Sciences

[Tribune] Soutenir les scientifiques africaines

Par

Directrice générale de la Fondation L’Oréal

Une chercheuse à l'Institut nigérian de recherche médicale, à Lagos (photo d'illustration). © GEORGE OSODI/AP/SIPA

Parmi les chercheurs mondiaux, on compte seulement 2,4 % de scientifiques africains, dont à peine 30 % de femmes. Aujourd’hui, il n’y a tout simplement pas assez de femmes scientifiques en Afrique, avec de fortes disparités selon les pays.

À l’occasion du sommet du G7, qui se tiendra en France, à Biarritz, du 24 au 26 août, le président de la République française, Emmanuel Macron, a souhaité associer de nouveaux partenaires. Dans une démarche de coconstruction, l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, l’Égypte, le Rwanda et le Sénégal seront présents à la table des négociations de ce rendez-vous international important, dont la thématique centrale sera la lutte contre les inégalités.

Car si le développement économique et la croissance démographique du continent sont inédits à l’échelle ­mondiale, ils ne doivent cependant pas faire oublier que les États africains font face à des défis majeurs : dérèglement climatique, pauvreté, accès inégal à l’éducation ou encore raréfaction des ressources naturelles.

Science et innovation, leviers essentiels

Pour les relever, la science et l’innovation sont des leviers essentiels, et il est indispensable que les femmes puissent contribuer pleinement et équitablement au développement de solutions issues de la science, en favorisant l’innovation et en enrichissant la recherche au niveau local. C’est le combat que porte la Fondation L’Oréal en Afrique.

Pourquoi cet engagement ? Parmi les chercheurs mondiaux, on compte seulement 2,4 % de scientifiques africains, dont à peine 30 % de femmes. Aujourd’hui, il n’y a tout simplement pas assez de femmes scientifiques en Afrique, avec de fortes disparités selon les pays. En Afrique de l’Ouest, seulement 8 % des laboratoires de recherche sont dirigés par des femmes.

En Afrique subsaharienne, de nombreuses difficultés se dressent devant les scientifiques – femmes ou hommes, de manière indifférenciée – , en particulier dans les pays les plus pauvres du continent, où le manque de financement et l’insuffisance des ressources pèsent lourdement sur les infrastructures des laboratoires et la qualité de la recherche.

Les femmes doivent cependant surmonter d’autres obstacles, bien spécifiques cette fois. La faible ­présence des femmes en science et le manque de modèles à suivre, comme la perpétuation de traditions culturelles profondément ancrées, qui leur attribuent certains rôles, n’encouragent pas les jeunes filles à entamer des études scientifiques. Et pour celles qui songent à se lancer dans la recherche, équilibrer études et obligations familiales représente un défi de taille, que viennent parfois encore renforcer les verrous propres à la structure du système académique.

Renforcer l’engagement

Il est donc essentiel de mettre en avant et de soutenir les extraordinaires chercheuses du continent, qui sont indispensables pour développer une recherche inclusive en Afrique, pour l’Afrique et menée par des Africaines.

Depuis la création du prix interna­tional L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science, puis celle du programme consacré à l’Afrique subsaharienne, 11 femmes scientifiques ­d’exception et 129 « jeunes talents », doctorantes et postdoctorantes, toutes issues du continent africain, ont été accompagnées et mises en lumière. Cette année, notre programme Afrique subsaharienne fête son dixième anniversaire. À cette occasion, nous avons souhaité renforcer notre engagement.

Il est indispensable que l’Afrique puisse compter sur ses meilleurs talents. Parce que l’Afrique a besoin de la science, et que la science a besoin des femmes

Pour mieux soutenir toutes les chercheuses, où qu’elles soient sur le continent, nous avons décidé de créer deux programmes distincts : l’un destiné à l’Afrique du Sud et l’autre se déployant dans les 47 autres pays de la région subsaharienne. Nous allons ainsi doubler le nombre de jeunes femmes scientifiques qui bénéficieront de notre programme.

Ainsi, pour l’année 2019, 20 « jeunes talents » originaires d’une quinzaine de pays d’Afrique subsaharienne, pionnières dans de nombreux domaines scientifiques, ont été sélectionnés parmi près de 400 candidates. Elles seront rassemblées à Dakar, en novembre prochain, pour suivre une formation au leadership, qui leur permettra d’être mieux armées pour mener leur carrière, et d’être célébrées lors d’une cérémonie prestigieuse. Il est indispensable que l’Afrique puisse compter sur ses meilleurs talents. Parce que l’Afrique a besoin de la science, et que la science a besoin des femmes.

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