Société

[Tribune] Les enseignants africains, au centre du devenir de nos sociétés

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Mis à jour le 14 octobre 2019 à 17h08

Par  Jean-Hugues Chérif N'doli

Analyste financier et blogueur ivoirien

Des enfants apprennent le français au Ghana.

Des enfants apprennent le français au Ghana. © UNICEF

Les professeurs ont une responsabilité dans l’échec collectif de l’enseignement scolaire en Afrique francophone.

Respecté et adulé, le professeur était, au lendemain des indépendances, le premier symbole de l’État. Il figurait bien souvent le premier contact des populations avec l’administration. Maison de fonction et autres commodités offertes par la collectivité lui assuraient une position sociale enviable.

Dans les années 1990, ces avantages ont disparu à mesure que la situation économique des pays africains se détériorait, plombée par les plans d’ajustement structurel. S’en sont ensuivies grèves et années blanches, qui ont redéfini la place, détestable, de l’enseignant dans la société.

Échec collectif

Bien que de nombreux gouvernements aient fait de l’éducation une priorité dans la marche vers l’émergence de leurs pays, ce secteur reste profondément… immergé. Ainsi, à l’heure de la révolution numérique, tout juste 40 % de la population malienne sait lire et écrire (CIA World Factbook 2015). Les professeurs ont une responsabilité dans cet échec collectif, dans cette obsolescence de l’enseignement scolaire en Afrique francophone.

En 2015-2016, selon l’Institut national des statistiques de Côte d’Ivoire, les élèves du primaire ivoirien ont perdu près de 145 000 heures de cours du fait de grèves dont les motivations étaient exclusivement salariales.

Et, malgré une trêve sociale signée en 2017, un nouveau mouvement était lancé en 2018, cette fois pour des primes. Un examen des mouvements sociaux dans l’éducation en Afrique francophone confirme que les élèves ne sont jamais au centre des préoccupations de leurs professeurs.

Otages

Sans préjuger du bien-fondé de leurs revendications, il apparaît que ceux qui sont chargés de l’instruction de nos enfants n’hésitent pas à les prendre en otage.

Si nul ne peut contester aux syndicats d’enseignants le droit de lutter pour de meilleurs salaires, on est en droit d’exiger qu’ils donnent aussi de la voix pour des sujets cruciaux comme la réforme de l’éducation nationale, l’alphabétisation ou encore l’inadéquation des formations au marché du travail… Aphones, ils abandonnent ces questions aux hommes politiques, dont l’expertise en la matière se révèle souvent bien limitée.

Alors que de nombreuses études montrent une corrélation entre l’éducation et le développement, les enseignants africains sont plus que jamais au centre du devenir de nos sociétés. Il est donc essentiel qu’ils développent des modes de contestations moins dommageables à leurs élèves. Sans quoi, c’est toute la société qui y perdra. Bonne rentrée !

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