Entreprises & marchés

Algérie : l’automobile et l’électroménager en panne

Usine automobile à Oran en Algérie, novembre 2014. © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Les arrestations de dirigeants du secteur privé et l'attente de décisions sur l'importation d'intrants mettent plusieurs filières dans des situations délicates.

Après avoir donné un coup d’arrêt net à l’importation de véhicules neufs depuis 2016, l’État freine l’approvisionnement en kits de montage. Objectif : arrêter la saignée des réserves de change en allégeant la facture des importations. Car le recours à l’assemblage local s’est révélé coûteux. En deux ans, la facture des intrants a plus que doublé. Et la hausse s’est poursuivie au premier semestre de 2019. L’importation de kits automobiles est passée à 1,5 milliard de dollars, contre 1,4 milliard en 2018.

Dans l’attente de l’attribution de licence d’importation de kits de montage, les groupes automobiles rongent leur frein. Plusieurs usines ont cessé leur production, à l’instar de l’unité Hyundai. Selon une source au ministère de l’Industrie, des quotas en devises d’importation devraient être attribués, mais « pour l’heure aucune licence n’a été renouvelée », affirme un concessionnaire.

À cela s’ajoute l’arrestation de plusieurs leaders du secteur suspectés de corruption, tels que Mourad Oulmi, PDG de Sovac, partenaire de Volkswagen, Hassan Araboui, propriétaire de l’usine Kia de Batna et Mahieddine Tahkout, patron de l’usine Hyundai.

Pénurie sur le marché

Résultat, les délais de livraison s’allongent. En 2018, l’industrie de montage local des véhicules a produit 180 000 véhicules de tourisme, quand le besoin national est estimé à au moins 300 000 unités.

C’est une situation inédite pour notre société qui a plus de trente ans d’existence

À long terme, la remise en question des systèmes CKD et SKD pourrait causer l’arrêt des chaînes de montage, accentuer la pénurie sur le marché et contraindre des milliers d’employés au chômage technique.

Environ 300 000 véhicules ont été importés en Algérie en 2015. © Ons Abid pour Jeune Afrique

La situation de l’industrie de l’électroménager, de l’électrique et de la téléphonie n’est pas plus enviable. Plusieurs poids lourds de cette industrie, qui a connu un regain d’activité depuis 2015, réalisant 100 millions de dollars d’exportation en 2018, se plaignent du non-renouvellement de leur licence d’importation de kits de montage.

Stocks bloqués au port d’Alger

Ainsi, l’usine implantée à Oued Aïssi, à l’est de Tizi Ouzou, de l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem), a été confrontée à l’épuisement de la matière première nécessaire à son atelier. « C’est une situation inédite pour notre société qui a plus de trente ans d’existence », souligne le PDG, Djilali Mouazer.

Nous pouvons même encourir des poursuites en cas de non-­respect de nos engagements contractuels

Si l’Eniem a réussi à obtenir le renouvellement de sa licence, récupérant en juillet les stocks bloqués au port d’Alger, plusieurs concurrents attendent encore. Avec le risque de perdre leurs marchés à l’export. « Nous pouvons même encourir des poursuites en cas de non-­respect de nos engagements contractuels », s’inquiète la direction de Bomare Company, propriétaire de la marque Stream System, dont les exportations vers l’Europe ont représenté un chiffre d’affaires de 30 millions de dollars en 2018.

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