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Cet article est issu du dossier «RDC : Félix Tshisekedi est-il l'artisan d'un vrai « New Deal » ?»

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Agroalimentaire

Développement rural en RDC : la diversification est dans le pré

Récolte de thé dans la région de Bukavu (Est).

Récolte de thé dans la région de Bukavu (Est). © Kris Pannecoucke/PANOS-REA

Comment donner aux filières agricoles un rôle accru quand le pays reste tributaire des produits miniers ? La question est au cœur de la stratégie en cours d’élaboration.

Le pays a des atouts à faire valoir. Avec quelque 80 millions d’hectares de terres arables, dont une faible proportion (environ 10 %) est aujourd’hui mise en valeur, la RDC pourrait devenir un grenier de la sous-région… au lieu de continuer d’importer plus de 80 % de ses besoins en produits alimentaires.

Le président, Félix Tshisekedi, s’est engagé à mettre le développement du secteur agricole au cœur de son action. « J’ai pris la ferme résolution d’inverser la tendance en améliorant les conditions de vie dans les milieux ruraux à travers des investissements dans le secteur agricole, la création de zones agro-industrielles et la construction d’infrastructures de base », a-t-il déclaré lors de l’ouverture de la 5e édition du forum Makutano, une conférence internationale sur l’entrepreneuriat qui s’est tenue au début de septembre à Kinshasa.

« Des mesures fortes et incitatives seront prises pour restaurer la classe moyenne [à travers] des jeunes entrepreneurs, [mesures] que je compte promouvoir dans toutes les provinces », a ajouté le chef de l’État.

Par exemple, l’agriculture familiale est couramment pratiquée à la périphérie des zones forestières et en savane, or cette agriculture itinérante sur brûlis constitue une menace pour la forêt. Il est donc question d’abandonner cette pratique en encourageant des cultures pérennes de rente (café, cacao, hévéa, etc.), combinées à des cultures vivrières (manioc, arachide, maïs, etc.).

Rude concurrence étrangère

Reste que la part du budget national consacrée à l’agriculture n’atteint pas l’objectif de 10 % annoncé à plusieurs reprises. Autre obstacle : de nombreux jeunes ruraux se désintéressent des travaux champêtres. Ils ont du mal à écouler leurs produits – faute de routes – et semblent de plus en plus attirés par la capitale, où l’explosion démographique demeure en grande partie liée à l’exode rural.

Dans tous les grands pays du monde, l’agriculture est subventionnée et protégée. Il est temps qu’une réflexion en ce sens soit menée ici

Enfin, alors que sous d’autres cieux le protectionnisme revient en force dans le secteur agricole, c’est plutôt l’inverse en RDC. Des importateurs d’huile de palme, qui provient notamment de Malaisie, bénéficient ainsi d’exonérations fiscales qui mettent à mal les producteurs locaux. « Dans tous les grands pays du monde, l’agriculture est subventionnée et protégée. Il est temps qu’une profonde réflexion en ce sens soit menée ici », souligne Michaël Hoolans, le directeur général de la société Miluna Gwaka, qui dispose d’une concession de près de 24 500 ha dans le nord-ouest du pays.

En dépit de ce tableau fort peu reluisant, des entrepreneurs congolais unissent leurs efforts pour ouvrir, ici et là, des points de vente de produits vivriers frais à des prix compétitifs. Une rude concurrence risque par ailleurs de s’installer dans le secteur de la grande distribution, dominé par des enseignes indiennes. C’est d’ores et déjà une bonne nouvelle pour les consommateurs, qui attendent avec impatience une baisse générale des prix.

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