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Littérature : « Le Paradoxe du bonheur », un roman sur la résilience des hommes

À Londres, la nature sauvage reprend parfois ses droits.

À Londres, la nature sauvage reprend parfois ses droits. © plainpicture/NaturePL/Sam Hobson

Dans « Le Paradoxe du bonheur », son dernier roman, Aminatta Forna ausculte la résilience de ceux qui ont affronté la cruauté des hommes. En fil rouge, le renard, auquel elle rend hommage.

À l’heure où l’obscurité efface les contours de la ville, des silhouettes furtives quittent leurs terriers pour arpenter le territoire des hommes. Certains se sont emparés de jardinets délaissés pendant l’hiver. Ici ou là, depuis ces recoins abandonnés jusqu’aux beaux jours, une renarde pousse un hurlement pour attirer un mâle… En cette fin de journée froide, Attila Asare, psychiatre ghanéen en visite à Londres pour un congrès, fend la foule sur le Waterloo Bridge, au-dessus de la Tamise.

Les piétons ne remarquent pas le renard qui s’est faufilé sur le trottoir du pont. Sauf l’Américaine Jean, qui a identifié « un grand mâle » en remarquant les particularités de son pelage. Experte en coyotes, récemment établie à Londres pour mener une étude sur les renards en milieu urbain, elle s’élance à sa poursuite. Sans voir l’homme à la haute stature qui arrive en sens inverse. De cette rencontre fortuite naît un duo improvisé, à la recherche d’un enfant disparu.

Récits imbriqués

De mère écossaise et de père originaire de Sierra Leone, Aminatta Forna maîtrise l’art des récits imbriqués et entrelace plusieurs intrigues dans son quatrième roman, Le Paradoxe du bonheur. À travers la description hyperréaliste des gestes quotidiens, ses personnages principaux prennent chair, et l’écrivaine britannique nous fait entendre leur respiration dans l’épaisseur des nuits de traque. En fil rouge, le canidé auquel elle rend hommage.

Aminatta Forna © DR

« Je les aime pour le don de leur nature sauvage qu’ils nous font en venant en ville […], pour la détermination avec laquelle ils relèvent le défi de la survie. Pour leur beauté. J’aime la manière qu’ils ont de troubler le glacis de la ville. Un renard dans la ville est un acte de résistance de la nature », écrit-elle dans l’article « Wilder Things : Modern Life Among the Foxes and Coyotes », sur Literary Hub.

« Le traumatisme n’est pas une fatalité, la fragilité émotionnelle induite par le traumatisme se transforme en force émotionnelle »

La romancière, lauréate de nombreux prix littéraires, dont celui du Commonwealth Writers’ Prize en 2011 pour The Memory of Love, aborde à travers l’observation des espèces sauvages qui se sont adaptées à de nouveaux environnements la question de la résilience. Une question au cœur de sa propre histoire. Dans son premier livre mémoriel paru en 2002, The Devil That Danced on the Water, elle évoquait ainsi son père, dissident qui fut arrêté en Sierra Leone par la police secrète un soir de 1974, emprisonné et tué un an plus tard.

La cruauté des hommes traverse ses récits, changeant de visage, de pays, de continent, marquant les êtres et les brisant. Mais même les blessures les plus profondes peuvent cicatriser. « Le traumatisme n’est pas une fatalité […]. La fragilité émotionnelle induite par le traumatisme se transforme en force émotionnelle », une « ressource intérieure, […] que nous appelons la résilience ». Dans la nuit de Londres sourd la lumière.

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