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Cet article est issu du dossier «Niger : passage de témoin»

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Niger : Niamey sur son trente et un

La voie express entre l'aéroport et le centre-ville de Niamey.

La voie express entre l'aéroport et le centre-ville de Niamey. © TAGAZA Djibo

Aéroport flambant neuf, nouvelles infrastructures routières, hôtel haut de gamme, espaces arborés… La capitale a radicalement changé de visage et s’est mise au diapason des dernières évolutions technologiques et écologiques.

À travers le hublot, le nouveau terminal de l’aéroport international Diori-Hamani a fière allure, enveloppé dans une structure de verre et de métal, légère et translucide comme du cristal. Un peu plus loin, l’ancienne aérogare, en béton aujourd’hui décrépit, semble appartenir à une autre époque, celle des queues interminables – sous les ventilateurs fatigués – dans l’attente de visas à faire tamponner. Désormais, grâce aux travaux pharaoniques réalisés par l’entreprise turque de BTP Summa, 1 million de visiteurs pourront chaque année pénétrer au Niger par voie aérienne, contre 300 000 personnes il y a seulement quelques mois.

Le parking des avions est passé de six à dix-huit postes et la nouvelle voie de circulation parallèle, longue de 3 km, a considérablement augmenté la capacité d’accueil de l’infrastructure. Une très luxueuse aérogare VIP, avec son salon présidentiel, a déjà accueilli les délégations diplomatiques pour la conférence de l’Union africaine en juillet.

Pour ceux qui n’ont pas vu le Niger depuis longtemps, le choc peut être brutal. Une fois sa valise récupérée, le voyageur peut rejoindre le centre-ville en quelques minutes via la toute nouvelle voie express. Depuis l’échangeur du rond-point des Martyrs, inauguré en 2016, le panorama n’est plus le même, presque futuriste.

Explosion démographique

On raconte que le nom de Niamey provient d’un arbre qui grandissait le long du fleuve. En 1901, la ville comptait 600 habitants. Ils sont aujourd’hui près de 1,5 million. Comme toutes les capitales de la sous-région, elle a dû faire face à une explosion démographique à partir des années 1960, provoquée en partie par l’exode rural.

Mais il aura fallu attendre la fin de la présidence Tandja pour voir enfin cette ville provinciale et chaotique entrer dans la modernité. Face à un espace urbain de plus en plus dense, le vaste programme d’aménagement et de développement intégré et durable Niamey Nyala (« Niamey la Coquette »), lancé par les autorités en 2011, l’a doté de nouvelles infrastructures routières, d’espaces et d’éclairages publics ainsi que de services de santé et d’assainissement dignes de ce nom.

La capitale est ainsi passée du statut de petite ville endormie au charme indéniable mais surannée, pas très éloignée de celle qu’avait filmée l’ethnographe franco-nigérien Jean Rouch dans les années 1960, à celui de smart city modèle en Afrique. Un endroit où il fait à nouveau bon marcher le soir, sur des trottoirs entretenus et éclairés grâce à l’énergie solaire, avec des espaces wifi gratuits et des toilettes publiques.

Il n’y avait pas eu de travaux depuis 1984

« Il n’y avait pas eu de travaux depuis 1984 », précise Mamoudou Mouctar. À lui tout seul, le président de la Délégation spéciale de Niamey a su faire entrer la ville dans le XXIe siècle. « Je veux faire mieux que Kigali », affirme-t-il même. Cet urbaniste en génie urbain de 42 ans, formé à Paris et à Lomé, a su décongestionner ses rues tout en tenant compte des contingences écologiques.

« Désenclaver le centre »

Les grandes coulées vertes, les nouveaux espaces arborés sont plus qu’un clin d’œil à l’origine étymologique de cette ville qui, regrette Mamadou Mouctar, « a longtemps tourné le dos au fleuve ». « L’idée, poursuit-il, était de faire en sorte que les habitants s’en rapprochent, avec des espaces piétonniers, des aires de jeu le long de la corniche, dans un environnement vert. Il fallait aussi désenclaver le centre, grâce à quatre nouveaux échangeurs, des ronds-points, un boulevard périphérique. »

Il faut avouer que ça a de l’allure

Installé ici depuis une dizaine d’années, Guillaume reconnaît : « On se demandait bien ce qui allait ressortir de ces chantiers sans fin. La ville était recouverte de poussière, il y avait d’interminables embouteillages. Mais il faut avouer que ça a de l’allure. Je n’ai jamais vu un tel changement. »

Manque de logements décents

Niamey n’est pas jumelée à Ankara par hasard. C’est encore Summa qui s’est chargée de bâtir en moins d’un an le tout récent Radisson Blu Niamey. Avec ses 194 chambres, dont plusieurs suites royales et présidentielles, son vaste espace de plus de 2 000 m2 accueillant les séminaires et sa salle de conférences, ce bâtiment en L aux couleurs chaudes en impose désormais, à quelques encablures du palais présidentiel.

Avec également le nouveau Noom Hôtel, l’historique Grand Hôtel du Niger et sa vue imprenable sur le fleuve, ou l’hôtel des Roniers et son ambiance familiale, Niamey propose enfin aux visiteurs une offre de qualité pour tous budgets. Sans oublier des prestations culinaires diversifiées, comme celles du restaurant le QG, qui concocte des plats fins aussi bien locaux qu’internationaux.

Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière de construction de logements décents, alors qu’une large partie de la population vit toujours dans des habitats précaires et insalubres. Certes, certains lampadaires solaires éclairent de manière irrégulière et on peut critiquer le choix de faire de la capitale un nouveau hub du tourisme d’affaires ou de conférences. Mais si elle reste un espace très sécurisé, Niamey est redevenue coquette.

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