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Cet article est issu du dossier «RDC : Félix Tshisekedi est-il l'artisan d'un vrai « New Deal » ?»

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Société

RDC – Carnet de route : Good morning Lualaba !

Le pont Lualaba, sur la rivière du même nom, à l’entrée de Kolwezi, a été inauguré à la fin de juillet 2015.

Le pont Lualaba, sur la rivière du même nom, à l’entrée de Kolwezi, a été inauguré à la fin de juillet 2015. © Caroline THIRION/AFP

Depuis Lubumbashi, deuxième ville du pays, jusqu’à Kolwezi, devenue la capitale minière, voyage entre les deux principaux centres urbains de la ceinture de cuivre congolaise.

Lubumbashi, fin juin. Une petite brise fraîche souffle en ce début d’après-midi dans le quartier d’affaires de la capitale provinciale, où les voyageurs s’agglutinent au terminal de Mulykap. Cette compagnie privée est le leader (65 % de part de marché) du transport routier interurbain dans la province du Haut-Katanga (voir carte), surclassant une douzaine de concurrents. Ses autocars partent à l’heure, avec un minimum de confort. Le temps où les passagers, chargés pêle-mêle avec la marchandise, étaient transportés sans aucun ménagement semble bien révolu.

La réussite de Mulykap repose notamment sur le tracking. Depuis une salle de contrôle, la compagnie peut à tout moment localiser ses cars et surveiller en temps réel la vitesse à laquelle roulent ses chauffeurs, lesquels sont soumis à des tests d’alcoolémie avant le départ et à l’arrivée. L’entreprise est réputée fiable et sûre, ce que les statistiques tendent à confirmer puisque aucun accident l’impliquant n’a été déploré en onze ans d’exploitation.

Numéro de prêche

Le chauffeur fait tourner le moteur. Des consignes de sécurité sont données aux passagers. Une bible à la main, un homme d’une quarantaine d’années se glisse discrètement dans le couloir séparant les rangées de sièges et se met à psalmodier dans un swahili mâtiné de français. Les passagers sont réceptifs. Dans ce pays à dominante chrétienne, les lieux de culte sont bondés le dimanche, et le simple fait de se proclamer athée est mal perçu. L’autocar se met en route. Le prêcheur, toujours à son bord, poursuit sur sa lancée. Ses interventions sont entrecoupées de chants religieux en swahili, repris en chœur par des passagers qui tiennent à confier leur sécurité à Dieu pendant ce déplacement qui va durer plus de quatre heures.

On ne peut pas échapper à la frénésie immobilière qui s’est emparée, ces dernières années, de la deuxième ville du pays

Après s’être faufilé au milieu d’une nuée de véhicules dans les rues du centre, l’autocar se dirige désormais vers l’une des sorties nord de la ville, aux abords de l’aéroport, où l’on ne peut pas échapper à la frénésie immobilière qui s’est emparée, ces dernières années, de la deuxième ville du pays – environ 3 millions d’habitants. Le prêcheur met fin à son numéro. Un bruyant « amen » collectif retentit. Le chauffeur se gare sur le bas-côté pour que l’homme descende, après avoir fait circuler un minuscule panier défraîchi pour récolter quelques billets en francs congolais ou en dollars – la devise américaine, « deuxième monnaie du pays », est acceptée dans toutes les transactions quotidiennes et peut être délivrée dans les distributeurs d’argent liquide.

Paysage de carrières

Son car immobilisé au milieu d’un concert de klaxons assourdissants témoignant de l’impatience des automobilistes bloqués derrière lui, le chauffeur donne maintenant à entendre des chansons enregistrées sur une clé USB qui viennent remplacer la séance de prières. De la musique religieuse, très prisée dans le pays, alterne avec de la musique dite mondaine. Le volume est à fond, sans que personne n’y trouve à redire ni ne formule la moindre remarque.

De part et d’autre de la route nationale bitumée et globalement en bon état, une succession de tristes hameaux s’offre au regard des passagers. La pauvreté est criante dans les villages où les maisons en dur sont rares. Il n’empêche, des enfants jouent gaiement à la balle, d’autres vendent quelques fruits et légumes au bord de la chaussée, sous l’œil vigilant de leurs parents.

La vue d’une carrière, non loin de la route, rappelle aux voyageurs étourdis qu’ils sont dans une région minière. Les paysages des hauts plateaux et, par endroits, des savanes herbeuses défilent au fur et à mesure que le car se rapproche de Kolwezi. Le chauffeur redouble de vigilance aux abords des marchés, très animés, qui, pour beaucoup de riverains, sont des lieux de rencontres et d’échanges incontournables. Les bourgs traversés se succèdent : Likasi (à mi-parcours), Kambove, Fungurume, Tenke, etc. Entre Likasi et Kolwezi, le car marque deux courtes pauses, pour permettre aux passagers d’acheter quelques victuailles et de se désaltérer.

Modernisation à vue d’œil

« Kolwezi, terminus, tout le monde descend ! » Après s’être délesté de quelques passagers au rond-point de l’Indépendance, le car finit son trajet à Jovena, près de la mairie de Kolwezi. Quiconque n’est pas venu dans la ville depuis l’entrée en vigueur, dans le courant de 2015, du nouveau découpage administratif – qui a divisé l’ex-Katanga en quatre provinces : Haut-Katanga, Lualaba, Haut-Lomami et Tanganyika – ne la reconnaîtra pas facilement.

Chef-lieu de la nouvelle province du Lualaba, Kolwezi a hérité du gros des ressources minières de l’ex-Katanga et se modernise à vue d’œil. De nouveaux bâtiments se construisent, davantage de rues sont bitumées, l’offre hôtelière se diversifie, des supermarchés ouvrent, les restaurants se multiplient, le trafic routier se densifie, etc., tandis que des tour-­opérateurs prospectent discrètement, prêts à dégainer de nouvelles offres. Devenue la capitale minière du pays, Kolwezi attire des Congolais venus de toutes les provinces, notamment du Grand Kasaï (centre) et de Kinshasa, mais aussi des étrangers, dont quelque six mille Chinois, environ un millier d’Indiens et autant de Sud-Africains, en quête d’investissements ou d’emplois dans le secteur minier.

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