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Cet article est issu du dossier «Tchad : les lignes de front d'Idriss Déby Itno»

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Économie

Tchad – Issa Doubragne : « Il faut améliorer le climat des affaires, nous en sommes conscients »

Issa Doubragne (Tchad), Ministre de l’Économie et de la Planification du développement.

Issa Doubragne (Tchad), Ministre de l’Économie et de la Planification du développement. © Vincent Fournier/JA

Depuis qu’il a hérité, à la fin de 2017, du portefeuille de l’Économie et de la Planification du développement, Issa Doubragne a pour mission de moderniser l’économie tchadienne, tout en améliorant le climat des affaires.

C’est juste avant de s’envoler pour la 7e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), organisée du 28 au 30 août à Yokohama, qu’il a reçu Jeune Afrique afin de dresser le bilan des efforts réalisés dans la mobilisation des ressources pour le financement du Plan national de développement (PND) 2017-2021 et d’évoquer, à mi-parcours, les premiers résultats.

Jeune Afrique : Du 26 au 28 juin, N’Djamena a accueilli le forum Investir au Tchad, une première édition tournée vers le monde arabe. Quels en sont les résultats ?

Issa Doubragne : L’organisation de ce forum d’affaires fait partie de la stratégie globale du gouvernement pour mobiliser des ressources nécessaires en vue de financer la mise en œuvre du PND 2017-2021. Cet événement s’inscrit dans le prolongement de la table ronde que le gouvernement a organisée, à Paris, du 6 au 8 septembre 2017.

Le forum Tchad-monde arabe a permis de recenser les engagements financiers d’investisseurs publics et privés pour un montant global de 815 millions de dollars. Il faut rappeler que cette rencontre était consacrée en majeure partie au secteur privé, qui n’avait pas pu présenter de projets aboutis à Paris.

Quels sont les secteurs concernés ?

Plusieurs accords ont été signés, dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), qui concernent huit secteurs stratégiques : l’agriculture, l’élevage, l’hydraulique, l’énergie, les mines, les infrastructures et l’aménagement urbain, les télécoms et les technologies de l’information et de la communication, ainsi que la finance inclusive.

Lors de l’élaboration du PND, les besoins en financement de son programme d’actions prioritaires (PAP) ont été évalués à plus de 5 000 milliards de F CFA (7,6 milliards d’euros) pour la période 2017-2021. Avez-vous trouvé ces fonds ?

Compte tenu de la crise financière à laquelle le pays était confronté en 2017 à la suite de la chute des cours du pétrole, le contexte rendait difficile des investissements massifs sur fonds propres, ce qui explique que le gouvernement a dû se tourner vers ses partenaires. D’où l’organisation de la table ronde de Paris, en septembre 2017, qui visait la mobilisation de 2 000 milliards de F CFA.

Sur le montant annoncé de plus de 5 000 milliards de F CFA, le niveau de décaissement est actuellement de 44 %. Ces décaissements concernent les projets en cours qui ont été repris dans le PND et les projets lancés à la table ronde de Paris.

Saisir les opportunités offertes par les accords commerciaux régionaux

Et où en est la mise en œuvre du PND à mi-parcours ?

Sur les 635 actions programmées dans le cadre du PND 2017-2021, 189 ont été engagées durant la première année, soit un taux de déclenchement des actions d’environ 30 %, tandis que le taux d’exécution financière par ministère concerné s’est établi à environ 70,1 %. Par ailleurs, nous sommes convaincus qu’avec le démarrage, depuis le début de cette année, du Programme d’appui au développement local et à la finance inclusive au Tchad, qui est complémentaire et structurant, le niveau de bien-être des Tchadiens va s’améliorer de manière significative.

Préalablement au PND, notre pays a lancé l’initiative « Vision 2030, le Tchad que nous voulons » – une étude nationale prospective issue d’un processus participatif auquel ont été associés la population, des professionnels et des experts sectoriels, ainsi que les partenaires économiques et financiers. Cette vision peut s’énoncer ainsi : « Le Tchad, une nation apaisée, unifiée dans sa diversité culturelle, résiliente par son économie transformée et offrant un cadre de vie agréable pour le bien-être de tous. »

Pour que cette vision prenne corps, le gouvernement s’est engagé sur un chemin qui doit le conduire à la mise en place d’une économie diversifiée et compétitive, ce qui passe par l’élaboration d’un plan directeur d’industrialisation et de diversification économique. Celui-ci permettra au Tchad de saisir les opportunités offertes par les accords commerciaux régionaux et de voir une part de sa croissance tirée par les exportations, à travers l’insertion et la montée dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, mais aussi la diversification et la sophistication des produits et services « made in Chad » d’ici à 2030.

Il y a encore des efforts à faire

L’un des axes du PND est de diversifier l’économie, mais le climat des affaires reste très défavorable aux investissements étrangers. La récente création du Conseil présidentiel pour le climat des affaires a-t-elle amélioré les choses ?

L’amélioration du climat des affaires reste un défi, et nous en sommes conscients. Il faut tout de même souligner que, ces dernières années, le Tchad a pu améliorer de huit points sa notation dans le classement « Doing Business » de la Banque mondiale. Cependant, il y a encore des efforts à faire. Et c’est dans ce but que le Conseil présidentiel pour l’amélioration du climat des affaires a été créé, en mai dernier.

Ce Conseil, qui est présidé personnellement par le chef de l’État, est en train d’élaborer d’importantes mesures pour favoriser l’investissement privé dans le pays. Son objectif est de mettre en œuvre les réformes nécessaires afin de permettre au Tchad de devenir la nouvelle destination africaine pour les investissements et les affaires.

Une zone franche industrielle a été aménagée par l’État au nord de N’Djamena. Répond-elle aux attentes, notamment en matière d’investissements ?

Il est encore trop tôt pour évaluer le volume d’investissements que cette zone franche peut attirer. Plus généralement, des programmes de zones franches destinées à l’installation d’activités commerciales et logistiques d’approvisionnement sont en cours d’élaboration sur l’ensemble du territoire.

Nous avons engagé en parallèle un autre programme prioritaire qui porte sur la création de dix agropoles pour le développement des filières agricoles et de l’élevage. Les études de faisabilité de ces dix agropoles ont été finalisées. Il s’agit désormais de les rendre fonctionnelles, avec l’implication du secteur privé.


De grands projets dans les tuyaux

En marge du forum Tchad-monde arabe organisé à la fin de juin à N’Djamena, un accord de financement de 216 millions de dollars a été signé avec le gouvernement chinois pour la modernisation des infrastructures de télécommunications du pays. Des échanges ont eu lieu avec le groupe turc de BTP Summa dans la perspective de la construction du nouvel aéroport international de N’Djamena-Djermaya, dont le coût global avoisinerait 1 milliard de dollars.


Objectifs du PND 2017-2021

Le Plan national de développement (PND) 2017-2021 s’articule autour de quatre axes stratégiques: le renforcement de l’unité nationale ; le renforcement de la bonne gouvernance et de l’État de droit ; le développement d’une économie diversifiée et compétitive ; l’amélioration de la qualité de vie des Tchadiens.

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