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Cet article est issu du dossier «Cedeao : vous avez dit communauté ?»

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Politique

Souleymane Bachir Diagne : « Il faut une Cedeao des citoyens, pas des consommateurs »

L'écrivain et philosophe sénégalais, Souleymane Bachir Diagne. © ©Vincent MULLER/Opale via Leemage

Naît-on ouest-africain ? Des langues à la monnaie, quelque chose de singulier unit-il les ressortissants de la Cedeao ? Pour le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, malgré ses « visages pluriels », cette communauté régionale « de la kora et de la kola » partage une cohérence culturelle et entretient la flamme panafricaniste héritée de ses origines.

Souleymane Bachir Diagne se définit volontiers comme un « philosophe de la traduction », tant il a placé son œuvre à la croisée des chemins culturels et intellectuels. De Henri Bergson à Léopold Sédar Senghor, de la philosophie des mathématiques à celle de l’islam, le penseur sénégalais, né en 1955 à Saint-Louis dans une famille fière de sa lignée d’imams, a côtoyé très tôt la pensée de Louis Althusser et de Jacques Derrida, ses professeurs à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris.

Aujourd’hui à la tête de l’Institut des études africaines de l’Université Columbia, à New York, Souleymane Bachir Diagne est l’un des intellectuels originaires d’Afrique de l’Ouest les plus influents du monde. L’un de ceux qui portent le flambeau d’une certaine idée du panafricanisme sans faire l’économie de la complexité.

Loin de l’image de l’intellectuel coincé dans sa tour d’ivoire, ce chantre de la « décolonisation de l’imaginaire » estime atteignable l’horizon pointé par les pères fondateurs de l’idéal panafricain. Et, pour lui, la Cedeao, toute « froidement institutionnelle » qu’elle puisse paraître, est l’un des moyens d’y parvenir.

Jeune Afrique : Vous plaidez pour une « décolonisation des imaginaires ». Dans quelle mesure la Cedeao peut-elle jouer un rôle dans ce mouvement ?

Souleymane Bachir Diagne : L’un des aspects de la décolonisation, c’est un renforcement de son propre pouvoir de négociation. Décoloniser, c’est retrouver de l’initiative, or celle-ci dépend du poids que l’on a sur la scène internationale. Il est évident qu’une Cedeao solide, assise sur des bases économiques réelles, qui développe un commerce intérieur – et pas simplement un commerce vertical en direction d’un centre situé à l’extérieur –, est une Cedeao qui va peser significativement sur le cours des choses.

Il y a ­évidemment un pluralisme culturel, qu’il ne faut absolument pas nier, mais il y a aussi une cohérence culturelle qui nous vient de l’histoire

Ensuite, la constitution d’une Cedeao forte revient aussi, d’une certaine manière, à reconstituer des dynamiques socioculturelles réelles. L’espace de la Cedeao a notamment été l’espace des grands empires ­ouest-africains. Il y a ­évidemment un pluralisme culturel, qu’il ne faut absolument pas nier, mais il y a aussi une cohérence culturelle qui nous vient de l’histoire. Ce sont là deux points sur lesquels je vois un aspect décolonisateur dans le renforcement de l’Ouest africain.

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