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Cet article est issu du dossier «RDC : Félix Tshisekedi est-il l'artisan d'un vrai « New Deal » ?»

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Politique

RDC : la coalition Lamuka cherche sa voie

Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba à Bruxelles en septembre 2018.

Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba à Bruxelles en septembre 2018. © JOHN THYS / AFP

Rassemblés au sein d’une coalition, les adversaires de Félix Tshisekedi entendaient faire cause commune, mais certains ont rallié l’exécutif, tandis que d’autres se positionnent déjà pour la présidentielle de 2023.

Tiraillée par les ambitions personnelles de ses leaders – Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Jean-Pierre Bemba et Adolphe Muzito –, Lamuka (« réveille-toi », en lingala), la principale coalition d’opposition, a traversé « une zone de fortes turbulences », selon l’expression de Muzito. Sans compter que le camp présidentiel a contribué à l’affaiblir en recrutant deux de ses cadres : à la fin de juin, l’ancien chef de guerre Antipas Mbusa Nyamwisi a quitté Lamuka pour, dit-il, participer activement à la lutte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola et contre l’insécurité dans l’est du pays ; à la mi-juillet, ce fut au tour de l’ex-ministre des Finances Freddy Matungulu de « répondre favorablement à l’appel » de Félix Tshisekedi, qui l’a proposé au poste d’administrateur de la Banque africaine de développement (BAD).

Mais ce sont surtout les dissensions entre ses principaux représentants qui ont fragilisé la plateforme ces dernières semaines, chacun ourdissant sa propre stratégie afin de se positionner pour 2023. Une ambition légitime (quoique très anticipée), qui n’est évidemment pas sans générer de la défiance, en particulier entre Martin Fayulu et Moïse Katumbi. Ce dernier a vu son horizon politique s’éclaircir avec le recouvrement de sa nationalité congolaise et l’abandon des poursuites judiciaires engagées à son encontre.

Deux lignes

En revanche, Jean-Pierre Bemba reste inéligible en raison de sa condamnation pour subornation de témoins par la Cour pénale internationale (CPI), et il est conscient qu’il ne parviendra pas, seul, à faire adopter une révision de la Constitution qui lui permette de briguer à nouveau un mandat. Il sait qu’il lui faut une base politique, en l’occurrence celle de son bastion natal du Sud-Ubangi (ex-Équateur), où il a effectué une tournée à la mi-juillet. Il sait aussi qu’il a besoin des autres leaders de Lamuka pour peser sur la majorité, en particulier de Fayulu et son discours radical.

Martin Fayulu, candidat de la coalition Lamuka à la présidentielle en RDC, le 6 décembre à Goma, dans le Nord-Kivu.

Martin Fayulu, candidat de la coalition Lamuka à la présidentielle en RDC, le 6 décembre à Goma, dans le Nord-Kivu. © REUTERS/Samuel Mambo

Depuis le meeting qu’il a tenu à Kinshasa à la fin de juin, Jean-Pierre Bemba martèle sa volonté de s’inscrire dans une « opposition républicaine et responsable » à Félix Tshisekedi. Son discours modéré et sa confiance en l’avenir de la plateforme donnent d’ailleurs au président du Mouvement de libération du Congo (MLC) la meilleure posture pour redonner une cohésion à Lamuka, entre la ligne dure, incarnée par Martin Fayulu, soutenu par Adolphe Muzito (qui continue de réclamer la restitution de « la vérité des urnes »), et celle, plus souple, de Moïse Katumbi, avec lequel Bemba partage la volonté de mener une opposition « républicaine et exigeante ».

La situation du pays pousse Lamuka à maintenir une ligne dure parce que l’on a comme l’impression que Kabila est toujours là

Rien d’étonnant donc à ce que, lors de la réunion du présidium à Lubumbashi, le 30 juillet, Jean-Pierre Bemba ait été désigné pour succéder à Katumbi à la coordination tournante de Lamuka jusqu’au mois d’octobre. Les leaders de la coalition se sont efforcés de s’accorder sur une orientation commune. Ils ont réaffirmé la victoire de leur candidat Martin Fayulu à l’élection présidentielle du 30 décembre 2018. « La situation du pays pousse Lamuka à maintenir une ligne dure parce que l’on a comme l’impression que Kabila est toujours là », explique l’un des cadres de la coalition, laquelle s’est par ailleurs engagée à poursuivre la lutte pour « l’instauration de la démocratie et de l’État de droit » et pour la défense de l’intérêt général.

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