Justice

Gabon : Santullo écrit à Jeune Afrique

Parmi les protagonistes, le président Ali Bongo Ondimba (à g.), Magloire Ngambia, en détention depuis janvier 2017, et la société de Guido Santullo, aujourd'hui décédé.

Parmi les protagonistes, le président Ali Bongo Ondimba (à g.), Magloire Ngambia, en détention depuis janvier 2017, et la société de Guido Santullo, aujourd'hui décédé. © Montage JA

Le Groupement Santullo Sericom Gabon souhaite répondre à l’article publié dans le no 3052 de Jeune Afrique (du 7 au 13 juillet 2019), intitulé « Santullo, un scandale d’État ».

Le Groupement Santullo conteste le titre de cet article laissant penser que le scandale consisterait en la passation et en l’exécution des marchés attribués au Groupement Santullo. Or, si scandale il y a, c’est bien celui de l’absence de règlement par l’État gabonais de sa dette contractuelle, notamment vis-à-vis du Groupement Santullo, qui n’a eu d’autre choix que de saisir la Cour d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale pour se voir rendre justice !

Le Groupement Santullo regrette également la connotation générale de cet article ainsi que l’utilisation de certains termes. Dès les premières lignes, il est évoqué une « affaire de gros sous », expression biaisée et péjorative, alors que le Groupement ne fait que réclamer les sommes qui lui sont dues depuis plusieurs années déjà, sommes que la République gabonaise s’obstine par tous les moyens à retenir. De même, l’intitulé « des preuves accablantes » en combinaison avec le paragraphe qu’il couvre laisse entendre injustement au lecteur qu’il existerait des « preuves accablantes » de prétendus actes de corruption qu’aurait commis le Groupement Santullo dans le cadre des marchés conclus avec l’État du Gabon, alors qu’il n’en est rien.

Allégation infondées

Rappelons que l’État du Gabon, qui a inventé sept ans après les faits une prétendue corruption par Santullo du ministre Magloire Ngambia, n’a jamais été en mesure, depuis deux ans et demi qu’il a soulevé cet argument, d’établir l’existence d’une quelconque corruption. Ainsi, les graves accusations imaginées de toutes pièces par l’État gabonais pour tenter d’échapper à ses dettes n’auraient pas dû être reprises et amplifiées par Jeune Afrique, qui s’abstient au demeurant de dire en quoi consisteraient ces prétendues « preuves accablantes ».

Au Gabon, les nombreuses procédures pénales engagées soit ont été abandonnées, soit n’ont donné lieu à aucune condamnation judiciaire. En France, la procédure d’entraide à laquelle il est fait référence dans l’article n’existe pas. On trouve dans l’article en question de nombreuses erreurs et approximations parmi lesquelles, par exemple, l’indication par les journalistes de Jeune Afrique d’un montant global des marchés attribués par l’État gabonais au Groupement Santullo, entre 2010 et 2013, comme excédant 1 milliard d’euros, alors qu’il est inférieur à 700 millions d’euros. En outre, M. Santullo n’a jamais travaillé au Gabon sous la présidence d’Omar Bongo Ondimba, pas plus d’ailleurs qu’il n’a travaillé au Sénégal, comme le prétend à nouveau l’article de façon erronée.

Aussi, Jeune Afrique, qui veut pourtant faire croire à une étude approfondie et objective du dossier, ne s’en tient qu’à l’« expertise » des travaux réalisée par M. François Pinchon et commandée à dessein par l’État du Gabon pour critiquer la qualité des travaux et préfère passer sous silence le rapport de la Cour des comptes gabonaise (engageant pourtant l’État gabonais), qui reconnaît au contraire une dette de l’État vis-à-vis du Groupement Santullo à hauteur d’environ 81 milliards F CFA.

Il est tout aussi contestable de laisser entendre au lecteur que les signalements bancaires d’établissements suisses seraient spontanés. En réalité, ils ont été déclenchés postérieurement à la plainte de l’État gabonais et en raison de cette plainte de l’État ainsi que de la publication d’articles de presse diffusant des informations erronées sur de prétendus actes de corruption et de blanchiment d’argent qu’aurait commis le Groupement Santullo.

En droit suisse, de tels articles de presse obligent les institutions financières suisses à signaler auprès du Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent suisse (Money Laundering Reporting Office Switzerland – MROS) les comptes bancaires des personnes expressément citées dans ces articles et ce, indépendamment du bien-fondé des informations relayées dans les organes de presse. Ces signalements bancaires ne sont donc en rien des preuves de culpabilité, contrairement à ce que laisse entendre les journalistes de Jeune Afrique. Le Groupement Santullo Sericom Gabon réaffirme ainsi avec force qu’il n’a jamais versé ou fait verser un seul centime à quelque fonctionnaire gabonais que ce soit dans le but de le corrompre ou d’obtenir un avantage indu.

Les allégations de corruption reprises par Jeune Afrique sont en tout point infondées, et le Groupement Santullo a toujours et constamment réfuté les accusations mensongères de prétendue corruption proférées par l’État du Gabon, qui a inventé une prétendue corruption près de six ans après la signature du premier contrat et un an et demi après le déclenchement de la procédure arbitrale, n’ayant d’ailleurs apporté à ce jour (et pour cause) aucune preuve de ces affirmations fantaisistes. Les informations contenues dans cet article, infondées et/ou erronées, portent gravement atteinte, et à tort, à la réputation du Groupement Santullo.

LA RÉDACTION :

Nous prenons acte de la réponse que le groupement Santullo a souhaité apporter, mais tenons à préciser que certaines des informations qualifiées d’erronées nous ont été fournies par Guido Santullo lui-même, lorsque nous l’avions rencontré le 27 avril 2017, à Gaeta (Italie). C’est lui qui nous avait affirmé avoir œuvré au Gabon sous la présidence d’Omar Bongo Ondimba et au Sénégal – des informations qui avaient été publiées une première fois en mai 2017, du vivant de Guido Santullo, et qui n’avaient fait l’objet d’aucune contestation.

Par ailleurs, il est exact que les procédures pénales engagées au Gabon n’ont donné lieu à aucune condamnation, et pour cause : en détention depuis janvier 2017, l’ex-ministre Magloire Ngambia n’a pas encore été jugé.

Nous maintenons par ailleurs qu’une procédure d’entraide judiciaire existe bel et bien. La demande d’entraide a été signée le 20 mars 2019 par le ministre gabonais de la Justice, Edgard Anicet Mboumbou Miyakou, et transmise, le 26 mars, au Parquet national financier (PNF) via le Quai d’Orsay. Le PNF a d’ailleurs procédé depuis cette date à au moins une audition.

Enfin, le Ministère public du Canton de Genève a ouvert une enquête le 19 juillet 2017, « suite à un signalement MROS (Money Laudering Reporting Office Switzerland) pour blanchiment d’argent ». Celle-ci n’a donc pas été déclenchée postérieurement à la plainte de l’État gabonais, qui date, elle, du 7 février 2018. Bien sûr, cette instruction n’est pas une preuve de culpabilité et la procédure est toujours ouverte. Nous précisons d’ailleurs dans notre article que Guido Santullo a toujours nié les accusations.

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