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Diplomatie

[Édito] Cedeao : les défis à relever en attendant la monnaie unique

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Stéphane Ballong est le responsable des pages Économie de l'hebdomadaire. Il suit l'actualité du secteur financier et celle des institutions financières de développement.

Le 14 septembre, les quinze membres de la Cedeao sont convenus d’un plan d’action de 1 milliard de dollars pour lutter contre le jihadisme.

Le 14 septembre, les quinze membres de la Cedeao sont convenus d’un plan d’action de 1 milliard de dollars pour lutter contre le jihadisme. © ANNE MIMAULT

L’élan protectionniste du Nigeria, qui a unilatéralement décidé de fermer ses frontières aux produits en provenance du Bénin et du Niger, est un coup dur porté à la dynamique d’intégration à l’oeuvre au sein de la Cedeao. Un imbroglio diplomatico-économique qui est le symptôme des défis qu’il reste encore à relever, en attendant la création effective d’une monnaie unique.

C’est une situation incroyablement paradoxale qui agite en ce moment la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Cet ensemble régional était encore perçu il y a peu comme un bon exemple d’intégration. Évidemment, tout n’y était pas parfait, ainsi qu’en attestent les chiffres officiels, guère flamboyants, du commerce entre ses quinze membres.

Mais la Cedeao était, disait-on, engagée dans un processus ­vertueux qui l’a progressivement conduite à la mise en place d’une union douanière en 2015 et la mène désormais vers le lancement – certes encore hypothétique – d’une monnaie unique en 2020.

Malgré une certaine disparité économique entre anglophones, francophones et lusophones, tout le monde vantait ce que Souleymane Bachir Diagne appelle la « cohérence interne » et l’« unité socioculturelle » au sein de ce bloc régional.

Décision unilatérale et brutale

Puis, le 20 août, survint la décision brutale et unilatérale du Nigeria de fermer ses frontières terrestres aux produits provenant du Bénin et du Niger. Le comble dans une zone où la libre circulation des personnes et des biens est censée être la règle. Locomotive économique de la région, le mastodonte démographique de près de 200 millions d’habitants n’en a cure.

Il justifie son élan protectionniste par la nécessité de protéger son économie contre le trafic d’armes, la contrebande d’hydrocarbures et l’importation illégale de produits alimentaires. Cette fermeture, qui ne devait durer que 28 jours, était maintenue au moment où nous mettions sous presse, soit bien au-delà de l’échéance annoncée.

Patrice Talon et Muhammadu Buhari, lors du sommet de la Cédéao à Ouagadougou le 14 septembre 2019.

Patrice Talon et Muhammadu Buhari, lors du sommet de la Cédéao à Ouagadougou le 14 septembre 2019. © Photomontage – Photos : DR / présidence béninoise.

La Cedeao a déjà connu des querelles de voisinage, mais jamais un blocus aussi long et aussi pénalisant que celui imposé par l’inflexible Muhammadu Buhari. Principal visé par cette initiative radicale d’Abuja, le Bénin, qui tire près de 20 % de son PIB de ses échanges avec le premier producteur africain de pétrole, est durement touché.

Imbroglio diplomatico-économique

Le traditionnel ballet des camions surchargés partant du port de Cotonou vers le Nigeria s’est tari. Au poste-frontière de Sèmè-Kraké, de nombreuses entreprises béninoises sont contraintes de mettre leurs salariés au chômage technique en attendant des jours meilleurs. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, la crainte de voir cette crise s’étendre à d’autres pays grandit. Car si les produits du Bénin ne peuvent pas entrer au Nigeria, l’inverse est aussi vrai.

C’est par exemple le cas du ciment de Dangote, qui doit transiter par le pays de Patrice Talon avant d’être distribué dans le reste de la sous-région. La situation est d’autant plus préoccupante que les appels des dirigeants à un retour à la normale restent lettre morte.

Mais restons optimistes ! Cette crise peut avoir du bon. Pour sortir de cet imbroglio diplomatico-économique – et il va falloir en sortir –, les chefs d’État de la Cedeao, qui se sont récemment engagés, à Ouagadougou, à mobiliser 1 milliard de dollars pour lutter collectivement contre le terrorisme, vont devoir trouver des solutions afin de mieux contrôler leurs frontières pour protéger les productions locales de leurs pays.

Il leur faudra ensuite imaginer et créer des filières pour développer et formaliser les échanges transfrontaliers. Et ainsi favoriser la création d’emplois pour les populations qui font vivre et progresser cette intégration régionale. Voilà les défis auxquels ils doivent urgemment s’attaquer, en attendant la création effective d’une monnaie unique.

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