Spectacles

Scène : Hassane Kassi Kouyaté veut faire renaître le festival des Francophonies

Le Burkinabè Hassane Kassi Kouyaté, nouveau directeur des Francophonies.

Le Burkinabè Hassane Kassi Kouyaté, nouveau directeur des Francophonies. © YouTube/France 3 Nouvelle-Aquitaine

Depuis les années 1980, le festival limousin des Francophonies soutient la création théâtrale dans sa diversité. Son nouveau directeur, le Burkinabè Hassane Kassi Kouyaté, entend bien lui redonner du souffle.

Les images défilent sur son téléphone portable : les griots des temps modernes n’échappent pas à la technologie. Avec un indéniable savoir-faire de conteur, le metteur en scène Hassane Kassi Kouyaté raconte ses quatre années d’expérience martiniquaise, enregistrées en images dans la mémoire de son smartphone. Et quelle épopée ! À peine nommé directeur de Tropiques Atrium, scène nationale martiniquaise, le Burkinabè essuie un accueil glacial et des menaces qui vont jusqu’à la tentative d’assassinat à la voiture-bélier…

Procès, bras de fer avec la scène culturelle locale et premiers pas difficiles avec les salariés : il lui faudra « s’imposer par [son] travail » avant de remporter l’adhésion du milieu et du public. Mais le fils de l’acteur Sotigui Kouyaté n’est pas du genre à se lamenter sur son sort. Il préfère mesurer le chemin parcouru et les obstacles abattus. « Entre 2014 et 2019, nous sommes passés de 37 spectateurs en moyenne à 271 spectateurs, dit-il. J’ai atteint mes objectifs en quatre ans, beaucoup plus tôt que prévu. »

Une carrière « presque en veilleuse »

Et comme il demeure homme de défi, Hassane Kassi Kouyaté a, depuis, pris la direction du Festival des francophonies en Limousin – qu’il a rebaptisé : Les Francophonies. Des écritures à la scène. Une mission sans doute un peu moins éprouvante que celle qu’il vient de terminer mais dans laquelle il entend bien s’impliquer entièrement. « Mon origine “griotique” m’a fait naître pour partager et transmettre. Je suis heureux dans ce que je fais. Du coup, ma propre carrière artistique est presque mise en veilleuse », avance celui qui, néanmoins, travaille à la mise en scène de l’essai historique Congo, une histoire, de David Van Reybrouck.

Créé au début des années 1980, le Festival des francophonies en Limousin entend à l’origine encourager les rencontres entre auteurs, dramaturges et acteurs francophones, et soutenir la diffusion théâtrale. Bien des années plus tard, alors que la décentralisation n’est plus à l’ordre du jour dans l’Hexagone, le festival est à la recherche d’une nouvelle dynamique.

« Je n’entends pas faire un changement pour le plaisir de faire un changement, explique le nouveau directeur. Tous mes prédécesseurs ont apporté quelque chose de différent, mais aujourd’hui le festival doit exister dans une nouvelle configuration par rapport à la francophonie. Je dois prendre en compte la fermeture du Tarmac et le fait que la mission francophone en France est désormais confiée à trois pôles : la Chartreuse, à Villeneuve-lès-Avignon, la Cité internationale des arts, à Paris, et, enfin, Les Francophonies. »

Créations hybrides

Alors qu’il préparait sa candidature pour le poste de directeur, H. K. Kouyaté a identifié un manque de notoriété du festival en dehors du monde théâtral. « Souvent, le travail effectué durant toute l’année est réduit aux dix journées du festival à l’automne alors que la Maison des auteurs, les résidences ou le prix Sony-Labou-Tansi nous occupent à plein temps. En insistant sur le nouveau nom, “des écritures à la scène”, je veux remettre l’accent sur l’ensemble du processus créatif. »

Les francophones non occidentaux sont souvent plus impliqués dans le numérique. On ne peut plus faire fi de tout cela

L’une de ses premières décisions a donc été de dédoubler la dimension festivalière en organisant, outre les rencontres théâtrales de septembre, des rencontres réservées aux écritures, aux auteurs et à la lecture. D’un côté les « Zébrures d’automne », de l’autre les « Zébrures de printemps ».

« Le théâtre reste le cœur du métier, mais les propositions actuelles sont de plus en plus hybrides, souligne Kouyaté. Si le texte demeure central, l’écriture contemporaine fait appel à d’autres choses – jusqu’à la performance par exemple. Les francophones non occidentaux sont souvent plus impliqués dans le numérique. On ne peut plus faire fi de tout cela ! Qu’est-ce qui compte ? La manière de dire le monde ou bien dire le monde d’une autre manière ? »

Lieux de vie

Le festival printanier donnera ainsi accès aux lectures à un plus large public. C’est d’ailleurs là l’un des axes que Hassane Kassi Kouyaté entend s’imposer : réancrer les francophonies en Limousin auprès du public. « Je ne dis pas que les propositions étaient élitistes, mais peut-être que la manière de les présenter l’était, affirme-t-il. Les gens ont tendance à penser que cela n’est pas fait pour eux quand les théâtres sont des bunkers ! » Nommé en janvier 2019, celui qui a créé le centre Djelya à Bobo-Dioulasso a fait le tour des associations, des théâtres, des lieux culturels pour discuter avec chacun de ses ambitions et de ses projets.

Tant que les responsables théâtreux ne changeront pas, il n’y aura pas d’ouverture à la diversité

Son intention affichée ? Impliquer le public des lieux de résidence dans le processus de travail des artistes, réinvestir le tissu culturel local, ne pas oublier la scène régionale dans sa programmation. « Le milieu “théâtreux” réagit souvent comme une caste fermée, souligne-t-il. Tant que les responsables ne changeront pas, il n’y aura pas d’ouverture à la diversité. On se contentera de programmation “Tais-toi” avec des spectacles prétextes. On réagit bien souvent par rapport à la couleur de la peau, mais je pense que c’est beaucoup plus social ! Il faut aller chercher la diversité ailleurs. »

Fier de dire qu’il a acheté une maison à Limoges, Hassane Kouyaté entend « créer des lieux de vie » et promouvoir « la notion de fête intergénérationnelle ». Pour ce faire, il dispose d’un budget d’environ 1,5 million d’euros. « Dans sept ans, si j’ai échoué, je partirai. Et si j’ai réussi, je ne resterai pas », promet-il.

Il faut dire qu’il a un autre projet sur le feu : le centre culturel Sotigui-Kouyaté qu’il est en train de construire à Bobo-Dioulasso, avec son théâtre en plein air de 1 500 places, ses douze studios de répétition, sa médiathèque et ses logements pour cent personnes. « Nous sommes les futurs ancêtres des futurs contemporains », ajoute celui qui entend bien mettre en scène l’avenir.


Rendez-vous à Limoges

Les Zébrures d’automne

Les Zébrures d’automne auront lieu à Limoges et dans les environs, du 25 septembre au 5 octobre 2019. La programmation promet d’être encore plus variée qu’à l’accoutumée, avec une ouverture consacrée au jeune public (Le Petit Peuple de la brume) ; de la danse (Seydou Boro, Auguste Ouédraogo) ; des marionnettes (The Puppet Show Man) ; du cirque (Fidelis Fortibus) ; de la musique (Mangane) ; des rencontres professionnelles ; « un samedi à l’opéra » ; plusieurs autres pièces de théâtre bien entendu, et une nuit de clôture festive à travers toute la ville.

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