Cinéma

Cinéma : « Les Hirondelles de Kaboul » porté à l’écran

Les Hirondelles de Kaboul, de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, (sortie en France le 4 septembre)

Les Hirondelles de Kaboul, de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, (sortie en France le 4 septembre) ©

Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec proposent une adaptation animée du roman phare de Yasmina Khadra. Belle, puissante, mais très sage.

Il n’est pas surprenant que le cinéma se soit emparé du roman star de l’Algérien Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul. Ce premier volet est le plus célèbre et le mieux vendu (600 000 exemplaires !) d’une trilogie à succès. Tout comme L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad, il évoque les tensions entre Orient et Occident et les heures noires du terrorisme.

L’histoire ? Dans Kaboul en ruine aux mains des talibans, Mohsen et Zunaira, jeunes professeurs, tentent de croire en des jours meilleurs… Jusqu’à ce qu’un geste fou de Mohsen – qui participe à une lapidation – fasse basculer leur destin.

Il y a une belle ironie à traduire en dessins ce pamphlet dirigé contre les talibans, eux qui interdisent toute représentation des êtres humains

Si l’intérêt du septième art pour le best-seller paraît peu étonnant, son adaptation en film d’animation est en revanche un choix ambitieux. Il y a d’abord une belle ironie à traduire en dessins ce pamphlet dirigé contre les talibans, eux qui interdisent toute représentation des êtres humains. Et surtout, malgré de superbes exceptions, comme Valse avec Bachir (sur l’intervention israélienne au Liban en 1982) ou Another Day of Life (sur la guerre civile angolaise), le dessin animé reste en Occident attaché au monde enchanté et édulcoré de l’enfance.

 

Réalisme plombant

Mais dès les premières images, les choix artistiques des réalisatrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec imposent une plongée impitoyable dans l’absurde et l’horreur de la dictature talibane. Les dessins à l’aquarelle, dans une palette très resserrée, donnent à voir une capitale monochrome, dévastée, que rien ne vient égayer, ni couleur vive ni musique.

Les bruits assourdissants de la rue (travaux, pick-up, mitraillettes…), la poussière, la lumière aveuglante, créent un sentiment d’étouffement… d’autant plus fort lorsque l’on passe en vue subjective et que l’on voit Kaboul derrière la meurtrière grillagée du tchadri imposé aux femmes afghanes.

Plutôt que de demander aux acteurs de poser leur voix sur les séquences animées, Zabou Breitman les a fait jouer devant des caméras, puis a demandé aux animateurs d’adapter leurs images aux échanges des comédiens. En résultent des conversations particulièrement réalistes. Bégaiements, bruits de déglutition lorsque les personnages grignotent… Ces accidents, conservés, contribuent à humaniser les êtres de pixels qui s’animent à l’écran.

Les Hirondelles de Kaboul est un film fort, poétique et élégant : le style épuré du dessin se mariant parfaitement au récit de Khadra. Bien documenté, il constitue un témoignage précieux sur la capitale afghane aux prises avec les milices islamistes. Mais ces hirondelles sont malheureusement engluées dans un réalisme parfois plombant… Valse avec Bachir ou Another Day of Life tiraient parti du dessin pour ponctuer le récit de visions cauchemardesques, hallucinées, délirantes. Rien de tel ici : l’animation est essentiellement illustrative. Et l’on regrette que cette adaptation très belle soit parfois aussi un peu trop sage.

 

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