Diplomatie

Stéphane Lacroix : « Les Saoudiens ne peuvent s’appuyer que sur des convergences d’intérêts »

Donald Trump avec le roi Salman à Riyad, le 20 mai 2017.

Donald Trump avec le roi Salman à Riyad, le 20 mai 2017. © Evan Vucci/AP/SIPA

Entretien avec Stéphane Lacroix, docteur en science politique (Sciences-Po) et chercheur au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences-Po.

Après les attaques contre l’Aramco, et alors que les États-Unis semblent se détourner d’une réponse militaire, peut-on parler de crise de confiance entre l’Arabie saoudite et son allié américain ?

C’est un coup de canif sans précédent dans le pacte initial. Les Saoudiens ont mis tous leurs œufs dans le panier américain et n’ont finalement pas l’allié escompté. De leur point de vue, Trump devait corriger les errances d’Obama, ce qu’il a d’abord donné l’impression de faire.

Les Saoudiens ont longtemps cru que les Américains allaient non seulement les aider contre l’Iran mais prendre l’initiative. Mais Trump est également pris par les impératifs de sa campagne présidentielle, et par les contradictions de sa politique étrangère. Son électorat a voté pour le désengagement des guerres au Moyen-Orient.

Un conflit avec l’Iran impliquerait un vrai réinvestissement militaire. Trump a été obligé de revoir ses priorités. Et même si les États-Unis se décident finalement à y aller, le fait de ne pas avoir réagi plus vite marque une fragilisation de l’alliance.

Le chercheur Stéphane Lacroix.

Le chercheur Stéphane Lacroix. © DR

L’Arabie saoudite a-t-elle échoué à incarner un leadership sunnite face à l’Iran ?

Les forces pro-iraniennes dans la région sont les relais de Téhéran pour des raisons idéologiques profondes. L’Iran peut compter sur des alliés potentiellement moins nombreux mais qui agissent en ordre de bataille. Les Saoudiens ne peuvent s’appuyer que sur des convergences d’intérêts. Chacun est trop aspiré par ses propres problèmes. Les Égyptiens, par exemple, ont autre chose à faire que d’alimenter la surenchère avec l’Iran.

L’alliance avec les Émirats semble elle-même troublée…

C’est une prise de distance, personne ne veut d’un divorce complet. Les Émiratis ne rompront pas avec un allié qui leur donne un tel poids dans le jeu régional. Et les Saoudiens ne veulent pas perdre leur seul allié fiable. Ils n’ont d’autre choix que de laisser les Émiratis prendre un peu de distance, que ce soit au Yémen ou en se démarquant d’une ligne farouchement ­anti-iranienne.

Les Émirats essaient aujourd’hui de calmer le jeu, et cela a une influence au Pentagone, où leur voix porte

Abou Dhabi a cru à ce duo avec l’Arabie saoudite qui devait permettre de réaliser ses propres objectifs géostratégiques. Mais cela a un coût, et les Émirats ont commencé à reculer. Jusqu’avant l’été, ils semblaient tout à fait décidés à pousser en faveur d’une action forte contre l’Iran. Ils essaient aujourd’hui de calmer le jeu, et cela a une influence au Pentagone, où leur voix porte. L’Arabie saoudite se retrouve plus seule que jamais.

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