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Vie des partis

Congo-Brazzaville : le PCT fait sa crise de la cinquantaine

Réservé aux abonnés | | Par - à Brazzaville
Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h33
Le nouveau siège, en cours de construction dans le quartier de Mpila, à Brazzaville.

Le nouveau siège, en cours de construction dans le quartier de Mpila, à Brazzaville. © Baudouin Mouanda pour JA

Le Parti congolais du travail, au pouvoir, semble divisé et incapable de se renouveler. À deux ans de la présidentielle de 2021, un congrès – le dernier en date a eu lieu en 2011 – et un aggiornamento s’imposent.

Entre le cumul de fonctions de son secrétaire général, à la fois leader du parti et président du Sénat, un congrès qui doit se tenir depuis 2016, mais dont la date n’est toujours pas fixée (« ce devrait être avant la fin de 2019 »), sans compter les tergiversations sur la nature, ordinaire ou extraordinaire, dudit congrès, le Parti congolais du travail (PCT) a bien du mal à négocier le virage des 50 ans – qu’il célébrera à la fin de décembre – et semble incapable de produire un discours neuf. À dix-huit mois de l’élection présidentielle, un aggiornamento s’impose pour le parti au pouvoir.

A priori, ce renouvellement ne pourra être mené qu’à la faveur d’un nouveau congrès. Dernier en date, le sixième congrès extraordinaire, en juillet 2011, était censé être celui de l’ouverture, puisqu’il mettait fin à un long intérim de près de quatre ans au poste de secrétaire général du parti et que mission était confiée à son nouveau patron, l’ancien professeur de philosophie Pierre Ngolo, d’unifier et de revitaliser le PCT, tout en préservant son identité.

Clientélisme et fractionnisme

Huit ans plus tard, certains de ses camarades font un constat d’échec. « Rien d’étonnant à ce que le PCT apparaisse comme un grand corps malade. Par le passé, pour en être membre, il fallait de la rigueur. Aujourd’hui, le parti a perdu ses valeurs », déplore Gabriel Oba-Apounou, 74 ans, membre du bureau politique.

Selon l’ancien président de la fédération PCT de Brazzaville, le congrès de l’ouverture a en fait accouché d’une organisation bureaucratique, clientéliste et fractionniste, dont les cadres dirigeants sont désignés par cooptation en privilégiant les affinités plutôt que les qualités, au mépris des règlements du parti – à commencer par celui relatif au non-cumul de fonctions de ses cadres. De quoi conduire le PCT vers une décomposition intellectuelle et idéologique. « Ce secrétariat national a englouti les précieux acquis du passé et rend nostalgiques tous les hommes de bonne volonté et de bon sens. Et il paralyse désormais le PCT par son incapacité à s’attaquer aux défis d’aujourd’hui », martèle Gabriel Oba-Apounou.

Pierre Ngolo,à la tête du PCTdepuis 2011,est devenu présidentdu Sénat en 2017.

Pierre Ngolo,à la tête du PCTdepuis 2011,est devenu présidentdu Sénat en 2017. © Vincent Fournier/JA

En affichant pour preuve les résultats des derniers tests électoraux, Pierre Ngolo (65 ans) rétorque que le PCT se porte plutôt bien et qu’il a, par exemple, conservé ses quatre sièges remis en jeu lors des sénatoriales partielles du 21 juillet. Quant au cumul de ses postes de secrétaire général et de président du Sénat, Pierre Ngolo précise que, dès son élection à la présidence de la chambre haute, mi-2017, il avait consulté la direction politique du PCT, qui lui avait alors assuré que ce n’était pas un cas paralysant.

« Un seul individu ne peut pas avoir deux salaires et deux fonctions, cela fait partie des antivaleurs, antivaleurs que combat le chef de l’État » remarque Oba-Apounou

Il rappelle que, pour respecter ce principe de non-cumul acté en 2011, il avait démissionné du bureau de l’Assemblée nationale en 2012, redevenant simple député. « Nous avons observé la règle jusqu’en 2017, puis le président du comité central [Denis Sassou Nguesso] a décidé que le secrétaire général du PCT ne serait plus à l’Assemblée mais au Sénat. C’est une mission qui m’a été confiée. Face à la recommandation du congrès, seul le président du comité central a la prérogative d’exception. Le secrétaire général peut-il se permettre de créer un vide au niveau du parti ? » se justifie Pierre Ngolo.

Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville.

Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville. © Wang Zhao/AP/SIPA

« Les statuts du PCT seuls suffisent pour comprendre qu’il est dans une position de cumul, argumente Oba-Apounou. En voulant qu’il préside le Sénat, le chef de l’État souhaitait simplement faire appliquer cette disposition. Un seul individu ne peut pas avoir deux salaires et deux fonctions, cela fait partie des antivaleurs. Antivaleurs que combat le chef de l’État. »

Campagne de dénigrement

Les divergences internes ont même gagné l’organisation des jeunes du parti, la Force montante congolaise (FMC). à la fin d’avril, l’un de ses secrétaires permanents, Donald Mobobola, a entrepris une fronde contre le premier secrétaire de la FMC, Juste Bernadin Gavet, lui reprochant d’être également secrétaire exécutif du tout nouveau Conseil consultatif de la jeunesse depuis décembre 2018. Le 15 juillet, une session extraordinaire du comité central de la FMC était convoquée, et Donald Mobobola sanctionné.

« Cette nomination a assuré Juste Bernadin Gavet de la confiance du président et ce n’est pas une faute ! » maugrée Pierre Ngolo, qui conclut que cette campagne de dénigrement ne reposait sur aucune base légale, puisque ni la loi congolaise ni les statuts de la FMC ne mentionnent de problème de cumul.

Quant à la date et à la nature du prochain congrès, elles ne semblent pas encore fixées. Certains, tel Gabriel Oba-Apounou, estiment qu’il devrait se tenir avant la commémoration des 50 ans et être extraordinaire car, reporté depuis quatre ans, il ne peut plus se résumer à un bilan quinquennal. Pourtant, à la fin de 2018, le comité central du parti a pris l’option de tenir son cinquième congrès ordinaire en 2019. Il lui reste donc quatre mois pour tenter de réorganiser ses troupes et de faire en sorte que l’anniversaire soit « heureux ».

En mars 2021 se tiendra en effet une présidentielle pour laquelle le PCT a d’ores et déjà annoncé la couleur : il soutiendra le candidat (non encore déclaré) Denis Sassou Nguesso. Une échéance « qui se prépare », souligne Oba-Apounou, « en redonnant au parti son positionnement sur tout le territoire national ».


D’un congrès l’autre

C’est tout juste un an après son accession à la tête du pays que le président Marien Ngouabi fonde le Parti congolais du travail (PCT) avec, entre autres, Denis Sassou Nguesso et l’ancien Premier ministre Ambroise Édouard Noumazalaye. Le nouveau parti d’obédience marxiste-léniniste tient son congrès constitutif du 29 au 31 décembre 1969, jour où le pays devient la République populaire du Congo.

Parti unique pendant toute la durée de ce régime (qui prendra officiellement fin le 15 mars 1992 avec l’adoption de la Constitution de la IIIe République), le PCT organise son cinquième congrès extraordinaire en décembre 1990, à l’issue duquel – avènement de la démocratie oblige – il abandonne l’idéologie marxiste-léniniste pour le socialisme-démocratique et marque la séparation du parti et de l’État.

Donc, Denis Sassou Nguesso, qui est alors à la tête du pays et président du comité central du PCT, délègue la direction du parti à Ambroise Noumazalaye, nommé secrétaire général, fonction qu’il cumulera avec celle de président du Sénat.

À la disparition de Noumazalaye, en 2007, l’intérim à la tête du PCT est assuré par Isidore Mvouba (alors Premier ministre, puis ministre du Développement industriel), jusqu’à la tenue du sixième congrès extraordinaire, en juillet 2011, au cours duquel Pierre Ngolo est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable (2011-2016).

Cécile Manciaux 

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