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Tourisme

Congo-Brazzaville – Tourisme : des sensations grandeur nature

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Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h34
Les forêts du bassin du Congo représentent 90 % des forêts tropicales en Afrique et environ 80 % de la biodiversité africaine.

Les forêts du bassin du Congo représentent 90 % des forêts tropicales en Afrique et environ 80 % de la biodiversité africaine. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Si les activités touristiques sont encore marginales, de réels efforts sont déployés pour organiser et étoffer l’offre actuelle. Laquelle tend à privilégier les prestations haut de gamme pour préserver une biosphère unique au monde.

Avec ses paysages spectaculaires, sa flore et sa faune sauvage exceptionnelles – gorilles des plaines de l’Ouest, chimpanzés, lions et éléphants de forêt, hippopotames, cobes, buffles, antilopes, tortues luth… – , le Congo a tout pour se positionner comme une destination écotouristique majeure.

Plus de 13 % de son territoire sont classés en aires protégées, parmi lesquelles figurent cinq parcs nationaux : ceux d’Odzala-Kokoua et de Ndouabalé-Ndoki dans le Nord, celui de Conkouati-Douli sur le littoral (dans le Kouilou), auxquels se sont ajoutés ceux de Tokou-Pikounda (à cheval sur les départements de la Sangha et de la Cuvette, dans le Nord), créé en 2013, et de l’Ogooué-Lékéti (Plateaux et Lékoumou, Centre), inauguré en novembre 2018.

Le pays compte par ailleurs une dizaine d’autres aires protégées comprenant des réserves – de faune, de flore, de biosphère – , dont la réserve naturelle de gorilles de Lésio-Luna, dans le Pool, ainsi que des réserves de chasse et des sanctuaires. Une aire marine protégée est aussi en cours de création dans la baie de Loango.

Depuis 2016, l’Agence congolaise de la faune et des aires protégées (Acfap, fondée en 2012) est opérationnelle, une stratégie nationale et un plan directeur de développement durable du tourisme ont été élaborés, dont le ton et la couleur sont résumés dans le slogan de l’Office national du tourisme : « Green Congo, poumon écologique du monde ». D’où le regroupement, en 2017, des portefeuilles du Tourisme et de l’Environnement au sein du même ministère. Des efforts ont par ailleurs été entrepris pour mieux faire connaître la destination, avec notamment la mise en ligne d’un site internet (officedutourisme.gouv.cg).

Du pain sur la planche

Malgré son énorme potentiel, l’écotourisme est encore peu développé. Le plus ancien et le plus vaste des parcs nationaux (13 000 km2), celui d’Odzala-Kokoua, dont le volet touristique est géré par le groupe sud-africain Congo Conservation Company (CCC), n’accueille en effet que peu de visiteurs. Ils sont pour la plupart sud-africains ou américains et plutôt VIP, en raison du nombre de chambres volontairement restreint de ses trois lodges et de tarifs relativement élevés.

Les touristes sont égale­ment peu nombreux dans le parc de Ndouabalé-Ndoki (4 000 km2), dont l’antenne congolaise de l’ONG américaine Wildlife Conservation Society (WCS) supervise les volets conservation et tourisme. La réserve naturelle de gorilles de Lésio-Louna, qui bénéficie de sa proximité avec la capitale et de l’intérêt que suscitent ses emblématiques habitants, a attiré jusqu’à 700 personnes les meilleures années.

La clientèle est surtout composée d’expatriés et de leur famille, d’hommes d’affaires de passage et de rares Congolais

Les quelques agences de tourisme qui se sont développées sont concentrées à Brazzaville et à Pointe-Noire. Dans la capitale, l’une des plus en vue est Wild Safari Travel, qui propose des excursions autour de la ville et organise des circuits à la demande, dont la visite de parcs. L’agence cible surtout une clientèle d’expatriés et de voyageurs étrangers (Européens, Américains, Africains, Asiatiques, etc.).

Installé à Pointe-Noire et encadré par le photographe Kiki Lawanda, le collectif Ekolo na Bisso (« notre pays », en lingala), formé de jeunes Congolais et d’expatriés, a démarré ses activités en novembre 2018. Il organise des excursions et des randonnées à la carte à Pointe-Noire et dans le Kouilou, mais aussi dans le Niari, la Bouenza, la Lékoumou et le Pool. Fort de son succès, le collectif, qui a identifié des sites peu connus, devrait se transformer en véritable agence de tourisme au mois d’octobre. Citons aussi Soleil Business et Univers Voyage, parmi les autres opérateurs locaux.

D’une manière générale, la clientèle est surtout composée d’expatriés et de leur famille, d’hommes d’affaires de passage et de rares Congolais. Toutefois, de plus en plus de jeunes issus de la classe moyenne se montrent désireux de découvrir leur pays. Pour que le secteur se développe, tant en volume d’activités qu’en chiffre d’affaires, les pouvoirs publics et les acteurs privés ont encore du pain sur la planche.

Marketing

« Pour l’instant, on attend le client, on ne va pas le chercher. Au Congo, seuls les tourismes d’affaires et familial sont connus, pas encore celui de loisirs. Le gouvernement doit faire du marketing pour faire connaître la destination et attirer les visiteurs, aussi bien congolais qu’étrangers », reconnaît un opérateur.

Il s’agit aussi de développer la palette d’offres : excursions, safaris, activités sportives ou d’aventures, balnéaires ou fluviales, culturelles et mémorielles. « Il y a des niches à explorer dans le domaine mémoriel, en particulier à Loango, siège du royaume vili et ancien centre d’embarquement des esclaves. On doit diversifier les produits, créer des événements et proposer des sorties d’un jour ou deux pour les gens de passage. C’est ce que réclament les hôteliers », souligne un professionnel.

Parmi les autres problèmes à régler : la délicate délivrance du visa touristique, la cherté des vols depuis l’étranger, les tracasseries administratives et policières, ainsi que la qualité – parfois très – aléatoire des prestations et des services hôteliers. Un effort doit aussi porter sur l’aménagement des sites et sur l’entretien des routes et des pistes permettant d’y accéder.


Second poumon de la planète

Le bassin du Congo est considéré comme le second poumon vert de la planète, après l'Amazonie.

Le bassin du Congo est considéré comme le second poumon vert de la planète, après l'Amazonie. © SAURABH DAS/AP/SIPA

Deuxième massif forestier tropical du monde après l’Amazonie, la forêt du bassin du Congo couvre plus de 2 millions de km². Elle est partagée entre six pays : le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, la RD Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale. Au Congo, elle couvre 210 000 km², soit plus de 60 % de la superficie du pays

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