Diplomatie

Huang Xia, l’ex-ambassadeur chinois devenu envoyé spécial de l’ONU pour les Grands Lacs

Sa prise de poste, une première au sein l’organisation internationale, coïncide avec l’offensive diplomatique de Pékin sur le continent.

Sa prise de poste, une première au sein l’organisation internationale, coïncide avec l’offensive diplomatique de Pékin sur le continent. © Vincent Fournier/JA

Le secrétaire général de l’organisation, António Guterres, a nommé en début d’année Huang Xia pour succéder à l’Algérien Saïd Djinnit au poste d’envoyé spécial de l’ONU pour les Grands Lacs.

Faut-il y voir le signe que les temps changent ? Alors qu’aucun diplomate chinois n’avait jusqu’alors exercé une fonction d’envergure au sein des Nations unies, le secrétaire général de l’organisation, António Guterres, a choisi de nommer Huang Xia pour succéder à l’Algérien Saïd Djinnit au poste d’envoyé spécial pour les Grands Lacs.

Une décision annoncée en janvier et qui est loin d’être anodine, compte tenu de l’offensive diplomatique chinoise en cours, tant sur le continent qu’au sein même des instances onusiennes.

Deuxième principal contributeur au budget de l’organisation, devant le Japon mais toujours derrière les États-Unis, et deuxième bailleur des opérations de maintien de la paix, la Chine avance ses pions, profitant du désengagement américain amorcé depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Le choix de Huang Xia, diplomate affable de 57 ans, parfait francophone et familier des affaires africaines, reflète cette ambition.

Un parcours « atypique »

Car avec ce nouveau poste, Huang Xia reste sur un continent qu’il fréquente depuis dix ans. Ambassadeur de Chine au Niger (2009-2012) puis au Sénégal (2012-2015), il a ensuite posé ses valises à Brazzaville de 2015 à 2018. Aujourd’hui établi à Nairobi, il assume un parcours « atypique », certes, mais valorisé par Pékin, dont la quête d’influence passe aussi par la polyvalence de ses diplomates.

Formé en Chine à l’Institut de diplomatie, il étudie le droit à l’université de Liège, en Belgique. Il intègre ensuite le service d’interprétariat de la Commission européenne et rejoint l’École nationale d’administration (ENA), en France, en 1996 – promotion Valmy, celle de l’actuel ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire.

Une formation rendue possible par « la coopération administrative » entre Paris et Pékin qui, « dans le cadre de sa politique de réforme et d’ouverture sur l’extérieur, a l’intention d’en apprendre [un maximum] sur tous les pays », précise Huang Xia, qui a aussi été conseiller politique à l’ambassade de Chine en France. À l’occasion du dialogue stratégique entre les deux pays, organisé deux fois par an, il intervenait jusqu’à présent pour Pékin sur les dossiers africains.

Les ambitions de Pékin

Maintenant que ses trente années au service de la diplomatie chinoise sont derrière lui, Huang Xia se montre plus évasif sur le sujet de l’influence de Pékin sur le continent. Ce n’est plus au nom de la Chine qu’il agit et s’exprime, insiste-t-il, mais pour le compte de l’ONU dans une région dont l’organisme suit de près l’évolution.

Il faut se mettre à la place des Africains si l’on veut comprendre la nouvelle donne

Transition et insécurité en RD Congo, craintes à l’approche des élections au Burundi, tensions entre le Rwanda et l’Ouganda… Les dossiers sont nombreux. Huang Xia, qui a récemment rencontré le président rwandais, Paul Kagame, continue à prendre ses marques et prône un changement d’approche : « Il faut se mettre à la place des Africains si l’on veut comprendre la nouvelle donne. »

« La nomination de Huang Xia n’est qu’une étape, assure un diplomate onusien en fonction en Afrique. À terme, la Chine vise des nominations d’un autre calibre, notamment dans les missions de maintien de la paix. » Pékin a déjà convoité la tête du département de maintien de la paix, en 2017, mais sans succès car le Français Jean-Pierre Lacroix a obtenu ce poste « verrouillé » par la France depuis trente-deux ans. Pékin n’a pas pour autant renoncé et, à en croire ce même diplomate onusien, la Chine finira par obtenir gain de cause : « Ce n’est qu’une question de temps. »

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