Politique

Algérie : règlement de comptes au bazooka entre les généraux Ahmed Gaïd Salah et Khaled Nezzar

Ahmed Gaïd Salah vs Khaled Nezzar en Algérie ©

Leur animosité réciproque était un secret de polichinelle. Depuis quelques semaines, le général à la retraite Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense, règle ses comptes avec Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense. Publiquement, et à l'arme lourde.

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres ? Le 6 août, le tribunal militaire de Blida (à l’est d’Alger) a lancé des mandats internationaux contre Nezzar, son fils Lotfi et Farid Benhamdine, gérant de la Société algérienne de pharmacie. Tous trois sont poursuivis dans le cadre d’une enquête pour « complot contre l’autorité de l’armée et contre l’autorité de l’État » et accusés d’atteinte à l’ordre public. En mai, ladite enquête a abouti à l’incarcération de Saïd Bouteflika, le frère du raïs déchu, ainsi qu’à celle des généraux Mohamed Mediène (dit Toufik) et Athmane Tartag.

Nezzar est apparu le 14 mai dans cette affaire en qualité de témoin. Devant le tribunal militaire, celui qui fut l’homme fort de l’armée au début des années 1990 a révélé la teneur des échanges qu’il avait eus avec Saïd Bouteflika peu de temps avant la démission forcée du président.

Déluge de feu verbal

La justice l’ayant laissé en liberté, Nezzar en a profité pour quitter Alger et s’installer en Espagne. Aujourd’hui, depuis son lieu d’exil, il bombarde Gaïd Salah de tweets et de déclarations incendiaires. Le qualifiant de « machiavélique » et de « triste personnage », ou encore d’« individu brutal » ayant « un pois chiche dans la tête », il l’accuse d’avoir imposé un quatrième mandat à Abdelaziz Bouteflika, puis de l’avoir funestement poussé à en briguer un cinquième. Dans une vidéo, il appelle implicitement les militaires à faire le ménage au sommet de leur institution.

Le général à la retraite algérien Khaled Nezzar. © Amel Pain/AP/SIPA

Nezzar, qui est l’un des rares généraux à avoir publié plusieurs livres, n’en est pas à son premier déluge de feu verbal. En 2016, par exemple, il n’avait pas hésité à traiter Gaïd Salah de « psychopathe » lorsque ce dernier avait inspiré une loi rendant les officiers qui brisent leur devoir de réserve passibles d’une peine de prison.

Appelé à comparaître devant un juge suisse, Nezzar laisse entendre qu’il pourrait faire plonger son ennemi juré

Appelé à comparaître, en septembre et en octobre prochains, devant un juge suisse dans le cadre d’une plainte déposée contre lui pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité », Nezzar laisse entendre qu’il pourrait faire « plonger » son ennemi juré. « Je rappelle qu’en ce temps [la guerre civile de la décennie 1990] Gaïd Salah commandait la deuxième région [militaire], puis les Forces terrestres lorsque l’ANP [Armée nationale populaire] combattait le terrorisme [islamiste]. À ce titre, son nom est inclus dans la liste soumise à la justice suisse », a-t-il twitté le 27 juillet.

Gaïd Salah aussi bourru que bouillant

Il en faut bien davantage pour ébranler un Gaïd Salah aussi bourru que bouillant. Soutien d’Abdelaziz Bouteflika jusqu’à la chute de celui-ci, en avril, le chef d’état-major s’est affirmé, au fil des semaines, comme le patron du pays, dictant sa feuille de route au risque de compliquer encore le jeu politique.

Le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah. © AP/SIPA

S’estimant trahi par la famille Bouteflika, qui, en mars, envisageait de le démettre de ses fonctions pour se maintenir au pouvoir, il poursuit de sa vindicte les membres de l’ancien clan présidentiel. Depuis la vaste opération anticorruption qu’il a ordonnée, deux ex-­Premiers ministres (Ouyahia et Sellal), plusieurs anciens membres du gouvernement et la plupart des grosses fortunes du pays croupissent en prison. Gaïd Salah ne fera pas le moindre cadeau à Nezzar, d’autant qu’à la fin des années 1980 ce dernier l’avait inscrit sur la liste des officiers à mettre à la retraite. Il avait dû son salut au président de l’époque, qui l’avait remis en selle in extremis…

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