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Cet article est issu du dossier «RDC : Félix Tshisekedi est-il l'artisan d'un vrai « New Deal » ?»

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BTP & Infrastructures

RDC : entre Kinshasa et Brazzaville, un pont qui fait des vagues

Des entrepreneurs de la RDC s’apprêtent à traverser le fleuve pour se rendre à Brazzaville, le 15 septembre 2018 (image d'illustration).

Des entrepreneurs de la RDC s’apprêtent à traverser le fleuve pour se rendre à Brazzaville, le 15 septembre 2018 (image d'illustration). © © Trésor Kibangula pour JA

Alors qu’il semblait définitivement enterré, le projet de pont route-rail entre Kinshasa et Brazzaville vient de ressurgir des profondeurs du fleuve qu’il pourrait bientôt enjamber.

En mai, la Banque africaine de développement (BAD) s’est en effet engagée à débloquer 210 millions de dollars, sur un coût total de 550 millions, qui devrait par ailleurs être financé par la plateforme d’investissement Africa50. Ainsi que l’a souligné le président de la BAD, Akinwumi Adesina, l’objectif est que le chantier de ce pont à péage route-rail de plus de 1,5 km de long puisse commencer en août 2020.

Lancé dans les années 1990, sous la présidence Mobutu, pour connecter les deux capitales les plus proches au monde, le projet a toujours suscité beaucoup de controverses, surtout du côté kinois. Et aujourd’hui encore, bien qu’appuyé par les autorités, il continue de diviser la population. « Le premier bénéficiaire d’un tel équipement semble de toute évidence être le Congo, dont les pouvoirs publics cherchent des débouchés pour garantir la rentabilité des investissements industriels réalisés au nord de Brazzaville », estime l’analyste politique Israël Mutala.

Un homme pêche sur la rive du fleuve Congo, à Brazzaville, (République du Congo) le 22 juillet 2015, avec vue, de l'autre côté du fleuve, sur Kinshasa, en RDC. © FEDERICO SCOPPA/AFP

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les autorités brazzavilloises ont insisté pour que le futur pont passe par la commune de Maluku, qui abrite un complexe industriel de plus de 600 hectares.

Une question de souveraineté nationale

Les ressortissants de la RD Congo craignent également que l’arrivée du pont ne porte un coup fatal à la desserte maritime de leur pays au bénéfice de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo, dont le port en eau profonde sur l’Atlantique traite déjà 60 % des trafics destinés à la RD Congo.

« Et la proportion ne fera qu’augmenter, empêchant tout développement sur Matadi et Boma [ports sur l’aval du fleuve Congo], mais également sur Banana [seul port maritime du pays], où d’importants investissements sont en cours. C’est donc une véritable question de souveraineté nationale », estime encore Israël Mutala.

Considéré par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac) et par la BAD comme un chantier majeur pour l’intégration sous-­régionale, ce pont route-rail, en facilitant les échanges avec le port de Pointe-Noire, devrait cependant permettre de développer le commerce de la RD Congo, notamment dans le domaine des importations, en réduisant les coûts et les délais.

En attendant la construction du pont, les canots rapides restent la seule façon de passer d’une capitale à l’autre. La traversée ne prend que quinze minutes, mais il faut compter deux à trois heures d’attente et de tracasseries administratives, au départ et à l’arrivée, au Beach de Kin comme à celui de Brazza – les ports publics où embarquent et débarquent les passagers à destination ou en provenance de l’autre côté du fleuve…

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