Politique

Côte d’Ivoire : les réactions mitigées de l’opposition après le discours d’Alassane Ouattara

Allocution d'Alassane Ouattara lors du sommet des chefs d’État de l’UEMOA, le 12 juillet 2019. © Twitter officiel de la Présidence de Côte d'Ivoire

Déclarations de réconciliation d’un côté, germes de division de l’autre : le discours du Président Alassane Ouattara, le 6 août à la veille de la célébration de la fête nationale en Côte d’Ivoire, ne manque pas de faire réagir l'opposition comme des représentants de la société civile.

Depuis Daoukro, fief natal d’Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, opposition), le député Olivier Akoto montre des signes d’inquiétudes. Pour le porte-parole du groupe parlementaire PDCI, les déclarations du Président Alassane Ouattara relatives notamment à la promulgation de la loi controversée recomposant la Commission électorale indépendante (CEI) et à la possible révision de la Constitution portent en elles des « germes de division ».

En effet, dans une interview accordée à la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI, média public), Alassane Ouattara a indiqué « qu’il y a des choses qu’il faut modifier dans la Constitution », précisant que « ce n’est pas pour recaler des candidats ». Une déclaration qui fait réagir, d’autant que le chef de l’État ivoirien a aussitôt fait allusion à son âge (77 ans) et à celui de ses rivaux, les ex-présidents Henri Konan Bédié (85 ans) et Laurent Gbagbo (74 ans), qui n’ont pas définitivement renoncé à se présenter à la présidentielle d’octobre 2020.

« Le spectre de la crise »

« L’annonce relative à une prochaine modification sans raison pertinente, d’une Constitution votée il y a à peine trois ans, ainsi que la promulgation annoncée de la loi sur la recomposition non consensuelle de la CEI, n’augurent rien de bon pour notre pays », fait remarquer Olivier Akoto. « Ce sont des propos qui sont sources de division et font planer le spectre de la crise. Le chef de l’État doit poursuivre le dialogue avec l’opposition et la société civile ».

Pour sa part, l’ex-ministre de la Jeunesse d’Alassane Ouattara, dissident du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle) Alain Lobognon, député proche de Guillaume Soro (ex-président de l’Assemblée nationale) souligne qu’ « avec un tel discours, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri de nouvelles crispations politiques à quelques mois de la présidentielle de 2020 ».

Il soutient que « le président a raté l’occasion de montrer qu’il est attaché à la paix et surtout au dialogue avec l’ensemble de la classe politique. Il a dit qu’il fera ce que lui dictera son parti politique. On le sait tous, le RHDP veut s’accrocher par tous les moyens au pouvoir ».

« Autosatisfaction »

Du côté de la société civile, des responsables relèvent des points positifs, mais restent dubitatifs. « Le président de la République a longuement insisté sur la paix, la stabilité et la sécurité », commente Christophe Kouamé, président de Citoyens et Participations (CIVIS Côte d’Ivoire, association d’éducation citoyenne). « Il a aussi insisté sur les investissements de masse, mais n’a pas pu expliquer la grande pauvreté de la Côte d’Ivoire ».

Quant à la déclaration présidentielle relative à la possibilité pour lui de briguer « deux autres mandats » selon la Constitution, Christophe Kouamé a une interprétation différente du même texte. « Le Président ne peut pas être candidat en l’état actuel de la Constitution. Dire que la Constitution l’autorise à briguer deux autres mandats, c’est prendre le risque d’une instabilité politique à venir », prévient-il.

En définitive, « le président de la République est dans l’autosatisfaction. Selon lui, tout va bien au triple plan social, économique et sécuritaire. Ce qui contraste avec le quotidien des Ivoiriens », souligne le politologue Geoffroy-Julien Kouao.

Côté pouvoir, les commentaires sont sans surprise positifs. « Le discours du président Ouattara nous réconcilie avec les grandes thématiques de la société ivoirienne. Il démontre, preuves à l’appui, que son bilan social et économique est meilleur que celui de ses prédécesseurs », se réjouit l’ex-ministre Joël N’Guessan, baron du RHDP.

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