Politique

Maroc : le directeur du protocole royal, gardien d’une tradition multi-séculaire

Réception du prince Harry, duc de Sussex, le 25 février 2019 au palais royal de Rabat.

Réception du prince Harry, duc de Sussex, le 25 février 2019 au palais royal de Rabat. © MAP

Nommé par Mohammed VI, Abdelali Belkacem est devenu directeur du protocole royal et de la chancellerie. Zoom sur une fonction très politique.

Le communiqué du ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie – ce « ministère », lié au Palais, ne dépend pas du gouvernement – qui annonce sa nomination est pour le moins lapidaire. Tout juste précise-t-il qu’Abdelali Belkacem était précédemment « chargé de mission au ministère ». Il avait, notamment lors de la visite du pape François, déjà remplacé son prédécesseur, Abdeljaouad Belhaj, à la tête du protocole du Makhzen.

L’un comme l’autre partagent une qualité essentielle pour ce « job » très particulier : une grande discrétion. Pour la plupart des Marocains, leurs noms sont tout bonnement inconnus. La définition du métier reste traditionnelle : tout ce qui concerne le respect des us et coutumes de la monarchie. Belkacem rendra publics des communiqués relatifs aux activités officielles de la famille royale. Il organisera aussi les réceptions auxquelles le roi assiste. C’est par exemple le directeur du protocole qui était à la manœuvre lorsque le prince Harry et son épouse ont été conviés à prendre le thé à la résidence royale.

Un poste politique

Le poste est aussi politique. L’avis du directeur du protocole royal est sollicité lors des remises de décorations et de l’octroi de grâces. Des décisions délicates. Et si le prince héritier, Moulay El Hassan, et d’autres membres de la famille royale disposent de leurs propres équipes, Belkacem devra superviser l’ensemble des activités officielles auxquelles participent princes et princesses.

Il travaillera en étroite collaboration avec Abdelhak Lamrini, historiographe du royaume. Un poste lui aussi intimement lié au trône. Lamrini a lui-même été dans le passé directeur du protocole royal. Depuis 2012, il cumule ce poste avec celui de porte-parole du Palais, resté vacant pendant presque dix ans. Au protocole, Lamrini a travaillé sous la direction de Moulay Hafid Alaoui, très proche de Hassan II et qui fut directeur de la Maison royale pendant près de trente ans, jusqu’à sa mort, en 1989. C’était un homme puissant et craint.

Formation militaire

Natif de Meknès, Abdelali Belkacem est diplômé de l’Académie royale militaire de la ville. « Ce n’est pas étonnant de voir un militaire nommé à ce poste, commente Abderrahmane Mekkaoui, enseignant à l’École de guerre, à Paris. Avant la colonisation, le poste revenait souvent à un chef de guerre, à un caïd. »

La fonction est effectivement fort ancienne. L’historien et serviteur du Makhzen Abd Al Rahman ibn Zaydan note qu’avant même le XVIIe siècle un homme veillait sur les mœurs de la cour, ou « Makhzania ». Un proche du souverain se chargeait déjà d’organiser toute une partie de ses activités et veillait au respect de son prestige politique et symbolique. L’historien de l’élite makhzénienne Mustapha Chabbi rappelle que le « caïd Mechouar » s’occupa un temps des affaires extérieures du Palais, quand le hajib (chambellan) était chargé de l’intendance.

À l’époque, ces hommes géraient les relations avec les tribus, participaient à l’organisation des prêches auxquels assistait le sultan chaque vendredi et guidaient les diplomates chérifiens dans leur correspondance avec les monarques étrangers ou les personnalités influentes. Aujourd’hui, ces deux fonctions sont regroupées.

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