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Brice Chasles – Deloitte : « Nous connaissons une croissance de 20 % par an »

CHASLES Brice

CHASLES Brice © DR

Brice Chasles a pris la direction, il y a plus d'un an, de la branche Afrique francophone du cabinet international, avec pour vocation de devenir le leader du conseil et de l’audit sur le continent. Interview.

Nommé en juin 2018 à la tête de la branche Afrique francophone du cabinet international, Brice Chasles a auparavant passé vingt années au sein d’un réseau Deloitte, entre Paris et New York. Désormais, il pilote depuis la France 16 bureaux employant 1 200 collaborateurs actifs dans 19 pays pour un chiffre d’affaires consolidé, selon nos estimations, de 70 millions de dollars (sur 580 millions dans toute l’Afrique).

Épargné par la crise qui secoue sa firme en Afrique du Sud, où les audits des comptes des groupes Steinhoff et Tongaat Hulett sont remis en cause – il refuse d’ailleurs d’en parler –, ce manager estime que l’heure n’est pas à l’introspection mais à l’action pour tenir à distance ses concurrents KPMG, EY, PwC et Mazars.

Depuis novembre, ce spécialiste des fusions et des acquisitions dans la banque et les assurances a travaillé à l’intégration de près de 20 nouveaux associés africains. Deloitte en compte actuellement 15 dans la sous-région de l’Ouest, 21 au Maghreb et 9 en Afrique centrale.

Jeune Afrique : Quatorze cooptations et recrutements d’associés pour l’Afrique francophone ont eu lieu depuis novembre 2018. Quatre de plus interviendront d’ici à la fin du mois de septembre. Ce coup d’accélérateur est-il conjoncturel ?

Brice Chasles : Non, c’est une stratégie de long terme, car nous avons vocation à devenir le leader du conseil et de l’audit en Afrique, comme nous le sommes au niveau mondial. Certaines entreprises locales sont en train de devenir des champions régionaux ou panafricains, et les clients internationaux d’origine allemande ou chinoise sont de plus en plus nombreux à s’implanter. Nous avons donc besoin d’associés pour les accompagner. En un an, d’ici à la fin du mois de septembre, nous en aurons intégré dix-huit nouveaux (huit d’entre eux compensent des départs à la retraite) sur un effectif total de près de 50 personnes.

Vous êtes longtemps restés discrets sur vos activités en Afrique… Pour quelle raison ?

Notre présence sur le continent est récente : nous y avons lancé nos activités il y a moins d’une décennie, quand certains autres acteurs y sont implantés depuis soixante-dix ans. Mais nous nous sommes développés très rapidement. Pour Deloitte, le continent est une région d’investissement prioritaire. Nous souhaitons amplifier notre impact sur son développement économique et sociétal.

Vous vantez une expertise portée par des talents africains. Combien sont-ils ?

Nous recrutons 200 à 300 personnes par an, dont une part importante a été formée sur le continent. Bien qu’elle soit rattachée à la France, l’entité Afrique francophone ne compte qu’une petite équipe d’une vingtaine de personnes à Paris. Nos autres collaborateurs sont implantés en Afrique. En Côte d’Ivoire, nous avons 150 employés, et notre présence dans le pays va s’étoffer. Nous ne venons pas saisir des opportunités depuis Paris ou New York.

Vous avez signé des partenariats avec les entreprises informatiques tunisiennes Proxym et TT International Services, filiale du groupe Tunisie Telecom. Quel est le but de ces alliances ?

Enrichir nos offres en nous alliant à des entreprises qui possèdent une expertise ou une expérience complémentaires. Proxym est par exemple une société informatique spécialisée dans les prestations et les applications destinées au secteur bancaire et à celui de la distribution en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

Au-delà de votre clientèle historique, composée de grands groupes et d’organismes publics, vous misez sur le conseil aux PME et PMI. Est-ce pour compenser une présence moins forte que vos concurrents dans l’accompagnement des grands comptes ?

En Afrique francophone, nous sommes déjà leader en matière de taille et de part de marché. Nous avons beaucoup plus d’associés et beaucoup plus de grands groupes parmi nos clients que nos concurrents. Notre vocation est d’être numéro un ou deux dans l’ensemble des pays.

Quel est le chiffre d’affaires de Deloitte Afrique francophone ?

Nous ne le donnons pas. Nous connaissons en moyenne une croissance de 20 % par an. L’audit continue d’offrir de belles perspectives, parce que l’Afrique fait face à une évolution de sa réglementation dans le secteur bancaire et dans le développement des IFRS [Normes internationales d’informations financières].

L’audit est votre activité phare. Que représente-t-elle en matière de chiffre d’affaires par rapport au conseil ?

Historiquement, les groupes comme le nôtre se sont surtout développés sur le continent à travers l’audit. Mais en Afrique francophone cette activité représente aujourd’hui moins de 50 % de notre chiffre d’affaires. Les groupes africains se transforment, et la demande de conseil devient plus mature. Les entreprises en passe de devenir régionales ou panafricaines, avec plusieurs filiales, ont besoin de se structurer, des systèmes de pilotage des risques et de la performance, des systèmes d’information, des politiques de ressources humaines, et ont des besoins en matière d’accès aux financements. Cette tendance est d’ailleurs mondiale, puisque l’audit ne représente plus que 20 % à 25 % de nos activités globales alors que nos activités de conseil connaissent une croissance supérieure à 50 % par an.

Quels sont vos pays cibles ?

Il suffit de regarder où nous recrutons et cooptons des associés. Le Maroc, l’Algérie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun offrent de bonnes opportunités. Nous sommes également en train de développer un plan de croissance et d’investissement en RD Congo. L’Afrique francophone est un ensemble économique plutôt stable. Il n’y a pas de crise majeure en ce moment.

Vos activités sont-elles affectées par la crise politique en Algérie ?

Il y a des aléas politiques et des incertitudes dans certains pays, comme en Algérie ou en RD Congo, mais pas de crises majeures, comme Ebola ou la crise ivoirienne de 2010.

Sur quelles thématiques travaillez-vous lorsque vous accompagnez des États ?

Nous travaillons beaucoup autour de la modernisation et la digitalisation des administrations mais aussi sur des projets liés à l’énergie, à l’éducation, aux infrastructures portuaires ou de transport, à la structuration de filières économiques et à l’amélioration du climat des affaires. Nous intervenons auprès des pays dans le cadre de leurs plans nationaux de développement ou de leurs programmes de réformes financés par des bailleurs de fonds internationaux comme la Banque mondiale, l’Usaid, la BEI, l’AFD ou encore le GIZ allemand.

Les Big Four, dont vous faites partie, sont régulièrement impliqués dans des affaires qui mettent en cause le travail d’audit, notamment en Afrique du Sud vous concernant. Quelle leçon peut-on tirer de ces scandales à répétition ?

Nous nous fixons un niveau de qualité contraignant. Lorsqu’une nouvelle opportunité se présente, nous faisons un travail d’évaluation du risque comme le ferait une banque. Nous travaillons ainsi avec des procédés qui vont au-delà des minimums réglementaires imposés. C’est un enjeu de performance et de réputation.

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