Politique

Au Botswana, le duel entre l’ancien président Ian Khama et son successeur Mokgweetsi Masisi

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L'ancien président du Botswana, Ian Khama, n'a pas de mots assez durs à l'encontre de son successeur, Mokgweetsi Masisi, qu'il avait pourtant nommé vice-président. Ce dernier, qui s'est émancipé de son ancien mentor, n'est pas en reste, au risque de mettre en péril le maintien de son parti au pouvoir.

Une décennie durant, Ian Khama aura été un président discret, peu enclin à se livrer. Jusqu’à ce 1er avril 2018 où il a quitté ses fonctions avant la fin de son mandat, respectant la Constitution à la lettre. Depuis, sa parole s’est libérée. En juin dernier, il a même confié à la presse tout le ressentiment qu’il éprouve envers Mokgweetsi Masisi. « Celui que j’ai nommé [vice-président] afin qu’il me succède s’est révélé être un autocrate très intolérant », a-t-il lancé.

Dans le même temps, Khama a claqué la porte du Parti démocratique du Botswana (BDP), au pouvoir depuis l’indépendance. Une décision « très douloureuse », précipitée par sa rivalité grandissante avec Masisi, qui espère être reconduit à la tête du pays à l’issue des élections générales du 23 octobre. Bien qu’officiellement à la retraite, l’ex-­président, 66 ans, fait désormais campagne pour le Front patriotique du Botswana (FPB), lié à la coalition d’opposition Parapluie pour le changement démocratique (UDC).

Mokgweetsi Masisi a décidé de procéder à des changements auxquels ne s’attendait pas du tout Ian Khama, qui s’est senti trahi

C’est pourtant lui qui, en novembre 2014, avait mis Masisi sur orbite. À l’époque, dit-il, son vice-président « ne faisait pas étalage » de leurs divergences. « Il a toujours soutenu les politiques qu’il détricote maintenant », regrette Ian Khama, qui lui reproche d’être revenu sur plusieurs mesures symboliques prises durant son mandat. Parmi elles, l’interdiction de la chasse à l’éléphant, levée en mai dernier.

« En arrivant au pouvoir, Mokgweetsi Masisi a voulu se démarquer et asseoir son autorité, observe l’analyste politique Bakang Ntshingane. Il a donc décidé de procéder à des changements auxquels ne s’attendait pas du tout Ian Khama, qui s’est senti trahi. »

« vendetta personnelle »

Le nouveau président s’est ainsi entouré d’hommes de confiance et n’a pas hésité à limoger certains alliés de son prédécesseur tels qu’Isaac Kgosi, l’ex-chef des renseignements. Il n’en fallait pas davantage pour que Khama voie dans cette mise au ban une « vendetta personnelle », d’autant qu’il s’est vu priver de ses privilèges d’ancien chef de l’État, comme son droit à voyager avec la flotte aérienne présidentielle…

À 58 ans, Mokgweetsi Masisi a beau avoir grandi dans l’ombre de son mentor, il s’est émancipé, se servant du BDP – dont il a pris la tête en 2015 – comme d’un tremplin. Ce faisant, il l’a mis en danger. Le parti parviendra-t-il à se maintenir au pouvoir ? Il a déjà perdu sa majorité absolue à l’Assemblée nationale lors des élections de 2014 et pourrait se trouver fragilisé par une opposition que le soutien de Ian Khama ragaillardit.

Rebattre les cartes

Cofondateur de l’armée et fils de Seretse Khama (le premier président du pays, de 1966 à sa mort, en 1980), Ian Khama est aussi le chef de la tribu Mangwato. Un statut qui a son importance, notamment dans le District central, qui compte dix-neuf circonscriptions. S’il ne brigue aucun mandat à l’occasion des prochaines élections, son soutien à un concurrent de Masisi pourrait rebattre les cartes.

Son rival n’est pas sans atouts. Jouant de son image d’homme moderne et ouvert, Masisi séduit la jeunesse urbaine, qui avait cessé de voter pour le parti au pouvoir, éclaboussé par des scandales de corruption. Le rétablissement du droit de chasse pourrait également lui faire gagner des voix au sein d’un électorat rural plus traditionnel. Ce qui n’empêche pas Lawrence Ookeditse, l’un de ses proches, de manifester une certaine inquiétude : « Ce scrutin sera le plus difficile de tous pour le BDP. Il peut perdre, pour la première fois de son histoire. »

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