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Cet article est issu du dossier «DJ Arafat : ultimes secrets»

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Musique

DJ Arafat : un homme trop vrai pour le monde du showbiz ?

DJ Arafat, l’empereur du coupé-décalé. © Camille Millerand pour JA

Excessif, possessif et adepte des clashs à répétition, DJ Arafat était fidèle en amitié mais cultivait quelques rancœurs tenaces.

Un « blouson rouge », de ce rouge qui colle à l’imagerie chinoise, voilà comment Moussa Soumbounou, directeur général de Universal Music Africa, définit DJ Arafat. « Ce n’était pas le vilain petit canard que les gens dépeignent, mais c’était quelqu’un de libre. Combien de fois a-t-il mis des sons en ligne sans notre accord, et que l’on a dû retirer par la suite. Il clashait même avec les artistes de notre label… en me prévenant tout de même un peu avant. Il ne supportait pas qu’un aîné, comme A’salfo, entre autres, lui dise comment se tenir… Même s’il y avait du respect entre eux. »

Affectueux et loyal

Le responsable de Universal se souvient d’un ami affectueux, loyal, qui pouvait aussi se montrer très possessif. Incapable de supporter par exemple que ses « petits frères » de Kiff No Beat puissent recevoir une récompense de son adversaire Molare, l’organisateur du Primud. « Son problème n’était pas d’ordre psychiatrique, comme j’ai pu l’entendre parfois, c’était d’être un peu trop vrai dans un monde, celui du showbiz, qui ne l’est pas tout le temps. Je l’ai même vu refuser des contrats importants, qui auraient pu favoriser sa carrière, par fierté. Parce qu’il n’était pas d’accord avec untel. J’ai envie que l’on se souvienne d’une personne réfléchie, gentille, entière, qui a trop donné à un milieu qui n’était pas prêt à recevoir des sentiments vrais. »

Je n’ai pas de problème avec tel artiste, mais je dois bouger le game… sinon le mouvement du coupé-décalé va tomber

« Il était respectueux à partir du moment où on le respectait, ajoute l’artiste DJ Mix Premier, proche de DJ Arafat depuis ses débuts dans les clubs de la rue Princesse. Mais si une personne se montrait condescendante, même une personne plus âgée, il pétait un câble. » Quant à ses clashs à répétition, sauf quelques vraies rancœurs, il s’agissait surtout de mises en scène. « Il me disait : “Je n’ai pas de problème avec tel artiste, mais je dois bouger le game… sinon le mouvement du coupé-décalé va tomber.” » « Il avait surtout besoin d’une émulation artistique », souligne DJ Mix Premier.

Certains fidèles l’ont suivi longtemps : Olo Kpatcha, Ali le Code, ses motards… Il a aussi hébergé certains de ses collaborateurs, comme les danseurs Bébé sans os ou Ordinateur, qui ont ensuite pris leur envol. Des artistes sont restés proches, comme Claire Bahi, Kedjevara ou Bebi Philip, qui compte arranger un morceau collectif pour célébrer la mémoire de l’artiste. Dominique Seri, « le Duc de Paris », l’a aidé à financer sa dernière tournée et fait partie du comité chargé d’organiser ses obsèques…

Au-delà de la Côte d’Ivoire, DJ Arafat comptait aussi de nombreuses relations et « grands frères », notamment au sein de la diaspora congolaise.

Maître Gims est brisé, c’est comme quelqu’un de sa famille qui est parti, Naza n’arrête pas d’appeler et de demander quoi faire pour la suite…

« Tous ceux qui l’ont connu sont effondrés, confie Charles Tabu, son manager international. Maître Gims est brisé, c’est comme quelqu’un de sa famille qui est parti, Naza n’arrête pas d’appeler et de demander quoi faire pour la suite… Fally Ipupa m’a répondu : “Il est parti trop tôt”, et a encore du mal à en parler. » Ce dernier avait fini par nouer avec lui une relation à part. « C’était la seule personne qu’on pouvait appeler quand Arafat faisait tout et n’importe quoi. S’il lui disait : “Tu déconnes”, il rectifiait tout de suite. Et d’un autre côté Fally lui accordait tout : par exemple lors du tournage du clip de Mannequin, Arafat a débarqué au dernier moment en disant : “Je veux être dedans”… Et il est dedans. »

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