Politique

Arabie saoudite : les quatre ratés de Mohamed Ben Salman

Un graffiti montrant le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, dans les rues de Riyad (image d'illustration).

Un graffiti montrant le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, dans les rues de Riyad (image d'illustration). © Amr Nabil/AP/SIPA

Après avoir énergiquement pris en main les destinées du royaume, en 2015, MBS affiche un bilan ponctué de ratés, et dont il pourra difficilement faire porter la responsabilité à d’autres.

« Nous n’attendrons pas que la bataille se passe en Arabie saoudite. Nous ferons en sorte qu’elle ait lieu en Iran », déclarait Mohamed Ben Salman (MBS) à la chaîne américaine MBC en mars 2017. Après les attaques contre l’Aramco, force est de constater que l’effet boomerang de la sortie est dévastateur pour le prince héritier.

Alors que l’Arabie saoudite accueillera un sommet du G20 en 2020, MBS aura bien du mal à faire oublier un règne terni par une série de controverses et de revers.

• Affaire Khashoggi

Le journaliste Jamal Khashoggi en février 2015 lors d'une conférence de presse.

Le journaliste Jamal Khashoggi en février 2015 lors d'une conférence de presse. © Hasan Jamali/AP/SIPA

Ce dossier a jeté une lumière crue sur les méthodes du nouveau pouvoir saoudien et sur sa tolérance très limitée à la critique. « Je n’ai pas ordonné son meurtre. C’était un crime haineux, et j’en prends la pleine responsabilité en tant que leader de l’Arabie saoudite. D’autant plus qu’il a été commis par des individus travaillant pour le gouvernement. »

C’est ainsi que MBS a répondu à la CIA, qui l’accuse directement d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste saoudien, sur la chaîne américaine CBS fin septembre. « Responsable mais pas coupable », en somme. S’il est exclu qu’il soit inquiété judiciairement, MBS n’ignore pas que l’affaire a jeté le discrédit sur sa tentative de promouvoir l’image d’une Arabie plus moderne et ouverte.

• L’armée

Un bombardement saoudien au Yémen, en janvier 2017 (image d'illustration).

Un bombardement saoudien au Yémen, en janvier 2017 (image d'illustration). © Hani Mohammed/AP/SIPA

« L’une des ambitions du prince était de passer d’une armée de parade à une armée de combat, parce que tout le monde voit que le parapluie américain est en train de se replier progressivement dans le Golfe », explique Ali Shihabi, un consultant proche du pouvoir saoudien, dans une interview au site Frontline.

Modernisée à grands frais, l’armée saoudienne n’a pas particulièrement fait la preuve de sa compétence au Yémen, son premier vrai théâtre de guerre. Bombardements disproportionnés et inefficaces, hésitation à engager des troupes au sol, incapacité à reprendre du terrain : loin d’avoir neutralisé la menace houthie, c’est l’armée saoudienne qui est maintenant prise pour cible, avec des incursions sanglantes de combattants yéménites sur le sol du royaume. Pas de quoi parader pour « l’armée de combat ».

• CCG

Le roi Salman d'Arabie saoudite (2e d.), tenant la main de l'émir du Koweït, en marge du sommet du Conseil de coopération du Golfe, dimanche 9 décembre 2018 à Riyad (image d'illustration).

Le roi Salman d'Arabie saoudite (2e d.), tenant la main de l'émir du Koweït, en marge du sommet du Conseil de coopération du Golfe, dimanche 9 décembre 2018 à Riyad (image d'illustration). © AP/SIPA

C’était le projet princier qui avait le plus de chances d’aboutir, vu la place prépondérante qu’occupe l’Arabie saoudite dans la péninsule Arabique. Le Conseil de coopération du Golfe (CCG), déjà dominé par Riyad, devait peu ou prou se transformer en chambre d’enregistrement des volontés saoudiennes, selon l’ambition de MBS. Le Qatar, perçu comme un acteur trop indépendant, était sommé de rentrer dans le rang au moyen d’un blocus qui dure encore.

Et qui n’a atteint aucun de ses objectifs, Doha ayant revu son système d’alliances. Pis : MBS s’est vu lâché par son plus fidèle allié régional au Yémen, les Émirats arabes unis, qui ont décidé de se retirer progressivement.

• Vision 2030

Le prince héritier Mohamed Ben Salman et le roi Abdallah II de Jordanie à l'ouverture du Future Investment Initiative de Riyad, mardi 23 octobre 2018.

Le prince héritier Mohamed Ben Salman et le roi Abdallah II de Jordanie à l'ouverture du Future Investment Initiative de Riyad, mardi 23 octobre 2018. © Amr Nabil/AP/SIPA

Pour diversifier l’économie, le royaume ouvre désormais son territoire aux touristes. Problème : afin de financer cette conversion, le prince héritier mise sur l’ouverture du capital de l’Aramco. Maintes fois annoncée, elle était en passe d’enfin se concrétiser… jusqu’aux attaques du 14 septembre. Lesquelles ont forcé les autorités à reporter aux calendes grecques l’introduction en Bourse du géant pétrolier.

Menacé ?

L’assassinat, le 29 septembre d’Abdulaziz Al Faghem, garde du corps du roi Salman, a suscité son lot de rumeurs. La « canne du roi » – son surnom – aurait été tuée après une dispute personnelle. Une version officielle qui peine à convaincre : certains évoquent un complot de princes visant à remplacer MBS, d’autres soupçonnent ce dernier d’être lui-même derrière le meurtre. Lequel a été revendiqué sur Telegram par Homat al-Tawhid, un groupe islamiste inconnu.

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