Justice

Burkina : Diendéré et Bassolé condamnés, l’épilogue du coup d’État « le plus bête du monde »

Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé devant la Haute Cour de justice de Ouagadougou, les 27 avril 2017.

Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé devant la Haute Cour de justice de Ouagadougou, les 27 avril 2017. © Ahmed OUOBA / AFP

Principaux accusés dans le procès du putsch manqué de 2015, ils ont été condamnés l’un à vingt ans de prison, l’autre à dix. L’épilogue d’une affaire qui a tenu le Burkina en haleine pendant un an et demi.

Ni l’un ni l’autre n’ont dû être surpris à l’énoncé de la sentence. Peut-être même ont-ils été soulagés à l’idée d’échapper à la peine de prison à vie qu’avait requise le parquet. Quatre ans après que des soldats de l’ancien Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont fait irruption en salle du Conseil des ministres et arrêté les responsables de la transition (le 16 septembre 2015), marquant le début de ce qui restera dans les mémoires comme le coup d’État « le plus bête du monde », le tribunal militaire de Ouagadougou a enfin rendu son verdict : vingt ans de prison ferme pour Gilbert Diendéré et dix pour Djibrill Bassolé.

Sur les 84 accusés de ce procès hors norme, qui aura mobilisé d’importants moyens et tenu les Burkinabè en haleine pendant dix-neuf mois, la quasi-totalité ont été reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés. Parmi eux, Diendéré et Bassolé étaient ceux dont le sort a été le plus scruté. Le premier, accusé par le parquet militaire d’être « l’instigateur principal » de ce putsch qui a fait 14 morts et 270 blessés, a été jugé coupable d’attentat à la sûreté de l’État, de meurtre, et de coups et blessures volontaires.

Nous sommes satisfaits de savoir qui sont les vrais responsables de ce coup d’État

Le second, accusé de complicité, a été condamné pour trahison. Tous deux ont l’intention de faire appel. « Justice a été rendue, se félicite Me Guy-Hervé Kam, avocat des parties civiles. Les victimes savent désormais qui sont les personnes impliquées dans ce coup d’État, soit comme auteurs, soit comme complices. Nous sommes satisfaits de savoir qui sont les vrais responsables de ce coup d’État, ses exécutants et ses commanditaires. »

« Boîte noire »

« C’est un procès politique, avec uniquement des témoins à charge, répond Me Mathieu Somé, l’avocat de Gilbert Diendéré. En vérité, à travers ce procès, ils ont voulu régler leurs comptes avec Blaise Compaoré et son régime. » Car, avant de se retrouver côte à côte dans le box des accusés, les deux généraux ont longtemps tutoyé les cimes du pouvoir sous Compaoré. Chef d’état-major particulier de l’ancien président, le longiligne et taiseux Diendéré était à la fois son bras droit et son homme de confiance, considéré par beaucoup comme la « boîte noire » de ses vingt-sept années de présidence. Emblématique ministre des Affaires étrangères de Compaoré, le subtil et consensuel Bassolé était chargé des nombreuses médiations du chef de l’État sur le continent, et de ce fait bien connu, d’Alger à Pretoria.

Comment ces deux hommes d’expérience, qui connaissaient parfaitement les risques, en sont-ils arrivés à tenter un coup de force d’un autre âge ? Eux seuls ont la réponse. L’un comme l’autre revendiquaient certes le droit des partisans de Blaise Compaoré à participer aux élections législatives (initialement prévues en octobre 2015) et présidentielle, scrutins dont Bassolé et d’autres figures de l’ancien régime avaient été écartés par les autorités de transition.

Cette loi d’exclusion électorale a d’ailleurs été le principal motif invoqué par le général Diendéré pour justifier sa prise du pouvoir et la mise en place de son éphémère Conseil national pour la démocratie (CND). De son côté, Djibrill Bassolé a été reconnu coupable d’avoir comploté avec des forces étrangères pour que le putsch aboutisse. Il a notamment été confondu par des enregistrements d’échanges téléphoniques avec Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, sur lesquels on entend les deux hommes évoquer un plan de soutien opérationnel et financier aux putschistes. Des accusations dont Bassolé s’est toujours défendu, contestant l’authenticité de ces enregistrements.

Bassolé et Diendéré à la Maca

Placé en résidence surveillée dans une villa du quartier de Ouaga 2000 depuis la fin de 2017 en raison de problèmes cardiaques – qui lui ont valu une hospitalisation en Tunisie au début de l’année et en vertu desquels il demande à être transféré à l’étranger –, Djibrill Bassolé a, dans la foulée du verdict, été renvoyé en détention à la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca), à Ouagadougou.

Il peut toujours demander un aménagement de sa peine pour raisons de santé

« Il peut toujours demander un aménagement de sa peine pour raisons de santé. Mais en attendant il reste en prison, comme le prévoit le jugement qui a été prononcé », explique une source judiciaire. À la Maca, il retrouvera Gilbert Diendéré, emprisonné là-bas depuis son arrestation consécutive au coup d’État. Les deux généraux, désormais déchus de leurs décorations militaires, pourront se remémorer leurs vieux souvenirs communs, de leur apogée sous la présidence de Blaise Compaoré à leur chute dans le « coup d’État le plus bête du monde ».

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