Sport

Maroc : Hind Abatorab, la pilote automobile qui trace sa route dans un milieu masculin

La pilote marocaine Hind Abatorab a remporté son premier titre en 2016.

La pilote marocaine Hind Abatorab a remporté son premier titre en 2016. © François Beaurain

Dans un milieu essentiellement masculin, la Marocaine Hind Abatorab s’est imposée comme une pilote automobile hors pair.

Autant que Hind puisse se souvenir, sa première expérience de conduite remonte à ses six ans. C’est son père, Mostafa, grand passionné de sport automobile et propriétaire d’une auto-école, qui lui a transmis le virus en la laissant conduire le soir, après l’école.

Il faut croire que ces cours particuliers ont porté leurs fruits : Hind Abatorab est désormais la seule femme à participer aux championnats de course automobile au Maroc, mais elle est surtout une pilote hors pair qui règne quasi sans partage depuis trois ans en M1 (moins de 1 600 cc) et en M3 (plus de 2 000 cc). À tout juste 40 ans, elle est toujours en quête de nouveaux défis et rêve de concourir en Europe. En attendant la régularisation de sa situation avec son nouveau club espagnol, elle a décidé de prendre son mal en patience avec une nouvelle participation à l’édition 2019 des championnats du Maroc.

Mère au foyer

Si aujourd’hui Hind est une championne reconnue, bien malin celui qui aurait soupçonné, il y a dix ans, le talent de cette femme au foyer. Mariée, deux enfants, Hind Abatorab est longtemps restée à l’écart du sport automobile dans sa ville d’El Jadida, où il n’y a ni circuit ni club. À la maison, elle rongeait son frein, habitée par la passion transmise par son père. Une frustration d’autant plus grande que ce dernier avait depuis monté sa propre écurie, où elle voyait se succéder les pilotes.

J’avais le trac, j’étais gênée d’être la seule femme de la course

Les choses changent en 2009, après son emménagement à Casablanca. Elle s’inscrit dans un club local et peut faire ses premiers tours de piste. Son père accepte alors de lui donner une chance et la prend dans son écurie. Elle peut enfin vivre son rêve, mais le chemin demeure long ; les premières courses sont une épreuve pour celle qui cherche encore ses marques. « J’avais le trac, j’étais gênée d’être la seule femme de la course », dit-elle. Elle gagne pourtant rapidement en assurance et remporte son premier titre, en 2016, en catégorie M3, suivi d’un deuxième, en M1, en 2017. Les jours de compétition, Hind Abatorab saute littéralement d’une voiture à une autre afin de pouvoir concourir dans deux catégories à la fois.

Queues de poisson

Évoluer dans un milieu masculin comme le sport automobile n’a pas toujours été de tout repos. Si elle se sent respectée par la plupart des coureurs, elle en croise encore pour qui l’idée d’être battu par une femme est intolérable. « En fait, tout allait bien tant que je perdais, tout a changé quand j’ai commencé à gagner », explique-t-elle. Intimidations et queues de poisson se multiplient, si bien qu’elle se sent menacée, certains coureurs n’hésitant pas, selon elle, à l’accrocher volontairement. Pour se défendre, elle a dû installer des caméras sur son véhicule afin de pouvoir documenter les accidents dont elle dit être victime.

Si Mostafa avoue qu’il avait toujours rêvé d’avoir un garçon à qui transmettre sa passion et que le choix de sa fille a été un choix « par dépit », de l’eau a depuis passé sous les ponts. Talentueuse et déterminée, la jeune femme a su lui prouver qu’elle était une pilote hors norme. L’un comme l’autre ne regrette qu’une chose : ne pas avoir commencé cette aventure familiale plus tôt.

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