Politique

Francophonie – Tahar Ben Jelloun : « Le bilinguisme est une réalité au Maghreb »

Tahar Ben Jelloun (Maroc - France), Ecrivain, à Paris  le 22 février 2016. © Bruno Levy pour JA

Tahar Ben Jelloun (Maroc - France), Ecrivain, à Paris le 22 février 2016. © Bruno Levy pour JA © Bruno Lévy pour JA

Pour l'écrivain marocain, le bilinguisme qui prévaut aujourd'hui au Maghreb est une force. « Plus on apprend de langues, mieux ça vaut », souligne l'auteur.

Jeune Afrique : Que pensez-vous du virage « pragmatique » que semble avoir pris les politiques éducatives au Maroc comme en Algérie ? 

Tahar Ben Jelloun : L’enseignement des matières scientifiques en français s’impose. Cela ne veut pas dire qu’on abandonne l’arabe classique, mais force est de constater que le bilinguisme est une réalité au Maghreb. Il ne faut pas en faire un problème, au contraire : plus on apprend de langues, mieux ça vaut.

L’auteur algérien Kateb Yacine évoquait la langue française comme un  « butin de guerre ». Quelle interprétation faites-vous de ce terme ? 

Je comprends la réaction de Kateb Yacine, qui, adolescent, a assisté au massacre de Setif, en 1945. C’était le début de la guerre… Il dit que la langue n’appartient pas aux militaires mais à ceux qui s’en emparent pour dire l’intolérable, pour dénoncer la colonisation de l’Algérie, pour réclamer l’indépendance et la dignité.

Kateb Yacine a été l’auteur maghrébin qui a le mieux utilisé ce « butin de guerre ». Son roman Nedjma, paru en 1956, est un chef-d’œuvre de la littérature mondiale. Il méritait d’avoir le Nobel. C’est un grand écrivain, un grand poète, un grand homme.

Au Maroc comme en Algérie, on parle beaucoup des langues d’enseignements, moins des auteurs étudiés.

Qu’importe la langue ! Le principal est de se fonder sur une œuvre littéraire pour donner à l’élève un repère culturel. On peut aussi bien étudier Al-Mutanabbi que Molière, Taha Hussein que García Lorca.

Je note d’ailleurs que la scène littéraire française fait une place non négligeable aux auteurs maghrébins, comme Boualem Sansal, Kamel Daoud, Hédi Kaddour, Fouad Laroui, Meryem Alaoui… Même si la littérature arabe dans sa diversité n’est pas bien connue en Europe, la France, avec la Corée du Sud, est l’un des pays qui traduit le plus de littérature dite étrangère.

Vous avez déjà déclarer que l’arabe est une langue qui ne vous aurait pas permis de bien décrire l’homosexualité de l’un de vos personnages. Pensez-vous vraiment que les langues utilisées au Maghreb ont des différences intrinsèques ?

Je ne me souviens pas d’avoir dit cela en ces termes. Il est vrai que lorsque j’ai commencé à écrire, il me semblait difficile de dire certaines choses en arabe, notamment dans le domaine de la sexualité. Je n’en étais pas capable, ce qui ne veut pas dire que des écrivains égyptiens ou irakiens n’ont pas abordé ces questions. Je me disais à l’époque que l’arabe était une langue sacrée. Aujourd’hui je ne le pense plus. C’est une langue qui peut évoluer et inventer de nouveaux concepts.

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