Société

[Tribune] L’émancipation par le burkini…

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Par  Fawzia Zouari

Une femme (de dos) portant un burkini sur une plage (image d’illustration).

Une femme (de dos) portant un burkini sur une plage (image d'illustration). © AP/SIPA

Récemment, dans le quotidien français Libération, je suis tombée sur une tribune dans laquelle des chercheurs défendaient mordicus le burkini. J’ai failli tourner de l’œil. Au début, j’ai cru à une association d’islamistes déguisés en scientifiques. Eh bien, non. Les signataires sont presque tous des « Blancs », comme diraient les indigénistes.

Leur propos suintait le paternalisme et dégoulinait de bons sentiments. Feignait d’ignorer le malheur de millions de musulmanes qui luttent contre l’envoilement obligatoire, que ce soit dans la rue ou dans les eaux. À preuve, ce que rapportent ces jours-ci des journaux marocains sur l’enfer des baigneuses qui refusent de porter cet habit sur certaines plages du royaume.

Alors il y a de quoi se demander si les auteurs de cette tribune sont sérieux. D’abord, lorsqu’ils affirment avec aplomb que le burkini n’est pas un signe religieux. Ben, alors, pourquoi ces filles le portent-elles ? Pour faire joli ou pour remplacer la crème solaire ? À moins qu’elles aient l’idée de concurrencer le string, puisqu’on entend comparer le voile à la culotte échancrée, laquelle obéit au diktat de la mode mais pas à l’injonction divine de classer les femmes en deux catégories, celle des vertueuses et celles des impies.

Ces doctes messieurs et dames – car il y a des dames parmi les signataires – n’en démordent pas : « C’est un maillot de bain comme les autres d’un point de vue technique ! » Façon insidieuse d’enfouir le diktat religieux sous la revendication esthétique ; de nous faire croire qu’il s’agit de choisir entre maillots de bain de coupes différentes, là où il s’agit de choisir entre deux conceptions du corps de la femme et deux approches de la liberté, celle qui émane de l’esprit philosophique et celle qui se réclame de la soumission religieuse.

Paternalisme

Et les signataires de friser le ridicule en jurant que le burkini « émancipe », car il permettrait à ces croyantes de partager les lieux de mixité. Ces dernières n’existeraient donc publiquement que si elles se couvrent, dans un pays où le droit d’exister passe par d’autres exigences et d’autres combats. D’ailleurs, j’ai bien envie de leur demander, à ces chercheurs, s’ils croient vraiment que le meilleur moyen d’aider les musulmanes de France à s’émanciper est de les encourager à se « burkiniser » – j’ai failli écrire « se bunkeriser » – , plutôt que de les inciter à mieux réfléchir à leur véritable libération et à leur faire admettre que les causes à défendre sont ailleurs ; le droit de patauger couverte n’en est pas une.

Le burkini mouillé, je ne vous dis pas ! Il sculpte tellement le corps qu’il invite à une certaine surenchère sexuelle

Preuve de leur paternalisme malveillant, les signataires accordent d’emblée le statut de victime à ces croyantes, prétendant ainsi les protéger alors qu’ils entérinent leur demande d’infériorisation. Ils flattent leur réflexe identitaire, là où il convient faire toucher du doigt les contradictions dans lesquelles elles sont empêtrées.

Car contradictions, il y a. Celle qui veut appliquer sa religion en mettant voile et burkini devrait, en toute logique, consentir au reste des prescriptions religieuses, par ailleurs très claires, telles que la polygamie, l’inégalité dans l’héritage ou le statut de « complémentaire ». Celle qui veut pratiquer sa religion ne se mêle pas aux hommes et ne s’exhibe pas à la piscine. D’autant plus que le burkini mouillé, je ne vous dis pas ! Il sculpte tellement le corps qu’il invite à une certaine surenchère sexuelle.

Cela, les islamistes purs et durs l’ont compris. Ce qui pousse les signataires de la tribune à user d’un dernier argument pour le moins fallacieux : le fait que l’islam radical s’oppose au port du burkini confère de la légitimité à la fameuse pièce de tissu et devrait en favoriser l’usage. Eh bien, non, moi, sur ce registre, je partage l’avis des barbus. Et ça me fait tellement marrer de prendre leur défense, pour une fois !

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