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Sécurité

[Édito] Niger : tourisme contre terrorisme, espoir lointain ?

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Féru de batailles politiques et judiciaires, Mathieu Olivier est journaliste spécialiste du Cameroun, du Gabon et du Niger. Il travaille aussi sur les droits de l'homme, tout en gardant un œil sur la data-visualisation.

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Une girafe dans les environs de Niamey, en 2016 (illustration).

Une girafe dans les environs de Niamey, en 2016 (illustration). © CC / Flickr / Roland

Si le gouvernement ne jure que par la sécurité et la lutte contre le jihadisme à ses frontières, certains Nigériens espèrent promouvoir une autre approche. Face au terrorisme, ils prônent le développement du tourisme et d’une économie locale basée sur les richesses culturelles du pays.

Dans les environs de Kouré, au sud-est de Niamey, les girafes semblent échapper au quotidien des Nigériens. Comme si, depuis leur altitude, elles étaient parvenues à prendre une certaine hauteur. Elles déambulent paisiblement, d’arbres en points d’eau, sans autre agression potentielle que les épines des acacias faméliques. Même les quelques pick-up de passage semblent tolérés, comme s’ils leur étaient devenus familiers.

Leur expérience des hommes pourrait pourtant les pousser à fuir. Dans les années 1980, sous l’effet de l’activité humaine, les girafes peralta ne comptaient plus qu’une cinquantaine d’individus au Niger. On prévoyait même leur extinction. Mais, autour de Kouré, les villages en ont décidé autrement, choisissant de les protéger. Elles sont aujourd’hui plus de 600 à parcourir la région de Dosso en remontant jusqu’à celle de Tahoua. Dix-sept guides se chargent à présent de protéger l’animal, devenu un symbole reproduit à l’envi sur les tentures, les vêtements.

Petit budget pour le tourisme

Les girafes au Niger sont un des moyens d'attirer les touristes.

Les girafes au Niger sont un des moyens d'attirer les touristes. © Dom

À Kouré, les gardes s’abritent derrière des sacs de sable, comme pour mieux rappeler que la zone a été classée orange par le ministère français des Affaires étrangères et où il est donc déconseillé de se rendre, sauf raison impérative. Quelques rangers sont en formation sous une tente qui prend l’eau. Les panneaux indiquent des informations qui doivent dater d’une époque lointaine et révolue. Partout l’argent manque, en espérant l’ouverture d’un petit restaurant.

L’État met 15 % à 20 % de son budget dans la défense, qui ne produit aucune activité économique dans le pays

Le Centre nigérien de promotion touristique (CNPT) n’est qu’une goutte d’eau dans le budget du ministère du Tourisme, lui-même l’un des moins bien dotés du gouvernement. Quelques salaires sont payés en fin de mois, ainsi que le local et l’électricité. Et s’il reste quelques francs CFA, alors certains projets pourront être financés. Pas question de baisser les bras pourtant dans une région qui voit le développement du tourisme comme un outil de lutte contre le terrorisme.

« L’État met 15 % à 20 % de son budget dans la défense, qui ne produit aucune activité économique dans le pays et ne profite à personne si ce n’est à ceux qui commandent ou qui fabriquent les armes, regrette un responsable local. Il perd le contact avec les populations, qui ne l’informent pas des mouvements des terroristes. Injustice et pauvreté ne pourront pas être balayées par les armes. Pourquoi ne pas attribuer une part du budget sécuritaire à des activités économiques comme le tourisme, à même de recréer un lien entre le territoire, les populations et l’État ? » La question vaut d’être posée.

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