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Politique

[Édito] Congo-Brazzaville : soft power

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Journaliste à Jeune Afrique depuis 2008, Cécile Manciaux est rédactrice en chef adjointe, responsable de la section « Grand format » de l’hebdomadaire. Ses principaux centres d'intérêt : l’aménagement et le développement urbain, le droit électoral, les religions, les trésors linguistiques.

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Le président congolais, Denis Sassou-Nguesso, en 2012.

Le président congolais, Denis Sassou-Nguesso, en 2012. © Maxim Shipenkov/AP/SIPA

«La relance économique par la diversification et le travail acharné. » C’est sous ce slogan qu’ont été placées, le 15 août dernier, les célébrations – moins ostentatoires que de coutume – de la fête nationale.

Signe que chacun est conscient que la signature d’un programme triennal avec le Fonds monétaire international (FMI), le 11 juillet, n’est que le début d’un douloureux processus de mise en conformité avec les règles de la bonne gouvernance.

Il a fallu pas moins de sept missions du FMI depuis 2017, la signature d’un accord de restructuration de la dette avec la Chine et l’engagement de négociations avec les traders pour en arriver là : une facilité élargie de crédit de la part du Fonds, qui ouvre la voie à une série d’autres appuis budgétaires, représentant une enveloppe globale de 780 milliards de F CFA (1,2 milliard d’euros) sur trois ans.

Sous réserve, bien sûr, que les 48 mesures convenues soient appliquées – lesquelles ne visent rien d’autre que l’instauration d’une gestion normale et transparente des finances publiques –, ce programme doit permettre de rendre le Congo à nouveau fréquentable par les investisseurs étrangers, d’engager concrètement le Plan national de développement (PND) 2018-2022 et, enfin, de mettre à plat l’insaisissable système de gouvernance pour le corriger, le moderniser et le rationaliser, en l’expurgeant de ses dysfonctionnements et retards.

Faire du neuf avec du vieux

Tout le monde s’accordait à reconnaître ces freins depuis le début de la chute des cours du brut, en 2014. La différence, cette fois, est que le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’en tirer les conclusions. Réunis à Kintele, le 16 août, au lendemain du discours d’orientation prononcé par le président Denis Sassou Nguesso (DSN), ses membres s’y sont engagés.

Restent deux problèmes à résoudre. Celui de faire du neuf avec du vieux, c’est-à-dire imposer à certains dirigeants, dont la responsabilité est engagée dans le bilan déficitaire, de faire le contraire de ce qu’ils ont trop longtemps pris l’habitude de (mal) faire. Il faut aussi pouvoir s’appuyer sur des cadres compétents, or le niveau des ressources humaines reste souvent très faible, à cause des lacunes du système éducatif.

Le retour à une croissance positive et celui des investissements, qui plus est lorsqu’ils restent générés par les hydrocarbures, ne doivent pas faire oublier l’essentiel : si le malade est sauvé, sa convalescence, sous l’étroite surveillance des médecins du FMI, va être longue.

Denis Sassou Nguesso compte beaucoup sur la relance économique, génératrice de mieux-être social, pour solder les comptes des cinq anni horribiles que son pays a vécues

À un an et demi d’une élection présidentielle à laquelle il se portera sans nul doute candidat, DSN compte beaucoup sur la relance économique, génératrice de mieux-être social, pour solder les comptes des cinq anni horribiles que son pays a vécues. Mais la cure de remise en forme passe aussi par lui-même. En l’occurrence, par une rupture avec la culture traditionnelle du chef, qui, dans le souci de réduire le nombre de ses adversaires, finit par ne trancher ni les têtes ni les problèmes.

Elle passe aussi, sur le plan international, par une redynamisation de la diplomatie congolaise, réduite, faute d’imagination, aux seules initiatives de médiateur de crises du chef de l’État. DSN dispose pour cela d’un soft power promis à un bel avenir : le bassin du Congo, dont il porte les valeurs écologiques depuis trente ans et assure le leadership (à la tête de sa commission climat). À l’heure où la forêt d’Amazonie brûle, celle du Congo est plus que jamais inestimable. À lui de faire comprendre aux puissants du G20 que sa protection a aussi un coût.

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