Culture

Avec Fort Boyard Afrique, Canal+ fait défiler les stars du continent dans la célèbre émission

Le comédien Valery Ndongo est devenbu Maïtre Yaya.

Le comédien Valery Ndongo est devenbu Maïtre Yaya. © Canal+ / Vidéorama

Avec Fort Boyard Afrique, Canal+ assaisonne le jeu français à la sauce arachide. La première édition, truffée de stars, est déjà un succès de la rentrée télévisuelle.

En apparence, l’émission est la même. Il s’agit bien du même fort du XIXe siècle, haut édifice défensif posé pieds dans l’Atlantique près de l’île d’Oléron, en Charente-Maritime, pour défendre les côtes françaises. Les mêmes tigres poussent les mêmes rugissements pour effrayer les plus petits téléspectateurs. Les mêmes pièces dorées ruissellent pour fasciner les plus grands.

La même équipe technique (130 personnes environ), qui travaille pour France 2 depuis trente ans, celle d’Adventure Line Productions, est à la manœuvre. Et pourtant, on s’est vite rendu compte, le samedi 21 septembre, jour de la première diffusion de Fort Boyard Afrique, que l’émission avait fait dériver la fortification à quelques bonnes centaines de kilomètres vers le sud.

Trente versions différentes

À vrai dire, cela faisait déjà plusieurs mois que l’on avait eu vent du lancement du nouveau programme phare de Canal+ Afrique, diffusé en prime time dans 25 pays francophones et accessible à plus de 4 millions de foyers. La société de production marocaine Vidéorama avait même approché une collaboratrice de Jeune Afrique pour présenter le jeu, vendu à Canal.

Des stars nous avaient révélé, amusées et un peu circonspectes, qu’elles avaient été contactées pour aller suer au Fort durant l’été. En tout, elles sont 50 à avoir été retenues, et non des moindres : A’Salfo, Safarel Obiang, Mani Bella, les Toofan… Mais l’on ne s’attendait pas à ce que l’émission se transforme autant et rencontre un tel engouement, notamment sur les réseaux sociaux.

Le chef Michel Gohou est l'une des vedettes choisies pour animer le programme.

Le chef Michel Gohou est l'une des vedettes choisies pour animer le programme. © Canal+ / Vidéorama

C’est la première fois que l’Afrique subsaharienne s’invite dans les coursives du Fort pour dix émissions de 70 minutes

Certes, l’émission, qui a fêté ses 30 saisons en France, a déjà séduit une trentaine de pays, qui ont créé leur propre version, du Danemark au Canada, en passant par la Russie, l’Algérie et le Liban… Chaque fois, les candidats autres que français passent au large de La Rochelle de début juin à mi-juillet pour le tournage. Mais c’est bien la première fois que l’Afrique subsaharienne s’invite dans les coursives du Fort pour dix émissions de 70 minutes.

Sage en boubou

La société de production Vidéorama, déjà à l’origine du succès de l’adaptation marocaine, a appliqué la même recette pour cette mouture africaine. Penser local. « C’est la notoriété préexistante, puissante, de l’émission, et l’idée de créer ce premier jeu d’aventure panafricain qui nous ont séduits », souligne Nathalie Folloroux, directrice des chaînes Canal+ et Canal+ International. Évidemment, hors de question de reprendre l’épreuve du ski, hors sujet dans cette version.

Ray Reboul, Daouda Sané, Joyce Fotso, MLory Touré et Raoul Coly (de g.à Dr.) composent l'une des équipes panafricaines sélectionnées.

Ray Reboul, Daouda Sané, Joyce Fotso, MLory Touré et Raoul Coly (de g.à Dr.) composent l'une des équipes panafricaines sélectionnées. © Canal+ / Vidéorama

Les deux seuls Blancs du Fort sont les nains Passe-Partout et Passe-Muraille

Le père Fouras, vieillard cacochyme à la longue barbe blanche, a été remplacé par Maître Yaya, interprété par le comédien camerounais Valery Ndongo, un sage en boubou doré et aux énigmes tout aussi compliquées.

En lieu et place du chef Willy, c’est l’Ivoirien Michel Gohou qui menace de « gifler » ses convives s’ils n’ingèrent pas scorpions et autres yeux géants de poissons… Haussman Vwanderday, jusqu’ici plutôt habitué à couvrir l’actualité, notamment culturelle, présente l’émission avec conviction. Les deux seuls Blancs du Fort sont les nains Passe-Partout et Passe-Muraille. Tout un symbole.

Le présentateur du Fort africain, Haussman Vwanderday.

Le présentateur du Fort africain, Haussman Vwanderday. © Canal+ / Vidéorama

La Rochelle, à quelques encablures du Fort, était un port majeur pour la traite négrière… Revenir ici en champions n’est pas tout à fait anodin. Mais Canal refuse de donner à son jeu une portée politique, tout comme les candidats que nous avons contactés.

« Bien sûr, je connais mon histoire, le passé de La Rochelle, mais lorsque je suis venue, ce n’est pas du tout à ça que j’ai pensé, sourit la journaliste Hortense Assaga, soumise dans le Fort à l’épreuve du silence (un « enfer » pour elle). Je me suis d’abord dit que c’était formidable de créer une équipe avec des personnes issues d’horizons vraiment différents. »

Caritatif

Elle est montée dans le bateau avec le musicien sénégalais Cheikh Pape Diouf, la princesse Esther Kamatari (Burundi) ou encore la comédienne ivoirienne Yvidero… « On montre des Africains de différentes origines s’unir dans la bonne humeur, autour d’une même cause, pour gagner ensemble, insiste le chanteur Singuila, très enthousiaste. L’image est forte, j aime cette idée. Le jeu prouve que c’est possible… »

C’est bien le projet en lui-même qui a séduit les équipes africaines et non un quelconque appât du gain. « Il faut souligner que les personnalités qui participent au tournage ne perçoivent pas de rémunération…, précise Nathalie Folloroux. Bien sûr, elles sont défrayées pour le déplacement jusqu’au Fort et logées, mais elles ne touchent pas de cachet. » En revanche, de l’argent est versé à des organisations caritatives.

 Je croyais que c’était un simple bouillon pour les Blancs… mais c’était vraiment épicé, même pour moi !

C’est ce qui a motivé Yvidero : « Fort Boyard, on a tous suivi, on en a tous rêvé quand on était petits… Mais surtout on ne jouait pas dans le vide. Lors de mon passage, j’ai soutenu les enfants orphelins et issus de familles démunies du centre Niali de Gao, au Mali. »

De quoi aider à affronter la salle aux fantômes et une soupe aux piments très relevée du chef Gohou. « Je croyais que c’était un simple bouillon pour les Blancs… mais c’était vraiment épicé, même pour moi ! » rigole aujourd’hui la comédienne.

Il va falloir attendre la diffusion des dix émissions de cette première saison et celle du best of, déjà programmée, pour savoir si le continent accroche à la formule africaine du divertissement. Mais d’ores et déjà les réseaux s’affolent. Et les responsables de Canal envisagent une saison 2.


« Entre 100 000 et 150 000 euros l’épisode »

Canal veut rester discret sur le coût de l’émission.Mais, selon notre source, liée à Adventure Line Productions, la société française derrière Fort Boyard, « Canal+ paie entre 100000 et 150000 euros l’épisode de Fort Boyard Afrique ». La somme semble substantielle… «Mais en fait Canal fait une très belle affaire. C’est beaucoup moins que ce que paie France Télévisions pour l’émission française. La différence vient du fait que les moyens sont moindres pour les programmes étrangers: en une journée, plusieurs épisodes d’un Fort Boyard Afrique peuvent être tournés, ce qui n’est pas le cas pour la version tricolore. »


« J’aurais préféré un truc au milieu des gazelles »

Le comique ivoirien Observateur ébène.

Le comique ivoirien Observateur ébène. © DR / capture d’écran Youtube / Observateur

Quand on a proposé à l’humoriste ivoirien Observateur Ebène de participer à l’émission, il était un peu effrayé. « J’avais déjà vu le programme, mais je croyais qu’on allait me jeter à l’eau… je ne sais pas nager moi! » rigole-t-il. Le comique, qui a rôdé un spectacle à Paris ily a quelques mois au Petit Palais des Glaces,reconnaît que « c’est très bizarre de faire une épreuve comme ça en France » et aurait « préféré un truc dans la forêt au milieu des gazelles ». Mais il est certain que le résultat plaira sur le continent: « Parce que déjà, moi, j’y ai pris du plaisir, et que les gens retrouveront des comédiens africains, une énergie africaine! »

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