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Cet article est issu du dossier «Russie-Afrique : les secrets d'une reconquête»

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Politique

Russie – Afrique : Evgueni Prigojine, le « cuisinier » de Vladimir Poutine

Le « cuisinier de Poutine » dans l’un de ses restaurants, en novembre 2011.

Le « cuisinier de Poutine » dans l’un de ses restaurants, en novembre 2011. © Misha Japaridze/AP/SIPA

C’est un personnage tout droit sorti d’un roman de Dostoïevski. Glacial et provocateur. Officiellement sans lien avec le Kremlin, Prigojine passe pourtant pour un proche de Poutine. Portrait.

« Que les États-Unis me prennent pour le diable, je m’en fous », lance-t-il avec morgue. Evgueni Prigojine, 58 ans, fait partie des treize Russes que le procureur Mueller a inculpés en février 2018 et qui n’a plus le droit de faire du business sur le sol américain. Motif : il aurait financé une « usine à trolls » qui, sur les réseaux sociaux, aurait interféré en faveur de Donald Trump dans la campagne présidentielle.

À en croire ses détracteurs, Prigojine finance aussi les mercenaires du groupe Wagner, que dirige Dmitri Outkine, un ancien du GRU [renseignement militaire]. Après l’Ukraine, ces hommes ont essaimé en Syrie, en Libye, au Soudan, en Centrafrique, à la rescousse de Bachar al-Assad, de Khalifa Haftar, d’Omar el-Béchir (avant sa chute) et de Faustin-Archange Touadéra.

En échange, ils « protègent » des sites pétroliers, gaziers et diamantifères. Avec parfois de tragiques ratés : en février 2018, lors du bombardement américain de Deir ez-Zor, des dizaines de Russes (cinq, selon Moscou), qui se trouvaient au milieu d’une colonne syrienne, ont été tués.

Officiellement sans lien avec le Kremlin, Prigojine passe pourtant pour un proche de Poutine. On l’a vu aux côtés de Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense, lorsque le maréchal Haftar s’est rendu en Russie, à la fin de 2018. La discussion portait sur la sécurité en Afrique du Nord. Pas impliqué, vraiment ?

« Le cuisinier de Poutine »

Prigojine n’a jamais été un enfant de chœur. En 1979, il est condamné pour vol, puis en 1981 à douze ans de prison pour « brigandage, escroquerie et incitation de mineurs à la prostitution ». Gracié, il est libéré en 1990, et entame des études en pharmacie.

À la chute de l’URSS, alors que les Russes se ruent sur les hot-dogs américains, il ouvre une chaîne de fast-food et, peu après, le premier restaurant ultrachic de Saint-Pétersbourg. En 2001, c’est la consécration : à bord du New Island, un bateau que Prigojine a transformé en restaurant, le président russe invite Jacques Chirac. Puis, en 2002, George W. Bush. Depuis, d’aucuns se demandent ce que « le cuisinier de Poutine » mijote en Afrique.

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