Analyses

Économie tunisienne : « Comment mettre fin à cette folle dérive ? »

Hakim El Karoui.

Hakim El Karoui. © MANTOVANI/Gallimard via Leemage

Alors que la dette publique tunisienne est passée de 40 % à 80 %, les organismes financiers internationaux attendent du nouveau gouvernement des propositions précises et le lancement de réformes, explique Hakim El Karoui, fondateur du cabinet de conseil stratégique Volentia.

 Jeune Afrique : Le scrutin tunisien intéresse-t-il à l’étranger ? 

Hakim El Karoui  : L’attention européenne se focalise sur la crise libyenne – que nul ne sait comment gérer – et sur le risque algérien, difficile à évaluer. Dans ce contexte, il est demandé à la Tunisie de ne pas choir. Les élections sont prises très au sérieux, mais apparaissent dans le même temps comme une farce : beaucoup de candidats, un favori emprisonné et les héritiers du président défunt qui se dressent les uns contre les autres. Le clivage identitaire – « est-ce qu’on est tunisien ou musulman d’abord ? » – qui avait marqué le scrutin de 2014 a disparu des débats. Le clivage aujourd’hui est entre sortants et non sortants, avec une montée du populisme.

Comment est vue la Tunisie à l’extérieur ?

D’un côté, pas de programme. De l’autre, une réalité économique extrêmement claire. Les Européens, banquiers de la Tunisie via les bailleurs de fonds internationaux, s’inquiètent d’une démocratie transformée en rente et d’un modèle économique axé sur la consommation à crédit et en devises. Au lieu d’être prudents dans la gestion des finances publiques, les gouvernements successifs ont ouvert les vannes, à coups d’emprunts, pour soutenir la stabilité du pays. Si bien que l’emprunt public a augmenté de 20 % par an, et la pression fiscale de 110 % pour rééquilibrer le système.

Tout le monde accuse la France et l’Europe de ne pas assez soutenir la Tunisie, mais la réalité des chiffres est autre

La dette publique est passée de 40 % à 80 %, l’inflation annuelle de 8 % à 10 % et le PIB en dollars a baissé de 10 %. Peut-on imaginer une démocratie où, en sept ans, les impôts ont augmenté de 110 % ? Peut-on imaginer un pays où l’on éluderait ce sujet ? Contrairement à la Grèce, sauvée par la stabilité de l’euro, la dette tunisienne ne s’adosse sur rien. En résumé, il y a le sujet conjoncturel des finances publiques et le structurel, avec l’absence de réformes de fond.

Qu’attend l’Occident ? 

L’agenda inclut l’immense question économique, le reflux de la menace islamiste et la mise en place urgente d’institutions opérationnelles. La Tunisie est le seul exemple dans l’Histoire où les bailleurs de fonds ont donné plus que ce qu’ils avaient promis. Là aussi, personne n’en parle.

Tout le monde accuse la France et l’Europe de ne pas assez soutenir la Tunisie, mais la réalité des chiffres est autre. Les organismes financiers internationaux attendent du nouveau gouvernement des propositions précises et le lancement de réformes. Les bailleurs de fonds, conscients que leur retrait précipiterait la faillite du pays, continuent de le soutenir, mais les dirigeants tunisiens doivent bien comprendre que c’est maintenant ou jamais.

La question est comment on fait et à quelle échéance ? L’inquiétude des partenaires amis de la Tunisie, c’est : quels seront les interlocuteurs ? Quels seront leurs moyens d’action et seront-ils prêts à parler des vrais sujets ? L’argent qui a été prêté n’est pas le vrai sujet, le vrai sujet est ce qui peut être fait pour mettre fin à cette folle dérive.

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