Musique

Opéra : Axelle Fanyo, l’étoile montante de la scène lyrique française

La jeune femme est animée d’une volonté farouche et d’un fort esprit de contradiction.

La jeune femme est animée d’une volonté farouche et d’un fort esprit de contradiction. © Damien Grenon pour JA

À 30 ans, Axelle Fanyo est l’un des grands espoirs de la scène lyrique française. Et rêve de voir son art se développer sur le continent.

Drapée de bleu-blanc-rouge, la cantatrice noire américaine Jessye Norman entonne La Marseillaise d’une voix puissante sur la place de la Concorde. Pour la jeune Axelle Fanyo, c’est un choc. Une révélation. « Si elle l’a fait, je peux le faire », réagit-elle en découvrant les images du bicentenaire de la Révolution française.

Alors adolescente en banlieue parisienne, elle fait déjà la fierté de son père togolais et de sa mère guadeloupéenne grâce à ses talents de violoniste. Mais elle n’ose s’essayer au chant lyrique, un art qu’elle pense réservé à une élite blanche.

« L’opéra doit évoluer s’il veut survivre »

Axelle fera ses gammes dans le chœur de la Sorbonne, puis au conservatoire du 14e arrondissement de Paris. Pas toujours sur la même longueur d’onde avec ses professeurs, elle travaille seule et parvient, à 23 ans, à intégrer le Conservatoire national supérieur de musique de Paris. « C’était un hold-up, juge-t­elle. Je ne savais pas chanter ! »

 

« J’ai un esprit de contradiction terrible, j’ai horreur de faire comme les autres, l’opéra doit évoluer s’il veut survivre ! » assure Axelle Fanyo

En 2018, son master en poche, elle passe le concours musical international Reine Élisabeth, en Belgique. La soprano interprète seule Le Roi des Aulnes de Schubert, d’ordinaire chanté à trois voix… de barytons. Osée, la proposition divise le jury. « Axelle Fanyo fait le choix de l’outrance. Elle se permet d’imposer sa vision, profondément investie […]. Avec elle, “ça passe ou ça casse” », commente Crescendo Magazine. « J’ai un esprit de contradiction terrible. J’ai horreur de faire comme les autres, sourit-elle. Et puis l’opéra doit évoluer s’il veut survivre ! »

 

Elle voudrait notamment voir balayé le genre de remarques qu’elle a entendues ce jour-là, en demi-finale d’une prestigieuse compétition. « Un juré m’a dit que je ne pouvais pas interpréter ce rôle, parce qu’à l’époque où l’histoire se déroule il n’y avait pas d’immigration », raconte-t-elle. Il m’a suggéré d’autres personnages plus « exotiques ».

Cataloguée

« Leontyne Price, Nina Simone ou Marian Anderson ont fait le travail pour que je puisse faire ce que je fais aujourd’hui »

Axelle Fanyo pense à la cantatrice Leontyne Price, qui, dans les années 1960, a un temps refusé d’interpréter Aïda, l’esclave éthiopienne de l’opéra de Verdi. « Elle a décliné une offre du Metropolitan Opera par peur d’être cataloguée ! » souligne Axelle. Pour la jeune femme, le monde de l’art a heureusement changé. « La barrière existera toujours, mais elle est de moins en moins haute. Leontyne Price, Nina Simone ou Marian Anderson ont fait le travail pour que je puisse faire ce que je fais aujourd’hui. »

En janvier dernier, cet espoir du chant lyrique français part sur les traces de ses idoles, sélectionnée pour une master class avec Renée Fleming à New York. « C’est une des plus grandes sopranos du monde et elle a une simplicité désarmante. Cette rencontre a changé ma vie », assure-t-elle, toujours une pointe d’excitation dans la voix. Il faut dire que la star ne tarit pas d’éloges sur son élève.

« J’ai vu Axelle se donner avec une telle force ! Je ne parle pas de la puissance vocale ou musicale, mais de la force de son intention et de son expressivité, affirme-t-elle dans une interview à la chaîne France 2. Je pense que c’est ce qui la rend unique. » Elle lui a prodigué des conseils techniques, mais surtout professionnels. « Elle m’a expliqué comment gérer la suite, explique Axelle. Comme si elle avait su que ça allait prendre… »

Car, depuis, les projets s’enchaînent : des festivals cet été, la Philharmonie de Cologne en septembre, la Californie et Washington à l’automne… Et bientôt l’Afrique ? « Ma relation avec ce continent, c’est d’abord celle que je partage avec mon père. Très fusionnelle ! » confie-t-elle.

Et depuis que son « plus grand fan » a fait des pieds et des mains pour organiser un récital à l’ambassade française au Bénin, l’histoire a pris un tour artistique. « J’ai reçu un accueil incroyable ! C’est tragique que l’opéra soit aussi peu présent sur un continent qui a tellement de talents. » Concerts, festival, master class… La jeune soprano ne manque ni d’idées ni d’énergie pour encourager l’Afrique à trouver ses voix.


Divas africaines

 

En mai, la Nigériane Helen Epega a fait sensation au festival d’Abeokuta avec Song Queen, son opéra écrit en pidgin, déjà présenté au Cap et à Londres. Quelques mois plus tôt, c’est la Sud-Africaine Pretty Yende qui triomphait au Metropolitan Opera avec La Fille du régiment, glissant quelques mots de zulu dans l’opéra-comique de Gaetano Donizetti.

Sa compatriote Pumeza Matshikiza, qui aime marier arias et chants sud-africains, se produit aussi sur les plus grandes scènes du monde. En 2016, elle partageait l’affiche d’un concert de l’association Women of Africa au Théâtre des Champs-Élysées avec… Axelle Fanyo.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte