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Cet article est issu du dossier «Sahel : l'Afrique de l'Ouest peut-elle gagner la guerre contre le terrorisme ?»

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Sécurité

Afrique de l’Ouest : pourquoi Boko Haram est de mieux en mieux armé

Frontière Cameroun-Nigeria à Fotokol. Ce pont drainait un trafic de 200 camions par jour. Il était incontournable pour l'approvisionnement en armes, munitions et nourriture destinés à Boko Haram.

Frontière Cameroun-Nigeria à Fotokol. Ce pont drainait un trafic de 200 camions par jour. Il était incontournable pour l'approvisionnement en armes, munitions et nourriture destinés à Boko Haram. © Georges Dougueli pour JA

Le renseignement américain et l’armée nigériane ont fait état de l’usage par le groupe terroriste de drones commerciaux.

Dans les environs de Fotokol, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, Boko Haram est toujours une réalité. Divisé entre combattants de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap, autour du lac Tchad) et fidèles du leader nigérian Abubakar Shekau, plus au sud, le groupe terroriste fait partie du quotidien.

Dans la nuit du 14 au 15 septembre, à quelques kilomètres de la grande ville du Logone-et-Chari, quelques dizaines de jihadistes se sont chargés de le rappeler en attaquant la base militaire qui y avait pris ses quartiers. Bilan : six soldats camerounais tués et neuf autres blessés.

Changement de mode d’opération

Depuis peu, les combattants de l’Iswap (environ 5 000 hommes) ont changé leur mode d’opération au Cameroun, en attaquant directement les bases de l’armée, comme ils le font au Nigeria depuis de nombreux mois. La stratégie est rodée et directement héritée de celle que l’État islamique a mise en pratique sur d’autres théâtres de guérilla : miner le moral des troupes et profiter des incursions pour récupérer un matériel de guerre de plus en plus lourd. Tirant parti du manque d’efficacité de l’armée nigériane, l’Iswap s’est renforcé en AK-47, lance-roquettes et pièces d’artillerie légères que les combattants parviennent à installer sur leurs pick-up Toyota.

Certains groupes ont effectué de « belles » prises. Ici, quelques mortiers plus lourds et des fusils sniper dérobés au bataillon d’intervention rapide (BIR) camerounais. Là, quelques blindés, que les jihadistes peinent à utiliser par manque de carburant. Ailleurs encore, un char qui ne servira finalement qu’à parader dans des vidéos de propagande.

Boko Haram dispose de drones commerciaux

Récemment, le renseignement américain et l’armée nigériane ont même fait état de l’usage par les terroristes de drones. On est toutefois loin des engins aériens utilisés par les armées modernes à travers la planète (et notamment par l’armée nigériane, qui s’est équipée de drones CH-3 de fabrication chinoise). « Boko Haram dispose de drones commerciaux, mais ce sont des appareils que l’on peut trouver sur internet et qui n’ont pas grand-chose à voir avec un Reaper américain, explique Vincent Foucher, chercheur au Centre national de recherche scientifique (CNRS). Il y a une forme de fascination pour ce type de matériel, mais on grossit sans doute les capacités de l’Iswap. »

Un soldat nigérien patrouille dans le nord de Borno près de Maiduguri, au Nigeria, fief des islamistes de Boko Haram, le 5 juin 2015. © Quentin Leboucher/AFP

Même surévaluées, les possibilités des drones de Boko Haram – pour le moment utilisés pour de la surveillance – inquiètent néanmoins. En Syrie, l’État islamique est déjà parvenu à se servir de drones commerciaux chargés d’explosifs pour perpétrer des attaques. En janvier 2017, le groupe avait même créé une division nommée « l’aviation sans pilote des moudjahidin ». Davantage d’attaques contre des bases militaires. Des combattants mieux entraînés et équipés.

L’« effet État islamique », apporté par des instructeurs venus du Sahel ou de Libye, a été indéniable sur Boko Haram. Si la faction fidèle à Shekau, regroupée dans les environs de la forêt de Sambisa avec environ 1 500 hommes, a plus de difficultés, Boko Haram a globalement gagné en efficacité, face à des armées qui peinent à coopérer. L’armée nigériane a même pris ces derniers mois le parti de se retrancher dans des « super-camps ».

Elle espère ainsi, en y massant davantage de troupes, limiter la vulnérabilité de ses bases. Mais, ce faisant, elle abandonne davantage de territoire. Stratégie nécessaire ou retraite déguisée ? L’armée nigériane est au cœur des critiques. Et, face à cet adversaire à l’arrêt, c’est bien Boko Haram, son artillerie et ses drones commerciaux qui semblent avoir le vent en poupe.

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