’experts des deux pays arrive à la fin du processus de sélection de l’entreprise qui sera chargée d’exécuter les travaux – estimés à environ 5 milliards de dollars. Les deux voisins misent sur cette infrastructure pour faciliter et donc augmenter leurs échanges, sachant que 30 % des importations du Burkina – soit l’équivalent de 400 millions d’euros par an – transitent par le Ghana.


Les trois mousquetaires sénégalais de l’intégration

Trois groupes de BTP sénégalais – la Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE), Arezki et le Consortium d’entreprises (CDE) – ont accompagné l’intégration régionale en participant à la réalisation de projets routiers majeurs au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Fondée en 1970 par Aliou Sadio Sow, la CSE s’est développée au début des années 1980 grâce aux contrats de construction de routes bitumées qu’elle a remportés en Sierra Leone. Depuis, le groupe a étendu sa présence dans la sous-région et, jusqu’à récemment, comptait des chantiers dans une dizaines de pays d’Afrique de l’Ouest, où il réalisait 60 % de son chiffre d’affaires.

Ces dernières années, pour des raisons stratégiques et sécuritaires, la CSE – qui réalise un chiffre d’affaires annuel consolidé de près de 100 milliards de F CFA (environ 152,5 millions d’euros) – a choisi de se recentrer sur quelques pays, dont le Mali, la Sierra Leone et le Liberia.

De son côté, le groupe Arezki, fondé en 1962 par Mahmoud Arezki, un mécanicien algérien venu s’installer au Sénégal avant l’indépendance, s’est taillé une solide réputation avec ses chantiers en Gambie et en Guinée-Bissau, dont le pont Sénégambie (« Senegambia Bridge »), inauguré en janvier 2019 par le président sénégalais Macky Sall et son homologue gambien Adama Barrow, après quatre ans de travaux – et un investissement de 40 milliards de F CFA. L’ouvrage était attendu depuis plus d’une quarantaine d’années, long de 943 m, il enjambe le fleuve Gambie et désenclave la Casamance.

Enfin, créé en 1967 par le Sénégalo-libanais Joseph Bakhazi et spécialisé à ses débuts dans la menuiserie métallique et l’électricité, le Consortium d’entreprises (CDE) s’est diversifié depuis le début des années 1990 dans les travaux publics, avec notamment des chantiers routiers en Mauritanie.

Amadou OURY DIALLO, à Dakar

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