Arts

Jeu vidéo – « Katanga : The River of Souls », le Congo sauce SF

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Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h35
Dans « Katanga : The River of Souls », les décors ont été réalisés après de minutieuses recherches documentaires.

Dans « Katanga : The River of Souls », les décors ont été réalisés après de minutieuses recherches documentaires. © photos : isart digital

« Katanga : The River of Souls » propose une (trop) courte aventure horrifique, entre science-fiction et immersion sanglante dans le passé colonial du pays.

Parvenir à traiter la problématique coloniale en Afrique dans un jeu vidéo tout en y insérant des éléments de science-fiction relève de la gageure. C’est pourtant le pari réussi de Katanga : The River of Souls, qui procède, dans un décor début XXe siècle, à une critique de la colonisation belge au Congo mêlant histoire et dystopie.

Ce jeu hors norme a été développé par des étudiants de l’école parisienne Isart Digital. Il se déroule dans une atmosphère pesante. Alors qu’une immense créature à cornes, née des expériences belges, arpente les pièces d’entrepôts situés sur des docks, l’objectif du joueur est de rejoindre un bateau de fret sur lequel se trouve une étrange machine. Cet « extracteur d’âme », nommé Léopoldine, sert à produire une nouvelle énergie, nécessaire au fonctionnement de l’industrie.

Un jeu gratuit disponible en anglais et en français. À télécharger sur	: isart-digital.itch.io/katanga

« Ce qui nous plaisait, c’était d’explorer une période et une région encore sous-représentées dans le jeu vidéo », explique Benjamin Odonne, game artist français à l’origine du projet et qui s’est inspiré du roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres. Le Katanga, région minière du sud-est du Congo, a été l’un des territoires les plus intensément exploités lors de l’occupation belge. Riche en minerais (cobalt, cuivre, fer…), la province a été le théâtre pendant plus d’un demi-siècle de déplacements de population, de travaux forcés et d’accidents industriels.

Pour créer les décors du jeu, nous avons réalisé un travail documentaire aussi précis que possible

L’ambiance d’époque est globalement bien restituée. « Pour créer les décors du jeu, nous avons réalisé un travail documentaire aussi précis que possible, en nous rendant au musée des Arts et Métiers, à celui du quai Branly et en cherchant des photos de référence sur internet… », souligne Benjamin Odonne. Les décors renvoient aussi parfois de façon sanglante au sort des colonisés. Dans une salle, on remarque ainsi un fauteuil de médecin couvert d’hémoglobine et entouré de plusieurs cages où apparaissent des ossements humains, illustrant le peu de cas qui était fait des populations congolaises durant cette période trouble.

Mais la critique la plus évidente réside bien sûr dans la Léopoldine, cette machine extrayant les âmes humaines afin de faire fonctionner différents engins de guerre et se révélant indispensable à la pérennité de l’industrie. On ne peut s’empêcher d’y voir une référence à Léopold II, roi de Belgique à l’aube du XXe siècle, qui impulsa et intensifia la colonisation et l’exploitation des ressources humaines et naturelles du Congo. « Le jeu n’est pas une mise en procès, précise Benjamin Odonne. Mais des éléments comme la Léopoldine interviennent en tant que métaphores permettant d’éclairer une période encore trop peu connue. »

Anarchie totale

La plupart des jeux se déroulant sur le continent africain portent sur la mythologie, à l’instar d’Assasin’s Creed Origins, qui se déroule dans l’Égypte antique, ou mettent en scène des conflits armés sur un territoire livré à une anarchie totale, comme Far Cry 2. Katanga : The River of Souls permet de sortir de l’ornière, malgré une équipe et une période de travail resserrées : 10 étudiants investis sur un an, alors que les gros jeux sont conçus par des équipes de 200 personnes travaillant au moins durant deux ans. Si l’expérience reste un peu courte et frustrante, on peut espérer que cette critique de la colonisation inspire un grand studio ou des développeurs du continent.

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