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Cet article est issu du dossier «RDC : Félix Tshisekedi est-il l'artisan d'un vrai « New Deal » ?»

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Mines

RDC : plan rouge pour le cobalt

Usine de première transformation, à Lubumbashi. Le minerai sera ensuite raffiné en Chine.

Usine de première transformation, à Lubumbashi. Le minerai sera ensuite raffiné en Chine. © SAMIR TOUNSI/AFP

Face à la fragilisation de la filière due à la chute des cours et à la hausse des redevances, l’État cherche des parades pour mieux exploiter son « or bleu ».

Après avoir grimpé à plus de 90 000 dollars la tonne à la mi-2018, le cours mondial du cobalt a plongé, un an plus tard, à 28 000 dollars, soit à peu près son niveau de 2016. En RD Congo, premier producteur de ce métal très recherché pour la fabrication de batteries lithium-ion, c’est la grogne. Car cette chute coïncide avec la hausse de la fiscalité prévue dans le code minier de 2018 et consécutive à la décision du gouvernement de déclarer le cobalt substance stratégique. Ainsi la redevance sur ce minerai est-elle passée de 3 % à 10 %.

Cette situation a eu pour effet de réduire les revenus et les bénéfices des compagnies minières, qui exercent leurs activités, pour l’essentiel, dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, où sont concentrés les gisements. Parmi elles figurent les filiales de multinationales qui dominent la filière cuivre-cobalt, telles que les chinois China Molybdenum Co (CMOC), Zhejiang Huayou Cobalt et Jinchuan Group International Resources, le suisse Glencore, ou le kazakh Eurasian Resources Group.

Moyen de pression

Face aux difficultés liées à la conjoncture, les réponses sont diverses. Faut-il surtout exporter des concentrés, plus pauvres en cobalt que les autres produits, donc moins taxés, renoncer à investir dans la filière, ou fermer temporairement des gisements en attendant des jours meilleurs ? Pour sa part, Glencore a annoncé en août la fermeture pour au moins deux ans de son site de Mutanda Mining, qui ne serait plus économiquement viable en raison de la baisse des prix. Quant à Huayou Cobalt, il a renoncé à prendre le contrôle de la mine appartenant à Lucky Resources Holdings. Des décisions qui constitueraient, selon certains analystes, un moyen de pression sur le gouvernement pour l’obliger à réviser le code minier, décrié par la plupart des opérateurs. Allez savoir… Reste qu’elles pourraient affecter la production mondiale de cobalt, qui était de 111 358 t en 2018.

Nous devons nous ajuster à la conjoncture mondiale et faire preuve de souplesse quand les prix baissent

Pour éviter une cascade de fermetures et de gels des investissements, une première solution serait de réduire, du moins temporairement, le taux de la redevance. « Nous devons nous ajuster à la conjoncture mondiale et faire preuve de souplesse quand les prix baissent », souligne le professeur Dona Kampata, directeur du Service géologique national (SGN).

Effets yo-yo

Néanmoins, au-delà de la fiscalité, deux conditions permettraient au pays d’être moins vulnérable aux effets yo-yo des cours. Première solution, résorber le déficit énergétique, qui freine l’émergence d’une industrie métallurgique. Par manque d’énergie, la production actuelle de cobalt porte sur des produits à faible valeur ajoutée, principalement des concentrés et des hydroxydes de cobalt, des carbonates et des alliages blancs. Ainsi, une grande partie du raffinage est réalisée en Chine, qui absorbe 80 % de la production congolaise.

C’est un manque à gagner pour le pays. Nous sommes à la merci des autres

La seconde solution passe par le développement de la recherche géologique dont, pour l’heure, la majeure partie échappe au contrôle de l’État. « Nous n’avons pas une bonne connaissance de notre sous-sol. Faute d’information géologique, le cadastre minier délivre des périmètres à bas prix. Ainsi, il n’y a pas d’appels d’offres car les gisements ne sont pas certifiés. C’est un manque à gagner pour le pays. Nous sommes à la merci des autres », martèle Kampata.

Mais rien n’est perdu, car les compagnies nationales et l’État disposent de vastes périmètres qui n’ont pas encore été mis en valeur. À condition d’investir dans la recherche géologique en donnant davantage de moyens au SGN afin de permettre à l’État d’augmenter son portefeuille minier et de mieux négocier avec les compagnies.

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