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Cet article est issu du dossier «DJ Arafat : ultimes secrets»

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Musique

Hommage à DJ Arafat : comment l’enfant terrible d’Abidjan a révolutionné le coupé-décalé

Au Zénith de Paris, en 2016. © EDMOND SADAKA/SIPA

Sa mort brutale, le 12 août, a laissé toute la Côte d'Ivoire en état de choc. Avec son style inimitable, son énergie inépuisable... et une remise en question permanente, DJ Arafat a fait tomber les frontières du coupé-décalé.

« Il a su faire sauter les frontières d’un genre qui était ivoirien. » Quand il évoque DJ Arafat, le journaliste spécialisé Mory Touré semble évoquer un passeur de drogues dures. « Il était partout, personne ne pouvait s’en passer. Je l’ai croisé à Bamako, au Burkina… tu pouvais l’entendre jusque dans un maquis de Lagos. Sur ma web radio [Radio Afrika], impossible de ne pas l’intégrer à nos playlists ! »

Moussa Soumbounou, DG de Universal Music Africa, souligne que l’artiste était pleinement conscient de sa popularité à l’international : « S’il a rejoint Universal, c’était aussi parce que cela lui permettait d’aborder plusieurs marchés de front. Il était l’un des plus gros influenceurs du continent… ne serait-ce que par ses millions d’abonnés sur les réseaux. Beaucoup de gens nous approchaient pour tenter de profiter de cette base de fans. Mais il voulait également exister hors d’Afrique : il revenait d’une tournée de vingt dates en Europe quand il est mort. » Ce pari de s’implanter aussi en Occident était en passe de se réaliser, grâce à une politique audacieuse de featurings – dernièrement Dadju ou Naza.

Énergie inépuisable

Selon le responsable de Universal Music Africa, ce qui a imposé Arafat, c’est un style inimitable, une énergie inépuisable… et une remise en question permanente. « Après des titres comme Jonathan, il a changé la rythmique du coupé-décalé, l’a associée à des sonorités électroniques ; a modifié sa façon de chanter, créant un phrasé plus rap, un langage presque rythmique…

Il travaillait constamment dans le studio qu’il avait chez lui. Il pouvait aller très vite ! Le premier album qu’il a fait pour nous, il l’a sorti en quatre mois !

Sans parler de sa manière de danser, qui était très éloignée de celle de Molare ou de Douk saga, proche de l’acrobatie, apportant sans cesse de nouveaux concepts. » Batteur, claviériste, compositeur, arrangeur, Arafat était capable de chanter dans des registres très différents. Par exemple le reggae, avec Je gagne temps. « Il travaillait constamment dans le studio qu’il avait chez lui. Il pouvait aller très vite ! Le premier album qu’il a fait pour nous, il l’a sorti en quatre mois ! » s’exclame Moussa Soumbounou.

Bien sûr, son tempérament lui jouait parfois des tours. « Les relations de travail pouvaient être compliquées, car il était susceptible, mais les choses s’arrangeaient toujours, confie son manager international, Charles Tabu. Je me souviens qu’en 2014, arrivés à New York pour tourner un clip avec Davido, on a failli se bagarrer pour une histoire super bête : Davido avait pris les hôtels pour nous, et Didier [DJ Arafat] était trop fier pour qu’on paie pour lui ! Il est parti à gauche, moi à droite… Et le lendemain, nous avons bossé ensemble comme si rien ne s’était passé. Il ne faut pas oublier que Didier a grandi dans la rue, il avait besoin de beaucoup d’amour. Tous les jours, je l’avais au téléphone, je devais le gronder, le conseiller… Ses proches devenaient sa famille, et c’était souvent “je t’aime moi non plus”. »

Un flair indiscutable

Certains différends ont duré plus longtemps. « Quand il s’est embrouillé avec A’salfo, des portes se sont fermées, affirme une personnalité de l’événementiel. Par la suite, il y a eu des tentatives de conciliation. A’salfo lui a même tendu la main plusieurs fois, mais Arafat, quand il était blessé, préférait se démerder tout seul ! » Des contrats aussi n’ont pas été honorés, comme celui du Masa 2014, ce qui rendait les promoteurs – entre autres – plutôt méfiants. « On a été boycottés par tout le monde : sponsors, radios… La dernière tournée, Moto Moto, c’était sur nos fonds propres », révèle son chargé de communication, Yves Roland Jay Jay.

Ce qui sauvait l’artiste ? Le soutien inconditionnel de ses fans et un flair indiscutable. « Il ne m’a jamais envoyé de morceau en me demandant : “Qu’est-ce que tu en penses ?” note Moussa Soumbounou. Il me disait : “C’est mon dernier tube, c’est le dernier concept… T’inquiète pas, il faut le sortir à telle date.” » Le responsable de Universal Music Africa estime que la star, pour l’heure, n’a pas d’héritier dans le coupé-­décalé. Et ajoute : « Je souhaite au mouvement de se renouveler et de trouver un nouvel artiste de l’envergure de DJ Arafat, mais il n’est peut-être pas encore né. »

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