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Banque d’affaires : Burj Finance, l’étoile montante de Casablanca

Siège administratif Banque Populaire de Casablanca au Maroc.

Siège administratif Banque Populaire de Casablanca au Maroc. © Guillaume Mollé pour JA

Fondée en 2011, la société s’est fait remarquer en accompagnant le dernier investissement de la famille Tazi. En 2020, elle veut lancer un fonds dévolu à l’entrepreneuriat féminin.

À Casablanca, la banque d’affaires Burj Finance est devenue la nouvelle coqueluche de la sphère financière. Cela tient d’abord à sa dirigeante, Salma Benaddou, unique femme à occuper un tel poste au Maroc, où le marché est dominé par Attijari Finance Corp, CDG Capital, Upline, BMCE Capital. Cela tient aussi à une volonté d’ouverture, maîtrisée certes, mais réelle, comparativement à ses concurrents directs, Capital Trust et AFG Investment Bank, qui prospèrent à l’ombre des géants du secteur.

La patronne n’hésite pas à communiquer sur ses dossiers. En mai, elle a par exemple révélé avoir piloté l’entrée de la famille Tazi, propriétaire du groupe Richbond, dans le capital (40 %) du spécialiste du transfert d’argent Cash Plus. Selon plusieurs banquiers interrogés, la transaction avoisinerait 350 millions de dirhams (33 millions d’euros).

Un fonds consacré à l’entrepreneuriat féminin

Pour le moment, la quinzaine d’employés qui compose les équipes de Burj Finance se concentre presque exclusivement sur des opérations locales. Lesquelles, depuis le début de l’année, représentent plusieurs centaines de millions de dirhams, indique sans plus de détails la fondatrice, dont l’ambition est de faire de l’établissement un acteur régional majeur, même si elle est pour le moment surtout connue pour des deals de moyenne importance.

« M’installer dans un autre pays d’Afrique me plairait énormément », confie la femme d’affaires, diplômée de l’EM Lyon, qui a fait ses classes au sein de CFG pendant dix ans. La banquière a notamment travaillé sur des dossiers liés au tourisme dans le cadre du plan étatique Azur.

Avant de penser à exporter ses activités, Salma Benaddou veut les diversifier. « Nous sommes en partenariat avec deux autres investisseurs avec lesquels, depuis plusieurs mois, nous mettons en place un fonds d’investissement consacré à l’entrepreneuriat féminin. C’est une première au Maroc », nous livre-t-elle en exclusivité.

 Nous voulons prouver que le Private Equity peut réussir au Maroc

Son lancement est prévu au premier semestre de 2020, le temps de constituer les équipes et de définir les bons partenaires pour les levées. Avec une dotation anticipée à 150 millions de dirhams dans un premier temps, ce fonds entend accompagner les entreprises fondées, cofondées ou dirigées par des femmes.

Deux catégories de cibles seront privilégiées : de jeunes entreprises recherchant un petit ticket pour accélérer leur développement et des sociétés bien installées dont les besoins en fonds sont plus importants. « Nous voulons prouver que le Private Equity peut réussir au Maroc et que tout le monde peut en sortir gagnant », poursuit Salma Benaddou.

Fondé en 2011, Burj Finance s’est d’abord spécialisé dans les fusions-acquisitions. Au fil des opérations, la jeune banque d’affaires s’est fait un nom dans le capital-transmission, segment où le besoin est considérable. Des missions loin d’être évidentes puisqu’il faut trouver un investisseur voulant être majoritaire. À ce jour, Burj Finance a réalisé une dizaine d’opérations de « passage de relais », comme aime à les qualifier Salma Benaddou.

Vers un élargissement de l’offre à la gestion de placements immobiliers ?

« Burj Finance maîtrise ses sujets. Nous avons traité avec eux pour leur indépendance, leur accessibilité et aussi pour l’efficacité dont ils ont toujours fait preuve », nous explique Moncef Belkhayat, président de H&S Invest, holding présent dans la distribution, l’entreposage, l’agro-­industrie et la communication. Cet entrepreneur connaît bien Salma Benaddou et ses équipes.

En 2014, Burj Finance lui a proposé le rachat de Comptoir Service, une société de transport de marchandises dont les fondateurs cherchaient un nouvel acquéreur. « C’était un maillon qui manquait au groupe qu’il était en train de monter. Il est gratifiant de voir que nous avons réussi à organiser le bon mariage », se souvient la présidente. En 2019, l’industriel a requis l’accompagnement de Burj Finance pour réussir une levée de 240 millions de dirhams auprès du fonds d’investissement SPE, qui, en contrepartie, est entré dans le capital de son holding.

Salma Benaddou© DR

Salma Benaddou© DR © DR

Les personnes que nous accompagnons ont souvent un patrimoine et ont besoin de conseils

« Notre métier, qui vise à rapprocher les entrepreneurs et les investisseurs, doit tenir compte de l’aspect humain. Les professions liées à la finance peuvent être intimidantes pour les clients », insiste Salma Benaddou. Notamment auprès des nombreuses entreprises qui ont besoin de petits financements – entre 20 et 30 millions de dirhams –, souvent plus durs à trouver que les tickets de 100 et 250 millions de dirhams. « Les entreprises en difficulté trouvent, elles aussi, très peu de candidats pour leur financement. Or, il s’agit parfois de fleurons de l’économie », insiste la dirigeante.

C’est une des raisons pour lesquelles Burj Finance crée Burj Capital en 2015. Une société d’investissement dans laquelle Salma Benaddou et l’entrepreneur Karim Ayouch, fondateur de la conserverie de produits de la mer LGMC (cédée à Mutandis), ont investi pour prendre des participations dans des PME marocaines. Avec un ticket moyen compris entre 5 et 10 millions de dirhams, le portefeuille comprend quatre sociétés : le fleuriste Marie M., le concessionnaire Harley-Davidson Maroc, la plateforme d’e-commerce Market Plus, et Motivation Events, spécialiste du voyage.

Si Burj entend rester concentré sur le conseil aux entrepreneurs et ne veut pas se lancer dans la gestion de portefeuilles d’actions, par exemple, ou dans l’intermédiation boursière, il pourrait en revanche élargir son offre à la gestion de placements immobiliers sous forme d’OPCI (organisme de placement collectif immobilier), récemment autorisés au Maroc. « Les personnes que nous accompagnons ont souvent un patrimoine et ont besoin de conseils », souligne, pragmatique, Salma Benaddou.


Le rachat de Cash Plus, une idée de Salma Benaddou

« Je savais que la famille Amar et le fonds Mediterrania Capital Partners voulaient vendre une partie du capital de Cash Plus. Il fallait que je trouve un acheteur, j’ai donc contacté le groupe Richbond », nous raconte Salma Benaddou.

Moins de six mois plus tard, la famille Tazi prenait 40 % de ce spécialiste du transfert d’argent. À travers cette acquisition, le groupe Richbond, déjà présent dans les secteurs du textile, de l’immobilier et de la plasturgie, veut poursuivre sa diversification.

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