Cinéma

Cinéma : « Le Mariage de Verida » s’attaque aux traditions mauritaniennes

Le mariage de Verida, un film réalisé par Michela Occhipinti.

Le mariage de Verida, un film réalisé par Michela Occhipinti. © DR

Avec «Le Mariage de Verida», la réalisatrice italienne Michela Occhipinti ausculte les traditions de la Mauritanie et les aspirations des jeunes femmes du pays.

Réaliser Le Mariage de Verida était assurément un pari risqué. Parce qu’il s’agit du premier long-métrage de fiction d’une documentariste italienne. Mais surtout parce qu’il entend raconter, avec des images parfois esthétisantes, une pratique traditionnelle encore répandue en Mauritanie qui ne peut que choquer – le mot est faible – le spectateur occidental auquel ce récit est destiné en priorité. On aurait pourtant tort de craindre le pire.

Le scénario ? Les parents de Verida, jeune esthéticienne, lui annoncent un beau jour qu’ils lui ont trouvé un mari. Pour qu’elle réponde aux canons de beauté tels que les définit l’opinion majoritaire, son futur conjoint et sa famille, il faut qu’elle grossisse.

Mariage arrangé

Et pas juste un peu : elle doit prendre vingt kilos en l’espace de trois mois, Voilà comment commence, sous la surveillance de la mère, une intense période de gavage – c’est l’expression employée, tout à fait adaptée à la situation. Et ce avant même que Verida rencontre son promis et ses futurs beaux-­parents, qui la trouveront d’ailleurs bien maigre lors de leur première visite. Ce qui ne saute pourtant pas aux yeux !

Le Mariage de Verida, de Michela Occhipinti(sortie en France le 4 septembre)

 

Verida semble a priori respectueuse de la tradition, attachée à l’harmonie familiale et résignée à son sort. Mais tout ne se déroule pas sans accrocs. Les amies les plus proches de la jeune fille, qui vivent avec des désirs très modernes et envisagent de partir à l’étranger, ne lui cachent pas, tout en restant solidaires, qu’elles désapprouvent son mariage arrangé et le préalable que ce dernier implique. L’une d’entre elles va jusqu’à lui dire que « seules les filles laides gardent le même mari toute leur vie ».

L’intéressée, au grand désespoir de sa mère, de plus en plus autoritaire et violente, se rebelle parfois au moment d’ingurgiter les énormes quantités de nourriture qu’on lui apporte dix fois par jour. Et puis elle n’est pas insensible à la cour discrète du jeune homme timide, mais à l’évidence amoureux, chargé de venir régulièrement la peser. A-t-elle donc véritablement renoncé à la maîtrise de son corps et à sa liberté ? On peut se poser la question…

Description minutieuse

La force de ce film doit beaucoup à la façon dont Michela Occhipinti, qui a conservé tout son talent de documentariste en s’aventurant dans la fiction, réussit à décrire minutieusement, sans jamais lasser, aussi bien la tradition du gavage que la vie des jeunes femmes dans la société complexe de la Mauritanie contemporaine. Il est de ce fait très efficace pour interroger la condition féminine et, surtout, le comportement des femmes face aux standards de beauté qu’on leur impose.

La situation, pourront se demander les spectateurs occidentaux, est-elle d’ailleurs si différente chez eux, où l’idéal de minceur dominant pour la gent féminine n’est qu’apparemment contraire, car relevant d’un diktat de même nature, à savoir un idéal imposé par le seul désir des hommes ? Mais si le film est convaincant, c’est aussi tout simplement parce que les acteurs, amateurs, à commencer par l’actrice principale, Verida Beitta Ahmed Deiche, qui a d’ailleurs vécu l’essentiel de ce qu’elle joue, sont criants de vérité.

 

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