Économie

Gabon – Roger Owono Mba : « Nous espérons un taux de croissance de 5 % en 2020 »

Roger Owono Mba (Gabon), ministre de l’Economie, des Finances et des Solidarités Nationales. A Paris, le 13.09.2019. Photo Vincent Fournier/JA

Roger Owono Mba (Gabon), ministre de l’Economie, des Finances et des Solidarités Nationales. A Paris, le 13.09.2019. Photo Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

Seeg, nouveaux codes minier et pétrolier, dette… Le ministre, qui a hérité d’un très large portefeuille, décrypte ses dossiers les plus chauds.

Endettement, relance économique, politique sociale… Roger Owono Mba a un spectre de compétences particulièrement large. Grand bénéficiaire de la réduction de la taille du gouvernement, ce banquier de 60 ans, nommé le 10 juin ministre de l’Économie, des Finances et des Solidarités nationales, a repris les prérogatives de trois ministres de plein exercice. Le grand argentier du Gabon hérite d’une situation qui s’est largement améliorée ces derniers mois. Avec l’appui du FMI, le pays a retrouvé un budget proche de l’équilibre (– 1 %) et la croissance repart à la hausse (3 %) après des années difficiles consécutives à l’effondrement des cours du pétrole.

Outre la gestion du budget, il doit gérer la régulation du secteur financier mais aussi – c’est une nouveauté – la tutelle de la sécurité sociale et de l’assurance maladie, un système qui connaît des difficultés de financement récurrentes. Que le social soit désormais supervisé par le même ministère chargé des ressources financières de l’état devrait permettre une meilleure visibilité sur l’utilisation qui en est faite par les organismes responsables de la solidarité. Après l’avoir supprimé à la suite de son élection à la présidence il y a dix ans, Ali Bongo Ondimba (ABO) a donc rétabli ce super ministère en le confiant à un ex-adjoint de Brice Laccruche Alihanga, l’influent directeur du cabinet présidentiel. Il fait partie de ces nouvelles personnalités au profil technocratique qui prennent les commandes avec une feuille de mission destinée à corriger les erreurs du précédent septennat. Owono aura aussi pour mission de restaurer l’attractivité du pays, dont l’image a pâti de la situation du chef de l’État, qui se remet de l’accident vasculaire cérébral qui l’a frappé en novembre 2018. Jeune Afrique l’a rencontré à l’occasion de son passage dans la capitale française, où le ministre est venu confirmer que les entreprises de l’Hexagone sont les bienvenues à Libreville, après une longue période de défiance ou de malentendus lors du premier mandat d’ABO.

Jeune Afrique : Après une longue période de brouille entre Paris et Libreville, vous êtes de passage dans l’Hexagone. Cela signifie-t-il que la situation a changé ?

Roger Owono Mba : Je suis à Paris pour rencontrer plusieurs partenaires présents au Gabon ou qui souhaitent s’y implanter. Concernant le dossier de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg), lorsque nous avons repris la gestion de cette entreprise, l’État a racheté les parts de Veolia. Aujourd’hui, l’État est l’actionnaire majoritaire. J’ajoute que, même dans la configuration précédente, Veolia était certes propriétaire, mais c’étaient les Gabonais qui faisaient fonctionner l’entreprise. Aujourd’hui, il y a deux choses à faire : sur le plan capitalistique, l’État doit se décider. Faut-il céder à nouveau l’entreprise ? Le risque de cette formule étant que le nouveau propriétaire ne partage pas la vision de l’État en la matière. Faut-il plutôt laisser cette entreprise dans le giron de l’État ? Rien n’est encore décidé. La deuxième décision attendue concerne le choix d’un partenaire technique. Sur ce point, c’est presque réglé.

S’agit-il du groupe français Suez ?

Je ne peux ni confirmer ni infirmer vos propos pour l’instant.

Est-ce que la formule envisagée tire les conséquences de l’expérience vécue avec Veolia ?

Nous en tirons bien sûr les conséquences. D’ailleurs, depuis que Veolia est partie, la Seeg fonctionne, j’oserais dire, mieux qu’avant. Cela dit, on ne peut pas prévoir la bonne formule. Avec Veolia, nous avions un contrat de concession, qui n’est pas simple du tout. En revanche, le contrat de gestion est plus facile. Les responsabilités sont clairement définies.

Vous avez également rencontré des investisseurs. Comment comptez-vous les attirer alors que le Gabon se relève à peine d’une crise économique ?

Comme tous les pays de la Cemac producteurs de pétrole, nous avons subi depuis les années 2013-2016 une baisse des cours du brut. Nous sommes passés d’un baril à 80-100 dollars à un baril à 25-30 dollars… Cette situation nous a mis en difficulté, ce qui nous a poussés à mettre en place des plans de relance. Nous avons été accompagnés dans ce cadre par le FMI, la Banque mondiale et la BAD. Mais, au départ, nous-mêmes avons impulsé des réformes importantes.

La croissance économique repart même si elle est en deçà de ce que nous espérons

Aujourd’hui, tout n’est pas parfait, mais nous commençons à en ressentir les effets. La croissance économique repart même si elle est en deçà de ce que nous espérons. À côté de cela, nous avons récemment adopté un code pétrolier et nous sommes dans une phase de mise à disposition de blocs pétroliers. Ce processus devrait aboutir d’ici à quelques semaines. Le code incite aussi les opérateurs nationaux à se lancer dans l’exploitation.

Qu’est-ce que le nouveau code minier apporte de neuf ?

Il fallait l’adapter aux contextes régional et mondial. Il a été élaboré avec l’idée de rendre le secteur plus attractif et, dans la mesure du possible, de préserver nos intérêts. D’où l’idée, par exemple, de prévoir l’éventualité d’un partage de production pour que l’État puisse avoir une part dans l’exploitation de certains minerais.

Où en est le Gabon avec le FMI ?

Nous avons signé un programme de trois ans qui finit en 2020. D’après le Fonds lui-même, les choses évoluent positivement. Nous espérons un taux de croissance de 5 % en 2020, mais d’ici à la fin de l’année nous serons à 3 %.

S’agissant du financement de l’économie, quels sont les projets destinés à renflouer les caisses ?

Notre niveau d’endettement est relativement élevé (60 % du PIB). Nous envisageons de renégocier les dettes existantes pour le rendre plus soutenable, et, s’agissant de l’avenir, le chef de l’État a prescrit que tout nouvel endettement soit adossé à des projets sociaux qui ont vocation à bénéficier au plus grand nombre. Par le passé, l’argent emprunté n’a pas toujours servi au bien-être des Gabonais. Ce sera donc prioritairement affecté aux infrastructures, à l’énergie, aux écoles.

On est passé d’un déficit de 6 % il y a trois ans à – 1 % cette année

À côté de cela, nous bénéficions d’appuis budgétaires dans le cadre d’un programme avec le FMI et la Banque mondiale. Ils nous aident à juguler le déficit budgétaire, lequel a tendance à baisser. On est passé d’un déficit de 6 % il y a trois ans à – 1 % cette année. L’année prochaine, nous espérons réaliser un excédent. La balance commerciale est excédentaire, en dépit d’un cours du baril peu élevé.

L’un des points noirs de l’économie reste la dette due aux entreprises nationales, où en êtes-vous ?

On ne peut pas solder la dette intérieure en une fois par un coup de baguette magique. En revanche, il y a deux ans, nous avons trouvé une solution, peut-être pas satisfaisante à 100 %, mais qui permet d’avancer. Nous avons recensé l’ensemble de la dette intérieure et, dans le cadre du Club de Libreville, nous nous sommes engagés à en rembourser une partie tous les mois. Ce n’est pas une situation totalement satisfaisante pour les entreprises qui attendent d’être payées depuis cinq ou six ans. Mais au moins il y a un règlement tous les mois.

Plusieurs redressements fiscaux ont visé des entreprises ces dernières années. Est-il exagéré de parler d’une pression exercée sur celles-ci ?

Oui, c’est exagéré. Il s’agissait de régler certains dérapages constatés. Si vous prenez le nouveau code pétrolier, il prévoit une fiscalité très favorable. Le nouveau code minier aussi.

La Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) dirait la même chose après son récent contrôle fiscal ?

En vingt ans, Comilog n’a été contrôlée que deux fois. En France, c’est parfois tous les deux ou trois ans.

Ce contrôle est-il lié au désir de l’État gabonais de monter au capital de Comilog ?

Cela n’a rien à voir. Mais prendre davantage de participation dans cette entreprise est légitime. L’État souhaite avoir son mot à dire dans les secteurs stratégiques comme le pétrole et le manganèse.

Sous la présidence d’ABO, vous êtes le premier ministre à cumuler l’économie et les finances…

Pendant dix ans, ces deux départements ont fonctionné chacun de leur côté avec des ministres différents qui tenaient à leurs prérogatives. Cela a créé quelques dysfonctionnements, et le président a décidé d’y mettre fin. L’autre nouveauté, c’est que le chef de l’État a ajouté la solidarité nationale à ce portefeuille ministériel. Nous avons donc à notre charge la sécurité sociale et l’assurance-maladie. Pour plus d’efficacité, il a souhaité que le social soit logé à la même enseigne que la gestion des ressources financières de l’État. Notamment pour s’assurer que les ressources mises à disposition sont dépensées à bon escient.

Vous avez du pain sur la planche, notamment en ce qui concerne la Caisse nationale d’assurance-maladie et de garantie sociale (CNAMGS)…

Les problèmes de cet organisme viennent du fait que la collecte des ressources n’est pas suffisante pour faire face aux prestations. Mais il faut d’abord dire qu’avec le budget dont elle dispose, la CNAMGS a multiplié par trois ou quatre toutes les prestations opérationnelles, que ce soit le nombre de prises en charge pour les évacuations sanitaires ou le paiement des pharmacies… Maintenant, il faut renforcer ses ressources.

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