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Cet article est issu du dossier «Tchad : les lignes de front d'Idriss Déby Itno»

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Médias

Tchad : l’audiovisuel public bascule dans la modernité

La tour de l’Onama est désormais le bâtiment le plus haut de la capitale.

La tour de l’Onama est désormais le bâtiment le plus haut de la capitale. © ABDOULAYE BARRY pour JA

Les autorités ont fait table rase de l’ancien office de radio et télévision : nouveau statut, nouvelle direction et nouveau siège, équipé de matériel dernier cri.

Au petit matin, lorsque les rayons du soleil se reflètent sur les immenses baies en verre fumé de la nouvelle tour de la radio-télévision tchadienne, le bâtiment tout entier prend des airs d’émeraude dans son écrin.

Plantée au milieu du quartier administratif qui jouxte l’aéroport, dans le 2e arrondissement de N’Djamena, la désormais plus haute tour de la capitale abrite l’Office national des médias audiovisuels (Onama), créé en décembre 2018 pour remplacer l’Office national de radio et télévision du Tchad (ONRTV). Ce dernier avait été dissous en 2016 dans le cadre des mesures d’austérité destinées à résorber la crise financière – l’ONRTV enregistrait alors un déficit de plus de 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros).

Délicate transition

La phase d’études du bâtiment avait été confiée en 2010 au cabinet émirati Dar El Amara, mais c’est le groupe tchadien Al Manna, associé à des architectes italiens, qui s’est chargé de la réalisation de l’ouvrage, pour un budget d’environ 20 milliards de F CFA entièrement financé par l’État. Dans les faits, il aura fallu huit ans de travaux, plusieurs fois suspendus à cause de la crise financière, pour achever le chantier de cette tour ultramoderne, tant au niveau de son architecture que de ses équipements.

Au milieu du vaste hall encore à peine meublé, Boukar Sanda, le directeur de l’Onama, nommé en mai, ne semble pas pour autant impressionné. « Ça prend forme, nous avons déjà enregistré des émissions de radio ici et, petit à petit, tout l’audiovisuel public va prendre possession de la tour », explique-t-il.

L’éditorialiste de 44 ans, ancien sous-directeur des actualités à TV Tchad et formé en France à l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, a déjà pris ses marques dans son bureau. En juillet et en août, il a supervisé l’enregistrement de plusieurs émissions de Radio Tchad dans les conditions du direct.

Depuis plusieurs mois, une équipe de techniciens français est à pied d’œuvre pour encadrer la « mise en ondes ». Boukar Sanda, lui, prépare surtout la délicate transition qui consistera à faire cohabiter dans le même bâtiment plus de 500 personnes issues de médias différents.

Déontologie journalistique

Si l’opposition s’est longtemps inquiétée d’une mainmise du pouvoir sur le nouvel « outil de propagande » qui prendrait le relais de l’ONRTV, les députés ont néanmoins adopté massivement (104 voix pour, 19 contre), le 23 décembre 2018, le projet de refonte de l’audiovisuel public, censé apporter davantage de professionnalisme et d’éthique journalistique.

L’Onama bénéficie désormais d’un statut qui garantit son autonomie, même si, pour le moment, les doutes persistent, dans un pays où l’indépendance des médias est régulièrement remise en question, notamment « pour des raisons sécuritaires ».

Le regroupement de Télé Tchad et de Radio Tchad en une nouvelle mégastructure doit en tout cas permettre de rationaliser et d’uniformiser qualitativement l’offre audiovisuelle publique. « Il faut changer de mentalité et de pratique, expliquait récemment Oumar Yaya Hissein, le ministre de la Communication. Il a fallu réfléchir à une nouvelle structure qui prenne en compte toutes les attentes de la population et, surtout, lui donner les moyens d’être à la hauteur de ses ambitions. »

Dans cette optique, en juillet, le présentateur d’une grande chaîne de télévision française est venu échanger avec les équipes radio et télé et partager son expérience du métier ainsi que ses « trucs ». Après une visite des nouveaux locaux, il en est reparti impressionné : « Ce que j’ai vu n’a rien à envier aux locaux de France Télévisions ou de France Médias Monde [France 24 et RFI]. Il y a du matériel dernier cri, des plateaux de télévision high-tech… Tous les outils sont là pour faire un grand média moderne. »

Chaîne d’info continue

À partir de la fin de septembre, des programmes télé seront enregistrés dans les nouveaux locaux. Et Boukar Sanda ne cache pas son envie de développer la production d’émissions et de séries 100 % locales. On parle aussi de la création d’une chaîne d’information continue, qui permettrait au Tchad de rayonner davantage en Afrique centrale.

En attendant la mise en orbite définitive de l’Onama, de jeunes créatifs ont été invités à plancher sur son futur logo, selon un cahier des charges resté secret. Peut-être un gage de professionnalisme, si l’on en croit l’adage tchadien selon lequel « l’abeille voit sa ruche avant de produire le miel ».

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