Politique

Soudan : les défis qui attendent Abdallah Hamdok, le Premier ministre de transition

Abdallah Hamdok le 21 août, jour de sa prestation de serment, à Khartoum.

Abdallah Hamdok le 21 août, jour de sa prestation de serment, à Khartoum. © AP/SIPA

Les défis qui attendent le nouveau Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, sont nombreux. D’autant que cet économiste reconnu devra composer avec les militaires.

Ce 21 août, une main sur le Coran, Abdallah Hamdok prête serment comme nouveau Premier ministre du Soudan. Face à lui, Abdel Fattah al-Burhan, le chef du Conseil militaire de transition (CMT), qui dirige le pays depuis la chute d’Omar el-Béchir, en avril dernier. La symbolique occupe toujours une place importante dans ce genre de cérémonie, et là, le message est très clair : Abdallah Hamdok, 63 ans, devra partager son pouvoir avec d’autres.

Mission encadrée

Quelques heures plus tôt, au palais présidentiel, à Khartoum, sa canne militaire sous le bras, Al-Burhan a lui aussi prêté serment. Il présidera, pour vingt et un mois, le Conseil souverain, composé de six civils et de cinq militaires, qui est désormais chargé de piloter la transition jusqu’à l’organisation d’élections en 2022 (Al-Burhan sera ensuite remplacé par un civil pour une période de dix-huit mois). Une configuration inédite, qui est elle-même le résultat de longues et difficiles tractations, et avec laquelle Hamdock va devoir composer.

La charte permet néanmoins au chef du gouvernement d’avoir son mot à dire au sujet de l’état d’urgence, une arme de coercition souvent utilisée par l’armée

Sa mission sera encadrée par une « Charte constitutionnelle pour la période transitionnelle », adoptée le 4 août par le Conseil souverain. Hamdock va devoir former un cabinet avant le 1er septembre, date de la première réunion conjointe entre son équipe et le Conseil souverain. Ses membres ne pourront pas être plus de vingt. Tous seront sélectionnés en accord avec les Forces de la liberté et du changement (FLC, coalition de l’opposition) puis acceptés par le Conseil souverain, à l’exception des ministres de la Défense et de l’Intérieur, dont la nomination restera à la discrétion des militaires. La charte permet néanmoins au chef du gouvernement d’avoir son mot à dire au sujet de l’état d’urgence, une arme de coercition souvent utilisée par l’armée.

La nomination de Hamdok est le fruit des négociations entre les FLC et le CMT. L’opposition a un temps envisagé de lui préférer Mudawi Ibrahim Adam, un militant des droits de l’homme, mais le pragmatisme de Hamdok, couplé au fait qu’il a décliné en 2018 la proposition faite par El-Béchir de devenir ministre de l’Économie et des Finances, ont fait pencher la balance en sa faveur.

Solide réseau

Militant gauchiste dans sa jeunesse, Hamdock est depuis devenu un économiste respecté, formé à la faculté de Khartoum, passé par la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan puis par la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (CEA) à Addis-Abeba (il en a été le vice-secrétaire de 2011 à 2018). Il s’est, au fil des années, constitué un solide réseau continental et a tissé des amitiés fortes avec nombre de diplomates. C’est un habitué de l’Ibrahim Governance Weekend, événement phare de la Fondation Mo Ibrahim, et il demeure bien introduit en Éthiopie, pays qui s’est impliqué dans la résolution de la crise soudanaise.

Cela suffira-t-il à rassurer le peuple, qui a pris la rue en décembre 2018 ? « Nous lui souhaitons le succès, dans l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire de notre pays », a déclaré l’Association des professionnels soudanais, épine dorsale des manifestations de ces derniers mois. Mais Hamdok sait que l’« intifada » qui l’a porté à la primature a débuté autant en réaction à la brutalité du régime que contre des mesures d’austérité économique préconisées par le FMI.

Dans son premier discours, le natif du Kordofan, une région qui a été frappée par la guerre, a commencé par promettre d’en finir avec les conflits armés qui minent le pays, puis de mettre un terme à l’inflation, à la pénurie de médicaments et à la rareté du blé et de l’essence. Il a dit vouloir éviter l’effondrement du système bancaire à court terme et « relancer la productivité » à moyen terme.

Le souci, ce n’est pas Hamdok ni ses compétences. C’est l’ampleur de la tâche qui l’attend

« Le souci, ce n’est pas Hamdok ni ses compétences, résume un influent avocat de l’opposition soudanaise en exil. C’est l’ampleur de la tâche qui l’attend. » D’autant que le nouveau Premier ministre va devoir composer avec les militaires, toujours très puissants au sein du Conseil souverain. Parmi eux, Mohamed Hamdan Daglo, le chef des Forces de soutien rapide, utilisées ces derniers mois pour mater les manifestants. « Hemetti » pèse au moins autant qu’Al-Burhan dans le jeu politico-militaire soudanais et bénéficie d’un vaste réseau clientéliste, de captation et de redistribution de diverses richesses.

Hamdok aura donc fort à faire, d’autant que la charte constitutionnelle qui définit ses prérogatives lui confie aussi la formation d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur le massacre du 3 juin dernier, à Khartoum (plus de 100 morts parmi les civils). Les hommes de Hemetti sont soupçonnés d’être impliqués.

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