Energie

Gabon : Suez répond à l’appel de Libreville

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Mis à jour le 29 septembre 2019 à 10h34
Installations de distribution d’eau de Suez, ici à Alger. (Photo d’illustration)

Installations de distribution d'eau de Suez, ici à Alger. (Photo d'illustration) © Crédit : Suez

Sollicitée par le Gabon après l’éviction de Veolia, la multinationale française a fait une offre pour gérer la distribution de l’eau, mais pas de l’électricité.

« Suez ne craint plus l’Afrique », affirmait Jeune Afrique il y a un an. Si le regain d’intérêt du groupe pour les pays subsahariens s’est depuis confirmé, le numéro deux mondial de l’eau (17 milliards d’euros en 2018) n’entend pas prendre de risques inconsidérés. En témoigne la proposition récemment soumise par Suez aux autorités gabonaises concernant la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg).

Sollicité par Libreville pour reprendre l’ensemble des activités de l’entreprise sous la forme d’un contrat de gestion, le géant hexagonal a finalement proposé aux autorités de ne s’impliquer que sur la fourniture d’eau potable. L’essentiel du chiffre d’affaires de la Seeg (287 millions d’euros en 2017) provient pourtant de la commercialisation de l’électricité.

Selon une source proche du dossier, Suez a bien, en juin dernier, envoyé un consultant non salarié, Jean-Pierre Ermenault, ancien DG de GDF-Suez au Maroc, pour évoquer la possibilité d’assister également la Seeg dans la partie électricité. Mais cette option n’a pas été retenue. Les réticences du français à s’impliquer au Gabon peuvent s’expliquer par la manière dont son grand rival Veolia, qui gérait la Seeg au moyen d’un contrat de concession jusqu’en 2018, a été expulsé, et au risque réputationnel lié aux marchés africains.

Les Gabonais seuls à la manœuvre

Au Sénégal, Suez fait face depuis des mois à une campagne de presse à charge relayant des accusations de corruption jamais prouvées alors qu’il a emporté, en octobre 2018, la gestion de l’eau potable dans les centres urbains face à la Sénégalaise des eaux (SDE). Un épisode mal vécu par Bertrand Camus, ex-DGA chargé de l’Afrique, devenu patron du groupe en mai.

En attendant l’arrivée d’un nouveau partenaire, les Gabonais sont donc seuls à la manœuvre. Et s’ils souhaitent être assistés dans cette tâche, ils ne veulent plus d’étrangers à la tête de la Seeg. Selon nos informations, ils ont d’ailleurs refusé l’offre de rachat de l’entreprise publique faite par un fonds d’investissement britannique au tout début de l’été. Une proposition qui s’appuyait sur le prix auquel Libreville a racheté les parts détenues par Veolia à la suite de l’accord amiable intervenu entre les deux parties en février 2019, soit environ 90 millions d’euros pour acquérir 100 % du capital.

Mais la gestion des activités de la Seeg reste un casse-tête pour Libreville, qui a donc sollicité l’aide de Paris. En effet, si Maixent Accrombessi, l’ancien directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba (ABO), avait pris ses distances avec les milieux économiques français, son remplaçant, Brice Laccruche Alihanga, suit le chemin inverse. Ainsi, le 8 septembre, celui-ci était reçu à l’Élysée par Frank Paris, le « Monsieur Afrique » du président Macron.

Suez « invité » à « étudier le dossier » de la Seeg

Un rendez-vous au cours duquel ce dossier a été évoqué, même si aucun représentant de Suez n’était alors présent. En fait, selon une source bien informée, Suez « a été invité » par des représentants de l’État français à « étudier le dossier » de la Seeg ainsi que celui de la collecte des déchets à Libreville, pour lequel le libanais Averda est sur le point d’être remercié alors qu’il a interrompu trois fois ses services depuis l’obtention de son contrat en 2015 en représailles au non-paiement de ses honoraires.

Certes, Jean-Louis Chaussade, alors DG de Suez, avait déjà évoqué une reprise de la Seeg avec ABO en mars 2018, lors du sommet de l’Alliance solaire internationale, organisé en Inde, mais ce rapprochement était resté au point mort. Un coup de pouce de la France a donc permis d’accélérer les choses. Mais pas question pour Suez – qui ne gère l’électricité que dans une seule ville au monde, Casablanca (avec la Lydec) – de se lancer dans un projet trop aventureux. C’est aussi semble-t-il la raison qui pousse le français à refuser la gestion de la collecte des déchets. Aucune offre n’a selon nos informations été transmise par Suez à Libreville en ce sens.

Interrogé par Jeune Afrique, le ministre gabonais de l’Économie et des Finances, Roger Owono Mba, en première ligne dans le dossier de résolution de l’éviction de Veolia alors qu’il était au cabinet d’ABO, semblait néanmoins optimiste quant à la reprise de l’ensemble des activités de la Seeg. Est-ce à dire que le Gabon espère l’assistance technique d’une autre entreprise pour la partie électricité ? Française encore une fois, comme EDF ou Engie ? Songe-t-il aussi à scinder la Seeg avec d’un côté la partie eau et de l’autre l’électricité ? Des questions qui restent pour l’instant en suspens.

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